Coronavirus: la pandémie et les mesures de confinement affectent différemment les femmes

Coronavirus: la pandémie et les mesures de confinement affectent différemment les femmes

La pandémie du coronavirus touche tout le monde : toutes les catégories d’âge, même si certaines sont plus à risque, toutes les régions du monde ou presque, et aussi bien les hommes que les femmes sont susceptibles de contracter le Covid-19. Toutefois, la maladie et les mesures prises pour en limiter la propagation n’affectent pas les hommes et les femmes de la même manière, selon un article publié dans la revue scientifique The Lancet début mars.

Clare Wenham, Julia Smith et Rosemary Morgan qui signent cet article publié en ligne, font partie du groupe de travail « Genre et Covid-19 ». Elles pointent le fait que la maladie affecte autant les hommes que les femmes mais que les premiers semblent davantage en mourir, « potentiellement en raison de différences immunologiques mais aussi genrées » comme le fait que les fumeurs sont davantage des hommes.

Les femmes risquent toutefois d’être davantage exposées : elles travaillent en masse dans le secteur des soins de santé et se situent dès lors en première ligne. « De très nombreuses femmes se trouvent en première ligne et ne sont pas protégées, comme les caissières », abonde Pascale Vielle, professeure de droit à l’UCLouvain. « Elles se trouvent dans des atmosphères confinées depuis des jours sans protection, manipulant de la monnaie… »

La professeure, spécialisée dans les questions de genre, cite également le secteur des titres-services « avec des femmes qui doivent passer de maison en maison. En plus, beaucoup vont perdre leur emploi car les gens sont confinés chez eux : ils n’ont plus besoin d’une aide-ménagère. Et on ne veut plus que quelqu’un entre chez soi », pointe-t-elle.

Problématique pour les mères célibataires

Un autre public fortement touché par ces mesures de confinement : les mères célibataires. « Quatre-vingts à nonante pour cent des familles monoparentales ont une femme à leur tête », souligne Mme Vielle. « Soit elles n’ont plus leur salaire et cela va être très difficile, soit elles disposent quand même encore d’un salaire mais la situation restera difficile à la maison », souligne la professeure. Car être confiné, « ça porte sur les nerfs de tout le monde ». Avoir ses enfants à la maison, qu’ils soient petits ou grands, peut occasionner des « moments très tendus », relève Pascale Vielle.

La fermeture des écoles a ainsi des effets différents pour les femmes, « qui s’occupent principalement des soins dans leur famille, avec pour conséquence de limiter leurs opportunités de travail et économiques », note l’étude.

En outre, « si on se retrouve avec un homme potentiellement violent, cela peut vite tourner au cauchemar ou à la situation dangereuse. Les rapports de force peuvent vite devenir brutaux et ils sont rarement à l’avantage des femmes », souligne Pascale Vielle. L’association Vie féminine relève d’ailleurs, sur Facebook, que si les mesures de confinement empêchent de sortir, elles ne doivent pas empêcher de fuir une situation dangereuse.

L’article publié dans The Lancet signale que de précédentes crises sanitaires, comme l’épidémie d’Ebola ou du Zika, avaient déjà révélé un biais de genre dans ce type de situation. Ainsi la fièvre hémorragique Ebola avait davantage touché les femmes car elles travaillaient plus souvent dans le secteur des soins de santé mais étaient aussi globalement plus fréquemment en charge des soins dans leur famille. Les autrices appellent dès lors les autorités à « considérer les effets du sexe et du genre sur l’épidémie de Covid-19, tant directs qu’indirects, ainsi que (…) d’intégrer les voix des femmes dans la réponse à l’épidémie ».

 
 
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