Philippe Devos (Absym) sur le coronavirus: «Le message des autorités est flou, c’est dangereux»

Philippe Devos (Absym) sur le coronavirus: «Le message des autorités est flou, c’est dangereux»
Le Soir - Pierre-Yves Thienpont

Face au coronavirus, la Belgique est occupée à organiser un paradoxe psychologique. Le message est flou, c’est dangereux ». Le docteur Philippe Devos, intensiviste et président de l’influent syndicat médical Absym (qui affilie la grande majorité des médecins spécialistes) n’y va pas, une fois de plus, pas avec le dos de la cuiller.

Message inefficace

Un paradoxe psychologique ? « Oui, parce qu’on dit d’un côté “la situation s’empire, raison pour laquelle on édicte des mesures de social distancing”. Et d’un autre côté on dit, les ministres de la Santé en tête, “ce n’est pas grave, c’est juste une grosse grippe”. On est face à un paradoxe de communication, ce que l’école de Palo Alto (NDLR : un courant de pensée en sciences humaines né dans les années 50 en Californie) appelait la double bind ou double contrainte ». En bref, cette double contrainte évoque une situation dans laquelle un citoyen est confronté à deux pressions contradictoires ce qui, assurent les chercheurs, est source de souffrances mentales.

« Dans la situation actuelle, ce paradoxe de communication induit dans l’esprit des gens le fait que le message est considéré comme mensonger. Impossible pour les gens de comprendre la situation », poursuit le docteur Devos. « C’est partiellement lié à la situation institutionnelle du pays : les autorités essaient d’être les plus diplomatiques possibles face aux prérogatives des différents niveaux pouvoirs qu’il ne faut pas froisser. Le résultat c’est que le message principal est mis en échec par précaution ».

Droit dans le mur

Avec quelles conséquences ? « Si on continue de cette manière on va droit dans le mur. Aujourd’hui, on ne fait rien de plus que la Lombardie quand elle était dans notre situation. Et encore, elle avait déjà fermé ses théâtres ce qui n’est pas notre cas. Voyez où elle en est aujourd’hui… Nous devons absolument aller plus loin dans les mesures si on ne veut vivre une situation extrême. Les États-Unis ferment progressivement leurs universités et pendant ce temps des universités du 3ème âge continuent à fonctionner chez nous. Cherchez l’erreur ! »

 
 
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