Coronavirus: une nuit entière de discussion pour tenter de s’entendre sur la solidarité de l’UE

Coronavirus: une nuit entière de discussion pour tenter de s’entendre sur la solidarité de l’UE

L’Eurogroupe, le cénacle des ministres des finances de la zone euro, a repris ses vieilles habitudes des réunions qui durent toute la nuit. Mercredi matin, vers 7h, la vidéoconférence des grands argentiers était toujours en cours sur la liste des mesures à suggérer aux chefs d’Etat et de gouvernement pour amortir le choc économique du Covid-19. Etait annoncée une conférence de presse à 10h sans pouvoir garantir à ce stade que le président du cénacle, Mario Centeno, y annoncerait un accord. La réunion a connu plusieurs interruptions pendant la nuit pour essayer de prendre un par un les plus réticents. Le blocage persistait entre les Italiens et les Néerlandais notamment sur la mention ou non dans la liste des mesures d’emprunts communs (les obligations corona ou euro obligations).

Une position binaire

Les Italiens avaient fait monter les enchères en amont de la réunion qui se débutait mardi après-midi par téléconférence et où les pays hors zone euro avaient aussi été conviés. « Non au Mécanisme européen de stabilité (MES), oui aux eurobonds. C’est la seule bonne solution », déclarait Giuseppe Conte, Premier ministre italien, lundi soir. Soit non à une ligne de crédit préventive du fonds de sauvetage de la zone euro. En face, les Néerlandais refusaient toute mutualisation de la dette, soutenus par les Finlandais, les Autrichiens et les Allemands.

Les Espagnols, sur la ligne italienne jusqu’ici, avaient quant à eux montré une ouverture juste avant la réunion en se rapprochant de la proposition de compromis française d’un fonds limité dans le temps qui émettrait de la dette commune pour financer la réponse au choc économique.

Les Français proposent un fonds jusqu’à 3 % du PIB européen. Il ne s’agit pas de mutualiser les dettes existantes ou de créer un mécanisme permanent, avaient-ils tenté de rassurer. Le pot commun irait en grande partie aux pays les plus affectés, mais le remboursement se ferait sur base des richesses nationales. Mécaniquement, il est donc attendu que les Italiens bénéficient de plus de fonds que ce qu’ils remboursent. La question des garanties (chacun se porte garant de sa part ou de tout) est ouverte, nous dit-on.

La Belgique, la veille, par la voix du ministre des finances, Alexander De Croo, avait quant à elle semblé faire marche arrière sur son soutien aux emprunts communs en estimant qu’il n’y avait pas besoin immédiat d’un tel instrument de mutualisation. La Première ministre, Sophie Wilmes, avait signé une lettre aux côtés de huit leaders appelant l’UE à travailler sur un tel mécanisme mais on assurait, en Belgique, qu’il n’y avait pas d’opposition entre les propos du ministre De Croo et la Première.

Un sujet de controverse nationale

Les Italiens étaient donc seuls à rester sur une position binaire sur les emprunts communs. « Difficile de savoir si la position des Italiens est tactique », nous expliquait une source proche des discussions. Evidemment, l’Espagne comme l’Italie ont des dettes publiques déjà élevées (respectivement près de 99 % et 134 % de leur PIB). Emprunter au MES ne ferait que creuser davantage ce ratio, même si les conditions de prêts sont avantageuses (généralement de faibles taux, de longues maturités). La situation intérieure n’est toutefois pas la même. Le MES n’est pas aussi controversé en Espagne (où il est déjà intervenu pour les banques) qu’en Italie, où il est vu comme une sorte de soumission à l’Europe. La réforme du fonds de sauvetage, fin 2019, s’y était d’ailleurs érigée en controverse nationale.

Ce qui nous amène au second sujet sur lequel les ministres continuaient de buter, mardi soir : les conditions liées à une intervention du MES impliquent. Les Néerlandais, les Finlandais et les Autrichiens voudraient du strict, pour assurer que les pays aidés reviennent sur les rails budgétaires une fois le gros du choc passé.

Les Allemands, fervents défenseurs de ces conditionnalités dans le passé, ont revu leur position, rassurés par les juristes du Conseil (cénacle des Etats), sachant que les Traités européens précisent que les pays doivent rester soumis à la « logique du marché lorsqu’ils contractent des dettes, celle-ci devant les inciter à maintenir une discipline budgétaire ». Compte tenu du fait que les règles du Pacte de stabilité sont pour le moment suspendues et qu’aucun pays ne faisait l’objet d’une surveillance particulière dans ce cadre (une procédure pour déficit excessif), le service juridique du Conseil, dans un avis que Le Soir a consulté, estime que limiter la conditionnalité du MES à demander que les fonds soient exclusivement utilisés dans la lutte contre le coronavirus serait suffisant pour ne pas violer les traités.

La Belgique fait ses calculs

Restaient alors deux points du possible paquet de mesures à proposer aux chefs à discuter : l’augmentation de la capacité de prêts de la Banque européenne d’investissement (jusqu’à 200 milliards) et le mécanisme temporaire de prêt aux Etats pour financer leur système assurance chômage partiel (jusqu’à 100 milliards). Ces deux propositions comptent chacune sur une garantie des Etats à hauteur de 25 milliards, soit un total de 50 milliards. Selon nos informations, mardi soir en téléconférence, la Belgique aurait surtout évoqué le retour financier qu’elle aurait sur ces deux propositions et qui n’est pas clair à ce stade. Les garanties qui lui seraient demandées (mais qu’elle ne devrait compter dans son déficit qu’en cas de défaut, ce qui est peu probable) avoisineraient un total de 2,2 milliards d’euros.

 
 
À la Une du Soir.be
À découvrir sur Le Soir +
  • Le dernier tronçon de la construction du nouveau pont a été achevé en avril dernier.

    Par Silvia Benedetti

    Europe

    Viaduc de Gênes: la famille Benetton poussée hors des autoroutes italiennes

  • «
Le Mécanisme européen de stabilité est une ligne de crédit conçue pour répondre à la pandémie, un phénomène dont personne n’est responsable.
»

    Par Alberto D’Argenio (La Repubblica)

    Lena

    «Le Mécanisme européen de stabilité ne provoquera aucune stigmatisation»

  • Le dernier tronçon du nouveau pont a été achevé fin avril dernier. Mais l’épilogue politico-juridico-financier de cette tragédie reste encore obscur.

    Par Silvia Benedetti

    Europe

    Italie: «La famille Benetton se moque des proches des victimes»

 

Vos réactions

Règles de bonne conduite / Un commentaire abusif? Alertez-nous