De quoi {Covid-19} est-il le nom?

De quoi {Covid-19} est-il le nom?
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Coronavirus, SARS-CoV-2, Covid-19 : ces mots que la pandémie a imposés dans notre quotidien sont-ils bien compris d’une majorité d’entre nous ? Ils méritent sans doute quelques commentaires, d’autant que nous risquons de les fréquenter longtemps encore au détour de nos déconfinements. Le dernier d’entre eux, en particulier, pourrait rejoindre de peu glorieux devanciers, comme sida, dans les nomenclatures de nos dictionnaires.

Quel nom ?

Une fois la conviction établie que nous avions affaire à bien plus sérieux qu’une simple « grippe », fût-ce une « grippe chinoise », les messages d’alerte ont privilégié le nom générique du virus incriminé, le coronavirus, parfois associé à l’endroit de son apparition présumée : le coronavirus chinois ou, plus précisément, le coronavirus de Wuhan.

L’élément savant corona « couronne » fait référence à ce qui apparaît lorsqu’on observe ce virus au microscope électronique : les protéines insérées sur son enveloppe donnent l’apparence d’un « virus à couronne ». La première infection d’un être humain par ledit virus a été repérée au milieu des années 1960. Depuis, il est impliqué dans plusieurs épidémies ou même pandémies se manifestant principalement par de graves affections respiratoires.

Les épidémiologistes ont rapidement donné au coronavirus responsable de la pandémie actuelle le nom officiel de SARS-CoV-2, acronyme pour Severe Acute Respiratory Syndrome-COronaVirus-2, littéralement « coronavirus-2 du syndrome respiratoire aigu sévère ». Le chiffre 2 indique qu’il s’agit d’une nouvelle souche de ce virus. Inutile de préciser que cette dénomination n’avait guère de chance de passer dans le grand public, même si celui-ci avait été quelque peu familiarisé avec l’acronyme SARS en 2004 lorsqu’une épidémie de grippe aviaire avait sévi.

Dans la foulée, l’OMS a donné à la maladie le nom anglais de COronaVirus Infectious Disease 2019 « maladie infectieuse à coronavirus 2019 », d’où est issu l’acronyme aujourd’hui bien connu : Covid-19. Dans cette composition, 19 renvoie au millésime [20]19, et non à un numéro d’ordre (le 19e du nom), comme semblait l’entendre la conseillère du président Trump, Kellyanne Conway, la même qui s’était déjà illustrée en parlant de « faits alternatifs ».

Quel genre ?

Le D de Covid renvoie donc à l’anglais disease, élément qui a été mis en avant, dès mars dernier, par l’Office québécois de la langue française pour préférer la Covid-19 à le Covid-19. L’argument est qu’un sigle étranger prend généralement en français le genre du mot de base de ce sigle, ici « maladie ». L’OMS s’est rapidement ralliée à cet avis, de même que les autorités canadiennes. Le 7 mai, l’Académie française est sortie de son déconfinement pour appuyer – sans y faire référence – le choix de l’Office québécois de la langue française et recommander à son tour l’emploi du féminin.

Si la position de l’Office québécois de la langue française converge avec l’usage dominant au Québec, où Covid-19 est féminin, celle de l’Académie française, par contre, est en décalage avec celui observé de ce côté de l’Atlantique, où l’on privilégie le masculin. Ce choix du masculin révèle sans doute l’ignorance – bien excusable, pour des profanes – de la forme complète de l’acronyme anglais. Il est aussi favorisé par la confusion entre la maladie et son agent pathogène, le coronavirus, laquelle s’observe dans des énoncés comme « le Covid-19 est très contagieux » ou « j’ai contracté le Covid-19 ».

S’il y a une bonne raison de considérer Covid-19 comme un nom féminin, il est sans doute déjà trop tard pour inverser la tendance dominante en France et dans les pays francophones limitrophes, où l’on emploie ce nom au masculin. Celui-ci viendrait alors s’ajouter à la liste de ceux qui diffèrent quant au genre selon le côté de l’Atlantique où l’on se trouve, tels la gang, la job au Québec, le gang, le job en France. Il démentirait donc la règle d’attribution du genre des sigles, comme d’autres avant lui : songeons à HLM, «  Habitation à Loyer Modéré », employé fréquemment au masculin malgré le genre de son composant principal habitation.

Quelle graphie ?

Sous quelle forme écrite Covid-19 va-t-il continuer de nous narguer ? Comme il s’agit d’un acronyme, plusieurs voies sont possibles. Il y a celle prise en France par Unesco ou Unicef, avec la perte des majuscules, sauf à l’initiale parce qu’il s’agit d’institutions. Au Québec, par contre, l’usage est plutôt de conserver ces noms entièrement en majuscules.

La graphie Covid-19 semble s’être imposée dans les principaux organes de presse français et suisses romands. Les journalistes belges francophones hésitent encore entre la solution adoptée par leurs confrères français et suisses et le maintien des majuscules (COVID-19).

Une autre possibilité est illustrée par le nom commun radar, à ce point lexicalisé qu’on oublie parfois qu’il s’agit d’un acronyme de RAdio Detection And Ranging. Ou encore par sida, issu de Syndrome d’Immunodéficience Acquise, aujourd’hui entièrement en minuscules, mais apparu initialement avec les seules majuscules. On adopterait alors (le ou la) covid-19, tristement banalisé, même dans l’écriture.

Comme d’autres, tel Pierre Igot, je ne suis pas convaincu par l’emploi de la majuscule initiale, justifiée pour les organisations internationales que sont l’Otan ou l’Opep, mais dont la pertinence ne m’apparaît pas dans le cas de Covid-19. Une graphie entièrement en minuscules me semble donc préférable, qu’il s’agisse de covid-19 ou de sa forme réduite covid qui évite une association rare de chiffres et de lettres dans un même nom commun.

Il reste que, quels que soient son genre et ses atours graphiques, ce ou cette Covid-19 n’en demeure pas moins infréquentable…

 
 
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