Un conseiller fiscal répond à Paul Magnette: «Notre assistance participe à vos recettes publiques»

Un conseiller fiscal répond à Paul Magnette: «Notre assistance participe à vos recettes publiques»

Professeur à l’EPHEC et conseiller fiscal (entre autres), Emmanuel Degrève, a publié une carte blanche dans l’Echo. Il répond à Paul Magnette et à son discours du 1er mai.

« Alors que des conseillers fiscaux aident les entreprises à échapper à l’impôt facturent leurs services à 400 euros de l’heure, des métiers indispensables à la vie en commun sont sous-payés », avait notamment déclaré le président du PS lors de son 1er mai virtuel. « C’est le monde à l’envers, et ça ne peut plus durer. »

Une déclaration qui a poussé la profession et Emmanuel Degrève à réagir. Il demande à Paul Magnette d’apprendre à connaître leur métier et leur clientèle. « Notre credo : assister l’économie. Notre réalité principale : assister la petite économie. Le tissu économique belge est ainsi fait que l’essentiel des acteurs sont soit des indépendants, soit des micro-entités (des petites entreprises sans employé). Le produit de notre assistance participe finalement donc bien au succès de vos politiques publiques, ou du moins de vos recettes publiques. »

Acteur important durant cette crise

Selon Emmanuel Degrève, les conseillers fiscaux « participent à collecter chaque année (base 2018), 70 milliards en impôts sur les revenus, 31 milliards en TVA et 6 milliards en droits et taxes indirectes diverses. En 2018, nous avons contribué à la collecte mutuelle de 44,8 % du PIB de taxes et assimilés, selon la très sérieuse OCDE, ce qui place la Belgique dans le trio mondial. »

« Pas si mal, » lance l’auteur pour des professionnels « qui nuisent à l’intérêt général » ironise-t-il en citant le président socialiste. « Vous avez raison finalement, c’est bien le monde à l’envers. Nous collectons avec succès, nous assistons avec détermination, mais in fine de la crise, vous rêvez d’en devenir le seul et unique héros. Vous vous présentez comme le gardien des valeurs morales et humaines et le défenseur de la veuve, du pauvre et de l’orphelin. Tandis que nous… ne serions que nuisance, un vrai monde à l’envers. »

Loin des préjugés

L’auteur a également mis en garde contre la méconnaissance de son métier. « Notre contexte, ce n’est pas l’aisance ou l’opulence, ni le taux horaire exorbitant illustré dans vos propos (…). Nous sommes des entrepreneurs au service des entrepreneurs. Des entrepreneurs qui souffrent et se battent pour gagner leur pain. Qui connaissent aussi les impayés, la précarité ou la crise. »

« Laissez nos professionnels agir comme les vrais médecins de la petite économie et reconnaissez-nous dans ce rôle ingrat, comme vous le claironnez si facilement quand vous parlez des efforts réels et exceptionnels du secteur de la santé. »

Capital confiance

Pour Emmanuel Degrève, la différence entre les conseillers fiscaux et le président du PS est dans le capital confiance. « Interrogez-vous sur cette confiance. Réfléchissez à votre ton, votre discours caricatural et vos promesses non tenues, lit progressif d’un capital défiance. »

« Mon cher président, une bonne fois pour toutes, apprenez à nous connaître, vous découvrirez notre ton sincère, la nature de notre métier et notre loyal et irascible engagement. Et espérons-le, vous découvrirez aussi une profonde source d’inspiration pour vos lendemains apaisés. »

 
 
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