Les comédiens s’emparent des mots des poètes, en hommage aux victimes du coronavirus

Thierry Hellin, chez lui, lit un texte du poète flamand Charles Ducal.
Thierry Hellin, chez lui, lit un texte du poète flamand Charles Ducal. - D.R.

C’est une alliance très belle. Il y a un mois, quelques dizaines de poètes belges prenaient gracieusement la plume, et s’engageaient pour tenter de mettre un peu de baume sur les douleurs, en ces temps de confinement obligatoire. Pour marquer la mémoire des disparus. Pour soutenir les familles en deuil, aussi. Ce mois-ci, ce sont les comédiens belges qui prennent le relais, eux aussi bénévolement. Pour exprimer leur émotion face à l’événement provoqué par la pandémie. Par amour du texte, aussi.

Thierry Hellin est là, la barbe hirsute, dans sa bibliothèque, à lire les mots de Charles Ducal ou de Corinne Hoex. Marie-Paule Kumps nous chuchote à l’oreille des mots de Christian Merveille et de Milady Renoir. Nicolas Buysse a choisi son jardin, sous le soleil exactement, pour nous dire un texte de Vincent Tholomé.

On est heureux de voir ces visages familiers, auxquels nous sommes attachés. On est aussi, avouons-le, émus de les revoir, eux dont les projets ont été brutalement interrompus : au mieux reportés, au pire annulés.

Nous les avons invités, ces derniers jours, à nous envoyer une vidéo d’un poème de leur choix. Un poème parmi plus d’une centaine, signés par des écrivains qui avaient répondu à l’appel lancé début avril par Carl Norac, le Poète National. Que du beau monde : Caroline Lamarche, Jean-Pierre Verheggen, Veronika Mabardi, Laurence Vielle, Jean-Luc Outers, Werner Lambersy, Vincent Tholomé, Karel Logist…

Le premier poète national

Les comédiens ont pris connaissance de ces textes, souvent empreints d’une grande empathie, résonnant parfois comme des prières douces, avec leurs bouquets de larmes, leurs mots d’amour, leurs images intimes. Les comédiens ont ensuite répondu à l’appel. Se sont filmés, chez eux, face caméra, dans leur salon, leur bibliothèque ou leur jardin. Seuls, avec les moyens du bord. Ils ont mis toute leur âme dans ces lectures. Elles sont belles, sobres, intimes, habitées, pleines d’émotion retenue.

Une vingtaine de lectures filmées sont postées à partir de ce vendredi sur le site du Soir, comme sur celui du Poète national. A raison d’une par jour, durant un mois. Ce vendredi, Thierry Hellin s’empare d’un texte de Charles Ducal, poète flamand qui fut, pour la petite histoire, le premier « Poète National » du pays, en 2014 et 2015.

Puis, dès lundi et durant les prochaines semaines, on aura l’occasion d’entendre Marie-Paule Kumps, Alexandre von Sivers, Maya Racha, Bernard Yerlès, Hélène de Saint-Père, Pietro Pizzuti, Adia Panteleeff, Benoît Verhaert, Isabelle De Hertogh, Antoine Cogniaux, Florence Hebbelynck, Nicolas Buysse, Manuela Sanchez et Elliot Jenicot… Certains comédiens proposeront des lectures en néerlandais, en espagnol, en arabe.

Poètes et comédiens au chevet du monde. L’alliance est belle. Et symboliquement forte, en ces temps de coronavirus, qui fragilise la planète, le pays, les personnes âgées, les plus fragiles, les indépendants, les restaurateurs… les artistes, aussi, de façon générale. Et les comédiens en particuliers, invisibilisés depuis la mi-mars par les mesures de confinement, qui les frappent en premier. Ces vidéos sont là pour nous rappeler qu’il ne faudra pas les oublier, quand viendra l’heure de la réouverture des salles de spectacle.

70 familles ont fait appel aux poètes

Par N.Ce.

Infatigable Carl Norac. Instauré « Poète National » en janvier, le Montois se remue sans compter, depuis le début de la crise pandémique. L’opération « Fleurs de funérailles », qui voit près d’une centaine de poètes, du nord comme du sud du pays, dédier des textes aux disparus et aux familles en deuil, c’est lui. Lui, encore, qui lors d’une discussion à bâtons rompus avec la rédaction du Soir, se montre constructif, pragmatique, enthousiaste, et applaudit des deux mains lorsqu’il s’agit de proposer aux comédiens de lire les textes des poètes. Lucide, aussi, sur le pouvoir tout relatif des mots. « C’est presque rien, c’est vrai… Mais presque, c’est déjà quelque chose. »

Cinq semaines après le lancement des « Fleurs de funérailles », Carl Norac tire un premier bilan, qu’il adressait jeudi après-midi à ses amis poètes. « Plus de 70 familles belges de toutes régions nous ont contactés pour écrire un poème personnalisé pour leur défunt, et les poètes, en lien direct avec ces familles, ont essayé avec force de poser des mots sur cet indicible. Les messages que nous recevons en retour de ces familles sont si forts… »

Ce n’est pas tout. « Nous avons reçu des demandes au-delà des enterrements solitaires. Des hôpitaux ont demandé que nos poètes écrivent pour leur personnel un poème « pour tenir le coup » dans cette lutte. Nous y avons répondu avec enthousiasme. Trois poétesses ont écrit pour un hôpital de magnifiques textes : Gioia Kayaga, Béatrice Libert et cette semaine Laurence Vielle. »

 
 
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