Incompréhension dans les crèches face aux mesures

Il sera très compliqué pour les crèches d’imposer des mesures d’hygiène élémentaires aux petits enfants, eux qui passent leur vie à tout mettre en bouche et toucher. © Alice Wiliquet (st.)
Il sera très compliqué pour les crèches d’imposer des mesures d’hygiène élémentaires aux petits enfants, eux qui passent leur vie à tout mettre en bouche et toucher. © Alice Wiliquet (st.)

Les écoles fermées (ou du moins avec un service minimum de garderie), les crèches ouvertes. Voilà une différence qui a soulevé quelques interrogations. «On a différencié les crèches et les écoles parce qu’il ne s’agit pas du même public», a expliqué la Première Ministre, Sophie Wilmès. «Les crèches sont des endroits plus petits avec des enfants en bas âge qui sont extrêmement contagieux mais ne développent pas des complications à la maladie. Comme ce sont des silos assez restreints, on peut les garder ouverts. La 2e raison, c’est que l’école est obligatoire. Donc, si vous ne voulez pas mettre votre enfant alors qu’il n’est pas malade, vous n’en avez pas le droit. Par contre, ça reste possible dans les crèches.»

Dans les crèches, le discours a apporté davantage de confusion dans l’esprit des parents et du personnel. «Jusqu’à présent, les parents m’interpellaient très peu sur le Covid-19 et les mesures d’application dans la crèche. Aujourd’hui, je les ai sentis beaucoup plus inquiets», explique Caroline Willems, de la crèche Pré en bulle à Charleroi. Vers midi, les crèches ont reçu une communication de la fédération professionnelle citant les raisons avancées par le gouvernement. Aux deux invoquées par la Première Ministre, venaient s’ajouter la difficulté de trouver des solutions alternatives (à savoir que c’est plus compliqué pour les parents de petits enfants de trouver une solution de garde) mais également la sensibilité des jeunes enfants. Et c’est là que le bât blesse. «Les mesures prises sont des mesures de santé publique. Elles sont surtout prises pour ralentir la propagation du virus. Or, dans un même temps, on admet que les petits enfants sont contagieux. Il y a là une incohérence», ajoute Willems.

À tel point que la France n’a pas fait cette distinction, fermant à la fois les écoles que les crèches. Il sera en effet très compliqué pour les crèches d’imposer des mesures d’hygiène élémentaires aux petits enfants, eux qui passent leur vie à tout mettre en bouche et toucher.

Pourtant, d’après le professeur Moniotte, chef du département pédiatrique des cliniques universitaires de St-Luc, l’enfant en bas âge est bien moins contagieux qu’un autre. «Les enfants sont relativement protégés, de par les caractéristiques de leur immunité. Les petits sont malades une bonne partie de l’hiver et, parmi ces infections, il y a d’autres coronavirus, ce qui leur permet donc de développer une protection naturelle. De plus, les plus jeunes enfants ne sont pas excréteurs de virus. Ils sont porteurs mais pas particulièrement contagieux, même s’ils le sont plus longtemps (une étude en Chine a prouvé qu’on retrouvait des traces du virus dans les selles des enfants durant un mois). Et comme souvent ils évoluent au ras du sol, ils sont moins contaminants qu’un adulte ou un enfant plus grand.»

Voilà pour le volet médical. Mais le Professeur Moniotte admet qu’il y a aussi une raison sociale derrière cette décision. «La société est déjà assez perturbée pour ne pas ajouter une pression supplémentaire sur les crèches. D’autant plus que ces décisions n’ont pas d’impact sur la santé des petits ni sur la dissémination.»

 
 
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