Académiques et entrepreneurs se coalisent pour une «relance soutenable»

Parmi les propositons
: la suppression du système des voitures de société.
Parmi les propositons : la suppression du système des voitures de société. - Le Soir.

C’est un sérieux concurrent aux groupes officiels qui préparent les mesures de soutien aux entreprises et la relance économique après la crise du coronavirus. Le « Resilience management group » (RMG), comme il se nomme lui-même, est composé d’une grosse centaine d’académiques et de plus de 180 patrons d’entreprises actives, actives dans la transition écologique au sein du réseau Kaya. Il est soutenu par deux des principales organisations environnementales wallonnes et flamandes.

Son objectif : proposer une relance permettant de ne pas retomber dans le « business as usual » d’avant la crise et tous ses aspects insoutenables pour la société, l’environnement, les inégalités, le climat. Nom de code de la démarche : le plan «Sophia».

La santé a reçu logiquement la priorité, l’économie revient au premier plan, constatent les signataires de ce plan qui a été présenté ce jeudi. Mais relancer la machine ne doit pas se faire sans rien changer au système ou sans corriger ses défauts. Quant aux moyens alloués à la relance, ils doivent servir à « mettre en œuvre l’indispensable “transition juste” qui nous permettra d’éviter, de retarder ou d’atténuer les effets des crises futures ». « La courbe des émissions de gaz à effet de serre doit également être écrasée, rappelle le climatologue Jean-Pascal van Ypersele. Et il n’existe pas de vaccin contre les changements climatiques ».

Des propositions concrètes

Au-delà de l’appel de principe, le groupe a travaillé sur des propositions concrètes, ce qui le distingue des très nombreux appels au changement venus de-ci de-là. L’exercice concilie ainsi « les connaissances scientifiques et réflexions théoriques avec les expériences concrètes du terrain ».

Le groupe ne s’en tient pas là. Il veut également participer aux solutions de relance qui seront mises en œuvre. Cela signifie trouver une place au sein des nombreux groupes de travail qui réfléchissent à la question. « Certes, il y a l’urgence et des décisions doivent être prises, dit Roland Moreau, ancien directeur général environnement de l’administration fédérale. Mais il est cohérent de proposer un plan maintenant : il faut éviter que ce qui est décidé dans l’urgence n’hypothèque l’avenir ». Des représentants du groupe s’en sont ouverts à la Première ministre Sophie Wilmès (MR) au cours d’une conversation jugée « très constructive » par celle-ci. Dans son entourage on insiste sur l’importance de l’intelligence collective et d’un dialogue qui se poursuivra. Reste à voir si les choses iront plus loin… « Nous allons continuer ce dialogue, notre objectif c’est d’être au service des gouvernements. Nous allons également prendre contact avec les entités fédérées », assure Marc Lemaire, l’un des initiateurs du plan.

Ce dernier, dit Sybille Mertens, professeur d’économie à l’ULiège, « exprime la vision d’une économie souhaitable et propose une vision de la société. C’est ce qui fait cruellement défaut aujourd’hui ». Reste que les experts ne rechignent pas à répondre aux questions d’actualité comme celle de l’opportunité d’investir 300 millions dans Brussels Airlines. « Cette question mériterait d’être intégrée dans une réflexion plus globale », dit Mertens, tandis que le politologue François Gemenne (ULiège) évoque un « rapprochement voire une fusion avec les compagnies de chemin de fer ».

Parmi les 15 thématiques (banques, fiscalité, agriculture, mobilité, aide aux entreprises, énergie, démocratie…), on trouve de multiples propositions – environ 200. Beaucoup sont connues ; elles sont adaptées à l’urgence actuelle et replacée dans une cohérence générale. Les experts proposent de réorienter les aides publiques vers les secteurs « durables » et de désinvestir des activités qui ne le sont pas, de conditionner le soutien notamment à une réduction de l’empreinte environnementale. On évoque la mise en place d’une « taxe carbone avec accompagnement social » et mécanisme d’ajustement aux frontières européennes, la suppression du système des voitures de société et du carburant professionnel. La fiscalité immobilière doit favoriser le déménagement des travailleurs à proximité de leur lieu de travail et le changement de logement en fonction de la taille du ménage.

Il faut, dit le document, réduire le coût du travail et la TVA dans les activités liées à l’économie circulaire (réparation, entretien, etc.), favoriser fiscalement les écoproduits, allonger la durée de la garantie légale. L’agriculture n’est pas oubliée pour laquelle on demande de réorienter les soutiens publics vers les services rendus, l’impact environnemental de la production, l’accès la terre pour les jeunes agriculteurs, le soutien aux circuits courts…

Stopper l’urbanisation, imposer un moratoire sur les grandes infrastructures, prévoir 25 % du territoire en réserves naturelles, lancer un « green deal » pour une rénovation généralisée du bâtiment, instaurer une taxe sur le kérosène et les billets d’avion, interdire la publicité pour les véhicules les plus polluants et les plus lourds/puissants, favoriser les transports publics… Les propositions ne manquent pas.

Un cadre pour la production d’énergie

Les experts se prononcent également pour un cadre clair pour la production d’énergie, compatible avec les engagements climatiques de la Belgique, avec la mise en place d’un prix du carbone. Ils proposent une politique axée sur tous les aspects de la santé humaine plutôt que sur la « gestion des maladies » et un « pacte pour l’emploi et la transition » incluant la semaine de quatre jours et une garantie d’emploi pour tous et un débat parlementaire sur un « revenu de base inconditionnel ».

Le processus serait couronné par la mise en place d’une « Convention interfédérale pour la transition et la démocratie » constituée de citoyens, d’experts, de représentants de la société civile organisée ou non et qui serait chargée « d’émettre des propositions aux gouvernements, aux parlements et aux citoyens » sur le contenu de la transition.

 
 
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