Isabelle Ferreras (UCLouvain): «Ce confinement c’est l’aveu d’un échec collectif»

Isabelle Ferreras est l’une des trois académiques à l’initiative d’une tribune ratifié par plus de 3.000 chercheuses et chercheurs (3.114 au dernier décompte) issus de 600 universités du monde entier. Son titre : « Travail : Démocratiser. Démarchandiser. Dépolluer ».

« Une pratique moyenâgeuse »

Des responsables de maisons de repos et autres experts qui dénoncent le lourd tribut des pensionnaires des maisons de repos dans le contexte du confinement. Une des images du confinement qui a choqué Isabelle Ferreras. Dans un reportage de la RTFB l’un d’entre eux parle d’euthanasie passive. «  Ce confinement, ça a été l’aveu d’un échec collectif  », commence-t-elle. «  On a dû se confiner, une pratique moyenâgeuse, car on n’était pas préparés. Et on a dit que c’était pour protéger les plus faibles, justement, que c’était une raison supérieure impérative. Mais face à ce reportage, on se dit qu’on a abandonné les plus faibles des plus faibles. Que va-t-on dire à nos enfants, à ceux qui paient un lourd tribut à ce confinement ? Cette crise met au centre de la table les fondements même de notre société. Nous avons tous payé un coût à cette crise et voir ce résultat-là, c’est très dur ».

On l’a vu, c’est donc une raison éthique qui a apparemment motivé ce confinement, or on se rend compte que les plus faibles en maisons de repos ont mal été protégés. L’éthique était donc vraiment le guide de ce confinement ? «  Il faudra plus de recul historique pour analyser cela. En 2014, Barack Obama avait fait un discours sur la crise d’Ebola, il se disait conscient de la gravité de la situation, conscient que le monde faisait face à un risque de pandémie. Il appelait à la préparation. L’OMS avait conçu un plan. Nos gouvernements n’ont pas décidé de suivre. Ça pose la question de la démarchandisation  ».

C’est-à-dire que le mécanisme du marché ne peut être laissé seul en charge des choix collectifs fondamentaux, écrit-elle dans la carte blanche cosignée par 3.000 chercheuses et chercheurs internationaux pour « le monde d’après », dans une tribune que publie le journal Le Soir. «  La santé et la dignité doivent être prises en considération sans prendre en compte si un marché solvable peut entrer en action à un instant T  ».

 
 
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