Pollution: la quasi-totalité des poissons morts sur le cours wallon de l’Escaut

Pollution: la quasi-totalité des poissons morts sur le cours wallon de l’Escaut

Une « pollution catastrophique » a frappé sur plusieurs dizaines de kilomètres de l’Escaut depuis Cambrai et jusqu’en Flandre. Elle aurait coûté la vie à la quasi-totalité des poissons présents dans le fleuve malgré les efforts des services de l’administration wallonne et du contrat de rivière local pour sauver ce qui pouvait l’être.

Dans la nuit du 9 avril dernier, une digue d’un bassin de décantation contenant les eaux de lavage de betteraves s’est rompue, projetant 100.000 m3 d’eau dans les environs et dans le cours du fleuve. La société en cause est la sucrerie Tereos qui se trouve à Escaudoeuvres, à quelques centaines de mètres en aval de Cambrai. Etonnamment, l’information connue le 10 avril, est parvenue aux oreilles de l’Office français de la biodiversité avant le 15 avril. Une enquête judiciaire a même été ouverte par le procureur de Cambrai. Les autorités françaises étaient donc bien au courant. Elles n’ont manifestement pas communiqué en direction de la Wallonie comme le prévoit pourtant une convention internationale ? La Wallonie dit n’avoir été informée de rien.

Toujours est-il ce n’est que ce lundi, le 20 avril, que la police wallonne de l’Environnement a été informée par un riverain de l’Escaut de la présence anormalement élevée de poissons morts à la surface du fleuve. « Nous n’avons constaté les dégâts que mardi après-midi, témoigne pour sa part le bourgmestre de Pecq, Aurélien Brabant. Près de la mise à l’eau, on a constaté la présence d’amas de poissons en train de suffoquer ».

Quasi-100 % de mortalité

Face à l’apport massif de matières organiques, même les espèces les plus résistantes au manque d’oxygène comme les anguilles ou les carpes n’ont pas résisté à l’étouffement, indique-t-on. Au cabinet de la ministre wallonne de l’Environnement, Céline Tellier (Ecolo), on parle de « catastrophe écologique majeure. La mortalité des poissons pourrait atteindre 100 % sur les 36 kilomètres de la partie wallonne de l’Escaut. » Les relevés réalisés par l’administration ont mis en évidence des niveaux inférieurs à 0,5 milligramme d’oxygène dissous par litre pendant plus de deux jours. Sachant qu’il faut au moins 5 mg/l pour garantir la survie des organismes aquatiques et que la sécheresse actuelle a ralenti le cours de l’Escaut, « il est fortement à craindre qu’une grande partie des poissons et des autres organismes aquatiques à branchies ait succombé à cette pollution, dont des espèces protégées », souligne-t-on. « Il s’agit notamment de l'anguille européenne, la bouvière européenne, l'able de Heckel, l'ide mélanote, la loche d'étang, le chabot, explique Xavier Rollin, directeur de la Pêche à l’administration wallonne... A cela il faut ajouter certaines espèces d'invertébrés (certaines libellules...) et d'amphibiens (dont le stade larvaire est aquatique et à branchies) ».Quatre à cinq cents kilos de poissons auraient été sauvés ; la biomasse totale sur la partie wallonne du fleuve est estimée à 50 et 70 tonnes.

A l’écluse d’Hérinnes près de Pecq sur la frontière linguistique, des pompiers sont intervenus avec quatre pompes destinées à oxygéner l’eau. En amont, des agents de l’administration wallonne et du contrat de rivière s’activaient pour récupérer les derniers poissons encore vivants afin de les transférer sur des cours d’eau voisins et intacts. « La pollution dégage une forte odeur, poursuit Brabant. De nombreux riverains nous demandent s’il y a un danger pour la santé ». Il n’en est rien, dit-on de source officielle. « A part les nuisances olfactives dues à la putréfaction des poissons, il n’y a pas de risque. La baignade est interdite dans le fleuve et il n’y a pas de captage d’eau potable ».

La pollution s’est désormais vers la Flandre qui a été alertée par la Wallonie. Un procès-verbal sera dressé à l’encontre du pollueur, confirme la porte-parole de la ministre Tellier. Cette dernière interpellera par ailleurs la commission internationale de l’Escaut. Celle-ci prévoit en effet que tout incident doit être signalé aux pays riverains du fleuve par l’Etat où cet incident s’est déroulé. Cela n’a malheureusement pas eu lieu, dit-on du côté wallon. Outre le remboursement des frais liés à l’intervention, le pollueur français risque une amende pouvant atteindre 1 million d’euros, et ce uniquement en Wallonie.

 
 
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