Coronavirus: un Belge sur deux estime que le gouvernement doit prendre davantage de mesures

Coronavirus: un Belge sur deux estime que le gouvernement doit prendre davantage de mesures

Les gouvernements sont en première ligne dans le cadre de la lutte contre le coronavirus. Dans de nombreux pays, comme la Belgique, ils se sont même vu attribuer des « pouvoirs spéciaux » qui leur permettent d’éviter de passer par les longues procédures habituelles qui vont de pair avec un système démocratique. Cela n’a pas provoqué d’indignation. Que du contraire. « La démocratie contient en germe l’aspiration à des dérives autoritaires », explique Muriel Sacco, sociologue à l’ULB qui parle ici au nom d’un collectif auteur d’une carte blanche « Coronavirus : il faut veiller au respect des droits et libertés » (à lire sur le site du Vif). « Les citoyens, qui se sentent désemparés en tant qu’individus, se tournent vers un homme ou une entité providentielle et renoncent à leur propre pouvoir (symbolisé par le Parlement, qui sont les représentants du peuple), parce que c’est la seule solution qui leur soit présentée pour leur salut. »

Coercition ou redistribution ?

En moyenne, la moitié des personnes interrogées par YouGov juge que les autorités devraient prendre davantage de mesures. « Il faut certainement distinguer deux types de demandes possibles », poursuit la sociologue. « Soit plus de coercition, c’est-à-dire un renforcement de la surveillance et du contrôle policier (comme on le voit en France ou en Italie, où chaque déplacement implique de se munir d’une autorisation écrite) ; soit plus d’intervention, c’est-à-dire plus de redistribution des richesses et d’intervention en termes de services collectifs, ce qui correspond à un retour de l’État dans les sphères qu’il a désertées, avant la crise, mais encore durant celle-ci. »

Dans le détail, à peine un tiers des sondés, trouvent que les mesures imposées actuellement par les autorités sont suffisantes. Ce sont les Espagnols, durement touchés et les Français (parmi les plus récalcitrants au confinement au départ), qui sont les plus demandeurs. À l’inverse, plus de 40 % des Belges et des Allemands trouvent que les mesures actuelles sont suffisantes.

La vie l’emporte sur le voyage

L’enquête menée par YouGov démontre par ailleurs que l’interdiction des déplacements à l’étranger et la persistance du confinement ou d’un couvre-feu inquiètent globalement très peu la population. À part peut-être les Allemands qui sont 21 % à craindre un lockdown infini. Une fatalité face à la privation de liberté qui n’étonne pas Muriel Sacco vu le contexte : « Il est beaucoup plus préoccupant que tant de gens ne s’inquiètent pas outre mesure d’être privés de leur simple liberté de circuler, comme en atteste la popularité du hashtag #stayhome. Cela pourrait expliquer pourquoi les Allemands s’en soucient davantage, eux chez qui le confinement s’est imposé plus tard, selon d’autres modalités, et qui, par conséquent, n’ont pas vu leur liberté de circulation affectée de la même façon. »

La faible inquiétude par rapport à l’interdiction de voyager s’expliquerait, toujours selon Muriel Sacco et ses collèges, en grande partie par la diffusion constante d’informations anxiogènes, sans donner le même écho aux nombreuses tentatives scientifiques ou médicales de la relativiser à l’échelle des pandémies et de la maladie en général : « Logique alors que la vie l’emporte sur le voyage ; et même sur quoi que ce soit d’autre. Par ailleurs, la dimension (potentielle) de plaisir égoïste que contient l’idée de voyage est difficile à assumer dans ce contexte marqué par l’hyper-responsabilisation individuelle et collective. Elle était déjà tangible lors des récents mouvements touchant au réchauffement climatique ou à l’écologie. Voyager est peut-être plus que jamais un plaisir coupable. »

>>Le sondage Lena complet dans Le Soir Plus : perdre un proche, la principale crainte dans les pays les plus touchés

Méthodologie

Ce sondage commandé par plusieurs membres de LENA (une plate-forme d’échange entre sept grands quotidiens européens dont Le Soir) a été réalisé par l’institut YouGov dans huit pays européens (Allemagne, Espagne, Italie, France, Royaume-Uni, Suisse, Pologne et Belgique) ainsi qu’aux États-Unis, entre le 24 mars et le 30 mars. Près de 11.000 répondants âgés de dix-huit ans et plus ont participé à cette enquête. Les résultats ont été pondérés et sont représentatifs de la population de chaque pays.

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