Les taxis roses, une fausse bonne idée

Les taxis roses, une fausse bonne idée

Le Soir est monté dans le taxi d’Alexandra, une chauffeuse de taxi à Bruxelles et, accessoirement, un oiseau rare : les femmes conduisant un taxi ne sont pas légion.

Il y a peu, une étude de « Brussels Studies » démontrait la manière dont le sentiment d’insécurité influençait la mobilité des femmes à Bruxelles. Une des solutions évoquées pour combler ce sentiment d’insécurité était de mettre en circulation des « taxis roses » : des taxis pour femmes, exclusivement conduits par des femmes.

Ce phénomène des taxis roses est apparu en Grande-Bretagne avant de se disperser petit à petit à travers le monde.

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Malgré quelques timides tentatives, rien de la sorte ne s’est développé dans notre pays.

« Féminiser le secteur »

Dans son récent « plan taxi », le gouvernement régional bruxellois dit vouloir « féminiser le secteur ».

Chez le ministre bruxellois de la Mobilité et des Travaux publics, Pascal Smet, on évoque « une réflexion sur le sujet. On sait que ça existe et que ça marche bien dans certaines villes comme New York », tout en ajoutant que, « pour l’instant il n’y a rien de concret et il n’y a pas eu de réflexions juridiques ».

Mais pour « la taxi » Alexandra, les taxis roses sont une fausse bonne idée.

Cette « taxiwoman » – dont le mari est également « taximan » – estime que les considérations de genres n’ont pas lieu d’être : « Les taxis roses ne sont pas fondés. En Belgique, tous les taxis ont un certificat de “bonne vie et mœurs” , qui prouve qu’on est tous dignes de travailler. Un taxi est censé vous emmener à destination, c’est le moyen de transport le plus digne de confiance. »

Peu importe qui conduit le taxi

Pour Alexandra, le fait qu’elle soit une femme ne change rien à la confiance qu’on lui accorde : « La seule fois où un client a refusé un taxi pour monter dans le mien, c’est parce que l’autre taxi était sale. Les gens prennent le premier taxi, peu importe que ce soit un homme ou une femme à l’intérieur. De manière générale, j’ai pas l’impression que les femmes prennent davantage le taxi. Personne n’est jamais monté dans mon taxi parce que j’étais une femme. Avoir ce genre de réflexion mène à tous les excès. »

Pour Alexandra, l’idée des taxis roses a un côté discriminatoire et « pro nana ».

Du côté de l’Institut pour l’égalité des hommes et des femmes, on a tendance à appuyer : « Pour nous, les taxis roses ne seraient pas la solution optimale pour lutter contre l’insécurité chez les femmes. Il faudrait plutôt lutter contre les stéréotypes et le sexisme. »

Pour l’Institut, la légalité d’une telle entreprise est loin d’être garantie. En effet, les taxis roses s’opposeraient à la loi belge interdisant toute discrimination à l’embauche. Le fait de ne prendre que des femmes serait, lui aussi, illégal. Même si, précise l’Institut, la possibilité « d’actions positives » peut permettre aux taxis roses de rester dans le cadre de la légalité : « S’ils ont comme objectif de lutter contre le sentiment d’insécurité, par exemple. » Mais ces prescriptions à la discrimination sont extrêmement rares et doivent poursuivre un but « légitime et proportionné ».

Par exemple, le centre réservé aux femmes battues se voit protégé par son « action positive ».

Rien ne garantit aux taxis roses d’obtenir la même faveur. Pour Alexandra, si les taxis roses devenaient effectifs, ce serait un retour en arrière : « Je me rappelle que, dans les années nonante, il arrivait aux gens de demander des conducteurs européens. Si on commence à permettre aux gens de pouvoir demander une femme, après ce sera la couleur de peau, etc. De toute manière, pour moi, on ne pourrait pas : il y a des règles et des lois dans le pays, c’est illégal… »

 
 
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