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La chronique de Michel Francard, linguiste: souffrez-vous de {glottophobie}?

Bien avant François Villon, on savait qu’il n’est de bon bec que de Paris. Et pas à propos de gastronomie…

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Chroniqueur Temps de lecture: 5 min

Notre machine à remonter le temps nous télétransporte cette fois en l’an de grâce 1180. Un personnage domine la scène politique française, Philippe II, plus connu aujourd’hui sous le nom de Philippe Auguste. Son mariage va être le théâtre d’un épisode étonnant de l’histoire du français, dont le protagoniste est Conon de Béthune.

Celui-ci, né vers 1150, est de noble extraction : il est le dixième fils de Robert V de Béthune et d’Adélide de Saint-Pol. En ce 12e siècle finissant, sa réputation de trouvère est bien assise. Nous le rencontrons à l’occasion de son premier contact avec la Cour royale. Il va y être la première victime authentifiée de ce que les spécialistes appellent la glottophobie  : une forme de discrimination linguistique fondée sur le mépris de la langue de l’autre. Et le premier cas attesté d’une longue tradition d’insécurité linguistique.

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3 Commentaires

  • Posté par Moreau Michel, lundi 13 avril 2020, 11:59

    Monsieur Francard, vous utilisez le vocable "glottophobie", récemment forgé (2016 ?), pour décrire "une forme de discrimination linguistique fondée sur le mépris de la langue de l’autre", semblable en cela à "xénophobie" ou "homophobie". Ces néologismes couplent un facteur discriminant (le parler, la nationalité, le choix sexuel) à un pratique sociale délibérée et concertée. Dans la mesure où "phobie" désigne plutôt un affect de frayeur, essentiellement individuel, involontaire et incontrôlable, il semble pourtant très mal choisi pour nommer des actions de discrimination collectives, souvent violentes, sauf bien entendu si l'objectif est d'exploiter un sens pour en cacher un autre. Ce qui nous ramène à notre confinement actuel, qui impose depuis quelques semaines la distanciation "sociale". Lancé par les politiques et adopté illico par les média, ce vocable au départ critiqué par quelques experts pour son imprécision, et même par le très officiel Portail linguistique du Canada (qui note que "While the term "social distancing" is more frequently used, the term "physical distancing" has been recommended by the World Health Organization as the term to be employed.") semble s'être imposé. Pourtant, cette distanciation "sociale", outre qu'elle est exprimée en mètres, ne correspond en rien à la réelle distance qu'éprouvent un sans-emploi, un sans-abris, un SDF, un réfugié... et tous les sans-grade en général. Inversement d'ailleurs, les champions de la proximité ininterrompue au travers des réseaux sociaux savent parfaitement que les seuls virus à craindre sont les logiciels malicieux... Très curieux, donc, cette "néosémie de crise", alors même que "distance physique" aurait été incomparablement plus clair pour tout le monde. Nul doute qu'il existe dans l'histoire des langues d'autres exemples, certains beaucoup plus lourds de conséquences, de ce genre de détournement sémantique... ce qui pourrait faire l'objet d'une prochaine chronique ?

  • Posté par Michel Francard, mercredi 15 avril 2020, 19:49

    Merci, Monsieur Moreau, pour ces commentaires et pour votre suggestion finale. Cette dernière relève plus d’une étude d’envergure que d’un modeste billet, mais elle met le doigt sur un des mécanismes les plus pernicieux des novlangues qui nous sont servies quotidiennement...

  • Posté par Rahier Pierre, vendredi 10 avril 2020, 15:08

    Partiellement d'accord avec vous car le français parlé et/ou écrit de certain(e)s est une insupportable offense à mes oreilles et mes yeux. Il n'y a pas lieu d'être fier de ce français-là, me semble-t-il !

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