Coronavirus: mouvement d’humeur dans quatre Delhaize

Trois magasins Delhaize intégrés bruxellois et un autre à Jambes sont restés fermés ce mercredi matin.
Trois magasins Delhaize intégrés bruxellois et un autre à Jambes sont restés fermés ce mercredi matin. - Belga

Depuis le début de l’épidémie de Codiv-19, la pression sociale ne cesse de monter dans la grande distribution alimentaire. En cause, le ras-le-bol de nombreux employés estimant travailler dans des conditions intenables en cette crise du coronavirus. Celle-ci les a exposés à des ruées stressantes et fatigantes dans les magasins, dès les premières mesures restrictives décrétées par le Conseil national de sécurité. Il a fallu gérer tant bien que mal cet afflux de clients paniqués, puis carburer comme jamais pour réassortir les rayons vidés par les consommateurs constituant des stocks de pâtes, d’eau ou encore de papier WC. Puis sont venues les mesures de protection du personnel, jugées trop tardives par celui-ci.

En front commun, les syndicats ont tenté de négocier avec Comeos, la fédération du commerce organisé, pour obtenir des compensations sous forme de congés supplémentaires et de primes financières. Ces négociations ont traîné en longueur pour finalement échouer ce week-end car le front commun syndical voulait obtenir davantage de jours de congés pour ses affiliés. Depuis lundi, les syndicats sont donc partis négocier enseigne par enseigne.

« Proposition insuffisante »

C’est dans ce contexte que le personnel des Delhaize Flagey (Ixelles), Westland (Anderlecht), Veeweyde (Anderlecht également), ainsi que celui de Jambes, soit 4 magasins intégrés sur 135, a décidé de rester portes closes ce mercredi matin. Pour combien de temps ? Le supermaché de Jambes a rouvert. Et les trois bruxellois ? « A mon avis, on est parti pour la journée », répond Myriam Delmée, présidente du Setca, en charge du commerce. Que s’est-il passé au juste ? « Hier, nous avons conclu des protocoles d’accord dans une série d’entreprises, dont Delhaize. Nous les avons présentés au personnel. C’est lui maintenant qui réagit. La proposition d’accord n’est pas retenue comme étant suffisante par toute une série de travailleurs ». Myriam Delmée souligne donc que « ces actions sont parties de la base ».

Du côté de Delhaize, qui confirme l’impossibilité pour sa clientèle d’accéder ce mardi aux quatre magasins, « l’accord proposé est pourtant équilibré et correct. Il prévoit cinq jours de congé en plus et des propositions financières sous forme de chèques-repas et de réductions supplémentaires sur les achats en magasins ». Dixit Roel Dekelver, porte-parole de l’enseigne, qui ajoute : « Nous avons pris les mesures nécessaires pour protéger notre personnel ».

Une situation émotionnelle

La CNE ne partage pas cette vision. « Les travailleurs veulent des primes, pas une augmentation des chèques-repas ou des bons d’achat, qui ne permettront pas de payer les factures à la fin du mois », réagit Manuel Gonzalez (père), permanent CNE en charge de Delhaize. Par ailleurs, ajoute Rosetta Scibillia, déléguée CNE Bruxelles, « nos travailleurs veulent fermer une heure plus tôt le soir pour pouvoir souffler. En fin de journée, nous n’avons quasiment plus de clients mais par contre, en journée, nous avons besoin de mains pour réassortir. La proposition de Delhaize de ne fermer une heure plus tôt (donc 20 h) que le vendredi n’est pas suffisante ». Les deux syndicalistes CNE ajoutent : « La santé n’a pas de prix. Mais aujourd’hui, les travailleurs demandent un juste retour du risque qu’ils prennent, tandis que leur entreprise engrange des chiffres d’affaires mirobolants ».

Du côté du Setca, Myriam Delmée qualifie le mouvement social chez Delhaize de « réaction bien compréhensible de travailleurs que je ne peux pas canaliser. Il faut comprendre que nous sommes dans une situation émotionnelle importante. Des accords peuvent sembler corrects. Mais ils sont considérés comme insuffisants par les travailleurs, tant ils en ont marre et ont l’impression d’être méprisés en termes de sécurité et de santé. Ils estiment ne pas avoir eu le respect nécessaire pendant plusieurs semaines. »

Risque de contagion ?

Tant le Setca que la CNE estiment que ce mouvement « pourrait faire tache d’huile dans toute une série d’endroits », notamment chez Carrefour. « Cela va suivre », assure Manuel Gonzales (fils), délégué itinérant CNE chez Carrefour. « Nous avons tenu une assemblée générale du personnel ce matin. Les gens sont en colère. Nous leur avons demandé de patienter jusqu’à vendredi, le temps de coordonner l’ensemble des travailleurs ». A ce stade, assure Aurelie Gerth, en charge de la communication de Carrefour, aucun magasin n’est touché par des actions.

Au vu de la situation, Myriam Delmée conclut : « Cela fait longtemps que nous le disons : le secteur est une pétaudière et il peut s’embraser très rapidement. Les actions de ce matin en sont la preuve. » On suivra avec la plus grande attention l’évolution de la situation. A ce stade, il est beaucoup trop prématuré de parler de fermetures en série. Les mouvements de ce mercredi matins ne sont que locaux. Mais l’enjeu est de taille : pour une grande partie de la population, la grande distribution alimentaire constitue le principal canal pour se nourrir. Singulièrement aujourd’hui, en pleine crise du coronavirus, avec la fermeture de l’horeca, hors plats à emporter ou à se faire livrer. Dans ce contexte, voir quatre supermarchés restés portes clauses pour des raisons sociales a de quoi inquiéter plus d’un consommateur déjà sur les nerfs. Les travailleurs et leurs représentants syndicaux en sont certainement conscients. Ils savent donc qu’ils disposent d’une « arme nucléaire » de négociation avec les patrons de la grande distribution.

 
 
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