Attentats de Bruxelles: quatre ans après, comment les forces de sécurité changent (un peu) de priorités

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Attentats de Bruxelles: quatre ans après, comment les forces de sécurité changent (un peu) de priorités

ANALYSE

C’était il y a quatre ans. Les attentats de Bruxelles et Zaventem meurtrissaient la Belgique. Ils faisaient suite aux attaques de Paris. Le niveau de la menace terroriste n’avait jamais été aussi élevé. Toutes les polices et les services de renseignement d’Europe étaient sur les dents.

C’était il n’y a pas si longtemps, finalement. Pour les victimes de ces attentats, c’était hier. Et les procès, tant pour Paris que pour Bruxelles, n’ont pas encore eu lieu. Pourtant, à l’échelle internationale, la situation a fortement évolué avec la chute du « califat » de Daesh au Levant.

Le changement se fait ressentir en Europe, avec une organisation terroriste moins en capacité de projeter des attaques loin de ses bases. Ce qui n’exclut pas l’action récurrente ces dernières années d’individus isolés, les « loups solitaires ». Cette situation, les forces de sécurité du pays l’ont bien comprise.

« Depuis 2014-2015, nous avons eu l’émergence du terrorisme islamiste sous la forme de Daesh » avait expliqué dans une récente interview au «Soir» Eric Snoeck, directeur général de la police judiciaire fédérale. « Pour les services de police et de renseignement belges, cela a été le début d’un cycle de trois ou quatre ans où nous avons été confrontés à une inflation du nombre d’informations à traiter ou à la gestion concrète d’attentats. Pour la PJ de Bruxelles, cela a impliqué jusqu’à 50 % des effectifs après les attentats de Bruxelles et Zaventem. D’autres PJ ont eu plus d’un quart des effectifs mobilisé. »

De « l’alerte » à la « vigilance »

Aujourd’hui, police et justice réorientent leurs forces. « A la place de l’alerte générale sur le terrorisme, on est passé depuis environ un an en vigilance générale », résume Eric Van Duyse, porte-parole du parquet fédéral. Ce parquet chargé des affaires terroristes les plus importantes, en particulier l’enquête sur les attentats du 22-Mars qui mobilise depuis le début deux à trois magistrats à temps plein. « Effectivement, les dossiers terroristes se sont raréfiés. Les forces qu’on a pu augmenter à l’occasion des affaires terroristes sont maintenant utilisées pour lutter plus efficacement contre la grande criminalité (c’est là qu’on a le plus de dossiers désormais), particulièrement lorsqu’il y a des ramifications internationales. Un effort a été mis sur la criminalité financière », ajoute Eric Van Duyse.

Tous les discours vont dans ce sens : on remet l’accent sur la criminalité en col blanc et les bandes organisées. Ce discours a été tenu lors de sa mercuriale de septembre 2019 par le procureur général Delmulle, répété en novembre dans nos colonnes par le patron de la PJ, puis repris en chœur par toute la chaîne judiciaire.

Cet effort sur la criminalité financière a été fait, on a des résultats », assure Eric Van Duyse. On peut citer quelques dossiers médiatisés : le coup de filet dans le milieu gitan pour des escroqueries à la voiture volée, une affaire d’évasion fiscale de Belges à Monaco, l’affaire Hakimi (dans laquelle l’animateur Stéphane Pauwels est cité pour un soupçon annexe) sur une quarantaine de home invasion, le footbelgate et ses nombreuses ramifications internationales… Tout en gardant « une attention constante » sur l’antiterrorisme.

Groupes criminels « hybrides »

Un coup de sonde à la police judiciaire confirme les intentions des pouvoirs publics. « La lutte contre la criminalité organisée est une priorité qu’on développe », abonde le commissaire François Farcy, directeur judiciaire de la PJF Mons-Tournai. « On avait lancé avec le directeur général Eric Snoeck un diagnostic des organisations criminelles sur le territoire belge (sa finalisation est forcément suspendue à cause de la crise du coronavirus). Il y a clairement une relance sur ce plan-là, sans vouloir retomber dans le travers de dire que, soi-disant, « le “terro” c’est terminé ».

La prise de conscience est européenne. François Farcy est d’ailleurs le représentant belge au sein d’un groupe d’experts d’Europol chargé de lutter contre les mafias et autres bandes criminelles organisées d’Europe.

Une lutte qui n’est pas toujours très éloignée de l’antiterrorisme : « Je parle souvent de l’hybridation des groupes criminels : ils versent dans les trafics de stupéfiants, d’armes, la traite des êtres humains… tout comme certains groupes terroristes, même si la finalité n’est pas la même », analyse François Farçy.

L’anticorruption renforcée

Contre la criminalité en col blanc, force est de constater que les promesses du nouveau directeur Snoeck sont tenues. Les deux services spécialisés - l'Office central de la lutte contre la délinquance économique et financière organisée (OCDEFO) et l’Office central pour la répression de la corruption (OCRC) – sont gonflés à bloc. D’abord, du point de vue des effectifs. L’office anticorruption était tombé jusqu’à 37 enquêteurs sur les 64 normalement prévus. A la fin 2020, le tableau organique devrait être rempli, selon nos sources. Même son de cloche chez leurs collègues de l’OCDEFO : 16 fiscalistes (sur 16 prévus) et bientôt 14 policiers (sur 16) s’attaquent à la fraude fiscale complexe et au blanchiment d’argent. « On s’intéresse de nouveau à nous. Auparavant c’était « terro, terro, terro », et quelque part c’était normal et compréhensible. Aujourd’hui on se rend compte que la lutte contre la corruption ou la fraude fiscale est aussi très importante pour le bon fonctionnement de notre société », souffle un enquêteur. Nos sources avaient constaté le « désinvestissement » dans ces matières et aussi tout simplement vécu un vieillissement des effectifs, non remplacés pour cause de priorité terroriste. « C’est un retour de balancier. »

Attentats de Bruxelles: une commémoration écourtée en raison de l’épidémie de coronavirus

Par Belga

La Première ministre Sophie Wilmès rendra un bref hommage dimanche aux victimes d’actes de terrorisme devant le monument implanté dans la petite rue de la Loi à Bruxelles, quatre ans après les attentats de la station de métro Maalbeek et de l’aéroport de Zaventem. Les commémorations seront écourtées en raison de l’épidémie de Covid-19.

L’organisation de la journée d’hommage aux victimes d’actes de terrorisme ne peut pas avoir lieu comme prévu. « Nous le regrettons fortement mais les circonstances nous imposent cette décision difficile », indique le site web officiel dédié à la commémoration.

Les événements prévus à l’aéroport de Zaventem, à la station de métro Maelbeek et au Résidence Palace sont annulés. À la place, la Première ministre rendra un bref hommage à toutes les victimes au monument de la rue de la Loi. Elle sera accompagnée de représentants des associations de victimes, de Brussels Airport et de la STIB.

« C’est regrettable pour les victimes et leurs proches, mais il y a beaucoup de compréhension de leur part. Le plus important est de ne pas les oublier », déclare Philippe Vansteenkiste, de l’association de victimes V-Europe. Il qualifie l’hommage de la Première ministre de « beau signal dans ces moments difficiles ».

La presse n’assistera pas à la cérémonie. Un photographe de l’agence Belga sera présent et celle-ci distribuera ensuite les images aux autres médias. La commémoration sera également filmée et diffusée sur le site www.22-03.be.

Les attentats de Bruxelles ont fait 32 victimes. Des centaines d’autres personnes ont été blessées.

 
 
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