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«Si rien ne change, bien d’autres pandémies vont suivre», alertent des spécialistes

L’activité humaine a favorisé la propagation du coronavirus, et si rien ne change, bien d’autres vont suivre, alertent des spécialistes.

Temps de lecture: 4 min

Qu’il vienne d’une chauve-souris ou qu’il ait transité par un pangolin, le coronavirus qui a mis le monde sens dessus dessous et dont le bilan mondial approche les 100.000 morts vient du monde animal, c’est certain. Mais c’est l’activité humaine qui a favorisé son passage à l’Homme, et si rien ne change, bien d’autres vont suivre, alertent des spécialistes.

Les « zoonoses », maladies ou infections qui se transmettent de l’animal à l’humain, n’ont rien de nouveau. Tuberculose, rage, toxoplasmose, paludisme : selon le programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), 60 % des maladies infectieuses humaines ont cette origine. Chiffre qui grimpe à 75 % pour les maladies « émergentes » : ebola, VIH, grippes aviaires et autres SRAS ou zika.

Conséquence aux changements environnementaux

Or, « l’émergence de maladies zoonotiques est souvent associée aux changements environnementaux » qui sont « habituellement le résultat d’activités humaines, de la modification de l’usage des sols au changement climatique », notait le PNUE dans un rapport de 2016.

« Vu la croissance de la population humaine et son utilisation toujours plus intense des ressources planétaires, la destruction d’écosystèmes de plus en plus nombreux multiplie les contacts » entre espèces, abonde Gwenaël Vourc’h, directrice-adjointe de l’unité d’épidémiologie vétérinaire de l’INRAE, un institut de recherche public français.

En cause, la déforestation pour faire place à l’agriculture, l’élevage intensif dont les animaux peuvent servir de « pont » avec l’humain (notamment en développant des résistances aux antibiotiques), l’urbanisation et la fragmentation des milieux, qui modifient l’équilibre entre les espèces. Sans compter le réchauffement climatique qui peut conduire certains animaux vecteurs de maladie à prospérer là où ils ne vivaient pas avant.

« Le processus qui conduit un microbe, tel qu’un virus, d’une population de vertébrés dans laquelle il existe naturellement, jusqu’aux humains est complexe, mais causé par l’Homme », détaille Anne Larigauderie, secrétaire exécutive de l’IPBES, le panel des experts de l’ONU sur la biodiversité. Les actions humaines créent l’occasion pour les microbes de s’approcher des populations humaines.

« La rapidité de modification des espaces naturels ces 50 dernières années est sans précédent dans l’histoire humaine. Et le facteur direct le plus important de ce bouleversement est le changement d’affectation des terres », poursuit-elle. D’ailleurs, au-delà de la pandémie actuelle, l’IPBES estime que les zoonoses font quelque 700.000 morts par an.

Une étude de chercheurs américains, réalisée avant l’apparition de l’épidémie actuelle et publiée mercredi, identifie rongeurs, primates et chauve-souris comme hôtes de la majorité des virus transmis à l’Homme (75,8 %). Mais les animaux domestiques sont également porteurs de 50 % des zoonoses identifiées.

Et si l’on se concentre sur les espèces sauvages menacées, l’étude montre que celles qui partagent le plus de virus avec les humains sont précisément « celles dont les populations sont en baisse en raison de l’exploitation et de la perte d’habitat ».

« Nous modifions les territoires (…), ce qui augmente la fréquence et l’intensité des contacts entre l’humain et la faune sauvage, créant les conditions idéales pour des transferts viraux », résume Christine Johnson, de l’école vétérinaire de l’université de Californie, qui a dirigé l’étude, faisant écho aux autres expertes.

Un phénomène en hausse

La tendance ne devrait pas s’infléchir, prévient Anne Larigauderie, car les modifications d’usage des terres, « combinées aux augmentations en matière d’échanges commerciaux et de voyages », devraient faire augmenter la fréquence des pandémies à l’avenir.

La réponse devra donc être systémique, souligne Gwenaël Vourc’h : « au-delà de la seule réponse indispensable à chaque épidémie, il faut réfléchir à notre modèle » et notamment « repenser notre relation avec les écosystèmes naturels et les services qu’ils rendent ».

Anne Larigauderie ne dit pas autre chose : elle en appelle à un « changement transformant pour trouver une solution à cette tragédie mondiale », en oeuvrant à un « ancrage environnemental » des différents secteurs économiques, de la finance à la pêche en passant par les transports ou l’énergie.

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40 Commentaires

  • Posté par Det Ben, dimanche 12 avril 2020, 12:39

    Albert Jacquard, éminent généticien s'est intéressé sur le tard (a t'il dit) un peu plus sur l'homme dans sa dimension planétaire car il était surpris de certains discours. Je me rappelle qu'il avait dit en sont temps. "Si on prend la consommation moyenne d'un américain, la planète peut produire pour 750 millions d'individus." ( je laisse le soin de retrouver la date et les chiffres). Je me rappelle que des ONG alertaient déjà sur ce point dans les années 1980's. Je me rappelle que quand je citais que même un intellectuel comme Jacquard s'inquiétait de cette réalité (autre que celle de son domaine de prédilection), je me suis entendu répondre : "il est communiste" (donc il a tort). "L'intelligence" de certains fait des raccourcis qui valident ou invalident une argumentation ou des faits en fonction des étiquettes qu'on donne aux gens. J'ai compris cela très tôt. Il serait souhaitable qu'on ne fasse pas les mêmes erreurs maintenant. Je veux dire que des stratégies ressortiront des modèles qui seront fournis. Je crains que du marchandage se fasse sur base des résultats possibles des différents scénarios et que ces personnes sélectionnent dans les modèles les parties d'argumentation/ discours qui arrangent le scénario préféré et que le plus fort en proportion démocratique (pas intellectuelle) "gagnera". Je crains qu'on laisse les modèles (évolutifs ) pour ce qu'ils sont : des outils de réflexion.....sur lesquels seuls les intellectuels réfléchiront alors que les politiques auront fait des choix arbitraires dans la liste des scénario possibles.

  • Posté par crabbe serge, dimanche 12 avril 2020, 11:14

    C'est peut-être le début de l'autorégulation de l'espèce humaine par la nature. Il semble de plus en plus évident que la surpopulation exponentielle de l'homme sur terre risque de détruire toute vie . Comme nous faisons partie des écosystèmes, ceux-ci vont probablement réguler ou même détruire la vie humaine sur terre ?

  • Posté par Platteau Olivier, dimanche 12 avril 2020, 10:53

    Beaucoup se sont moqués des jeunes qui manifestaient pour le climat, dont Greta, et les ont critiqués vertement; les politiques n'ont rien fait. Résultat: comme ces jeunes n'étaient pas écoutés, Mère Nature s'est exprimée et nous a mis au pied du mur (faisant des milliers de victimes au passage).

  • Posté par De Villers Léopold, dimanche 12 avril 2020, 16:14

    Mère Nature ????? serait ce une nouvelle divinité inventée par certains écologistes? Il faut arrêter avec toutes ces bêtises il y a toujours eut et il y aura toujours des virus et bactéries pour nous tuer Nous sommes à une époque ou les gens croient en l'immortalité et ne comprennent pas qu'il faut mourir un jour (j'ai 73 ans)

  • Posté par Meersman Olivier, dimanche 12 avril 2020, 9:52

    Cela s'appelle la régulation de notre espèce. Il n'y a presque plus de guerres, nous vivons plus longtemps et en meilleure santé. Si ce genre de pandémie ne se multiplie mas nous serons 10 milliards dans moins longtemps qu'on ne le pense...

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