Olivier Renard: «Je n’étais plus écouté au Standard»

Olivier Renard: «Je n’étais plus écouté au Standard»
©Benoit Delsaert

Il avait quitté une première fois la Belgique à seulement 19 ans pour rejoindre l’Udinese et le championnat italien. Vingt ans plus tard, Olivier Renard a de nouveau laissé derrière lui le plat pays pour poser ses cartons au Canada. Désormais directeur sportif de l’Impact de Montréal, pensionnaire de la Major League Soccer, l’ancien joueur de Malines et du Standard nous a reçus, avant le début du confinement, à Montréal. Entre ses derniers mois difficiles à Sclessin, qu’il a quitté il y a un an, et sa nouvelle fonction, Olivier Renard a évoqué tous les sujets, à l’exception d’un : il ne parlera pas de la plainte déposée il y a trois mois par le Standard, qui l’accuse d’avoir touché, lorsqu’il était directeur sportif du club entre 2016 et 2018, des rétro-commissions lors de transferts de l’agent Dejan Veljkovic, la figure centrale du « Footbelgate ».

Olivier Renard, vous êtes au Canada depuis plusieurs mois, comment se passe votre intégration au sein de l’Impact ?

Tout se passe très bien pour moi. À partir du moment où tu travailles depuis six ans comme directeur sportif, je ne vais pas dire que tous les clubs sont les mêmes, mais ça reste du football. Maintenant, c’est vrai qu’ici, c’est un autre continent, une autre ligue avec des autres règles, et c’est à ce niveau-là qu’il a fallu un petit temps d’adaptation. Mais avec Vassili Cremanzidis, le directeur sportif adjoint, j’ai un bras droit qui m’aide beaucoup au quotidien. La difficulté d’intégration se situait plus au niveau familial. Le fait de déménager, l’école pour mes enfants qui sont flamands à la base. Mais aujourd’hui, tout se passe bien et nous sommes très heureux ici.

Evoquons votre signature ici, à Montréal. Comment s’est-elle déroulée ?

Cela s’est fait le biais de Walter Sabatini (le coordinateur sportif de l’Impact et de Bologne, club également détenu par Joey Saputo, le propriétaire de l’impact). Walter et moi avions des contacts réguliers depuis de nombreuses années, et quand il s’est engagé avec Bologne, il a pensé à moi comme bras droit sur Montréal. Il y a un déjà directeur sportif qui est Ricardo Bigon à Bologne, il manquait un directeur sportif du côté de Montréal et il a pensé à moi. Je venais à peine de signer à Antwerp. Ce n’était donc pas mon idée de partir ou d’accepter de m’engager à l’Impact. Il a demandé à me rencontrer plusieurs fois et ça s’est finalement fait. Avant de prendre ma décision, j’en ai parlé avec Lucien D’Onofrio, qui m’a dit que c’était une occasion à ne pas manquer. Et à partir du moment où ma famille était également d’accord, on a fait le choix d’accepter cette proposition.

C’était une opportunité à ne pas manquer dans une carrière ?

Ce n’est pas quelque chose que je pensais faire il y a encore un an. J’étais très bien au Standard, dans un projet qui grandissait. Je parle de la période où j’étais encore directeur sportif et le seul à décider. J’ai ensuite vécu une saison compliquée lors de dernière année en bord de Meuse. Mais, même à ce moment-là, j’avais des offres de l’étranger plus importantes qu’ici, mais je ne le sentais pas parce que pour faire un choix, j’ai besoin de trois arguments décisifs : le choix familial en premier lieu, le choix sportif de s’installer dans un club ou un championnat où tu sais que tes décisions peuvent faire la différence. Si j’avais accepté d’aller au Qatar par exemple, dans un pays où tu ne peux recruter que trois joueurs venant de l’étranger, il n’y a pas vraiment de projet sportif. Et le troisième choix est d’ordre financier bien sûr. Quand ces trois paramètres me semblent bons, tu réfléchis à dire oui à une offre et c’est comme ça que ça s’est passé.

Le timing de cette signature peut surprendre, trois mois seulement après avoir atterri à Anvers.

Quand une personne comme Walter Sabatini, qui est pour moi un des meilleurs directeurs sportifs de la dernière décennie dans le football italien, te contacte, tu l’écoutes. À l’Antwerp, Lucien D’Onofrio m’avait fait venir pour une fonction bien particulière. Il a toujours été très correct avec moi et tout se passait très bien. D’ailleurs, je suis très content de voir que l’Antwerp est en finale de la Coupe de Belgique. Je ne sais pas si ça sera possible d’être en Belgique au moment de la finale, mais ça me ferait plaisir d’être présent. En fait, à Anvers, je n’étais pas le directeur sportif, donc je n’ai pas laissé tomber le club, il y a une personne qui était au-dessus de moi. En accord avec la direction anversoise, j’ai pu rejoindre un projet, ici à Montréal, qui était important pour moi.

En juin, avant de rejoindre l’Antwerp, vous aviez d’autres offres émanant de la Belgique ?

Oui, j’avais plusieurs offres en Belgique et en Europe. Certaines personnes ont remarqué le travail que j’avais réalisé aussi bien à Malines qu’au Standard. C’est une fierté pour moi d’avoir un certain nombre de personnes qui me font confiance au niveau du recrutement des joueurs.

Quitter votre pays, ça ne vous a pas occasionné un petit pincement au cœur ?

Je suis parti à l’âge de 19 ans en Italie, je sais déjà ce que c’est de vivre à l’étranger. J’ai davantage pensé à ma femme et à mes enfants. Personnellement, à partir du moment où tu exerces ton métier, qui reste avant tout un plaisir pour moi, je savais que je n’allais pas avoir trop de difficultés.

Revenons-en à l’Impact. Quels sont les objectifs que vous vous êtes fixés cette saison avec l’ensemble de la direction et le staff technique ?

Déjà, il faut savoir que j’ai connu la même situation à Malines et au Standard. Malines était un club qui était en difficulté, on a réalisé un recrutement pour faire en sorte que l’équipe retrouve des couleurs. Quand je vois maintenant où en est le club, c’est une fierté pour moi. Je sais que les plus-values faites à la revente sur des joueurs que j’avais recrutés ont permis au club de grandir. Ça ne m’étonne pas de les voir à cette position en championnat et j’espère qu’ils iront en Playoffs 1. Au Standard, quand je suis arrivé, le club sortait de deux années de Playoffs 2, c’était donc aussi un club à reconstruire au niveau sportif. En trois années, tu gagnes la Coupe de Belgique à deux reprises, tu termines vice-champion puis troisième de la D1A, ça veut dire que l’objectif de faire remonter le club au niveau sportif, qui était ma principale mission, a été atteint. Mon travail, c’était de choisir des joueurs pour augmenter le niveau sportif du club et de pouvoir les revendre pour donner au club plus d’aisance financière. Ça s’est toujours passé comme ça, aussi bien à Malines qu’au Standard.

Pour en revenir à l’Impact, c’est la même chose, on va essayer de reconstruire le club sportivement après trois années sans parvenir à atteindre les Playoffs. On ne va jamais m’entendre dire que l’Impact vise le titre parce qu’il faut rester réaliste. À l’heure actuelle, on doit simplement penser à être réguliers. Ce que je veux faire, c’est de faire de l’Impact un club qui se qualifie chaque année pour les Playoffs. Les atteindre est priorité, mais, comme je l’ai dit lors de ma première conférence de presse ici, je n’arrive pas avec une baguette magique pour tout changer du jour au lendemain.

Thierry Henry est arrivé au mois de novembre pour prendre la tête de l’équipe. Comment se sont passés les premiers mois avec lui ? Au niveau des objectifs et du recrutement, tout se décide en étroite collaboration avec lui ?

En tant que directeur sportif, je suis quelqu’un qui n’aime pas choisir un joueur sans l’avis du coach. Je lui parle toujours des joueurs que j’observe. De cette manière, il a toujours une idée de quel profil il s’agit. Et s’il ne le sent vraiment pas, je préfère qu’il me le dise, parce qu’investir dans un joueur que l’entraîneur n’apprécie pas, ça veut automatiquement dire qu’il y a de grandes chances qu’il le mette en tribune. Et ça veut dire que tu fais perdre un investissement à un club. Je ne dois pas être le meilleur ami du coach, mais un travail main dans la main doit se faire. Je ne suis pas le coach, je ne décide pas qui doit être sur le terrain, mais on doit avoir une même idée sportive sur le style de joueur que nous voulons.

Concernant son recrutement, qu’est-ce qui vous a poussé à l’enrôler ? Qu’est-ce qui vous a séduit dans son parcours et dans son discours ?

On avait plusieurs critères en tête pour le profil de notre nouveau coach. Au niveau financier, on ne voulait pas faire de grandes folies. Et je voulais aussi quelqu’un qui comprend le football. Pas le soccer, mais le football. Et en même temps, quelqu’un qui connaît le soccer. C’est le cas de Thierry Henry. Ce n’était pas facile de trouver un entraîneur européen ayant un vécu en MLS qui rentrait dans les clous financièrement et qui, surtout, voulait venir coacher ici et travailler avec les jeunes. On a trouvé Thierry assez rapidement. Il savait quel profil je recherchais et on est rentrés assez rapidement en contact. J’ai ressenti chez lui cette grande envie de venir ici. Il était vraiment humble, on a recruté le coach Thierry Henry, pas le joueur. Au niveau du profil d’entraîneur qu’on recherchait, il cochait beaucoup de cases. Son statut de jeune coach, comme moi qui suis un jeune directeur sportif, a fait qu’on s’est encore plus penchés sur lui que sur d’autres candidats.

Son passage difficile à Monaco, après son expérience avec les Diables rouges, n’a pas été un frein pour vous ?

Si on prend tous les plus grands entraîneurs du monde, ils ont tous une case noire. Thierry l’a dit lui-même en arrivant à Montréal, on apprend plus de nos échecs que de nos victoires. Les échecs nous permettent d’analyser ce qui n’a pas fonctionné et de voir ce qu’on peut changer. Et c’est ce qui s’est passé à Monaco. Et puis, il faut être réaliste aussi, si Thierry avait obtenu de bons résultats à Monaco, il ne serait pas à l’Impact aujourd’hui. J’aime bien prendre des joueurs avec un potentiel, mais qui ont peut-être raté une ou deux marches, pour les relancer. C’est ce que j’ai fait au Standard avec Ishak Belfodil ou Orlando Sa par exemple. Et l’objectif est de réaliser de belles reventes sur ces joueurs. Concernant Thierry, s’il n’est plus ici dans un an ou deux ans, ça voudra dire qu’il aura obtenu de bons résultats. Et moi je serai fier d’avoir pris un Thierry Henry qui nous quitte après avoir fait de belles choses ici.

Vous avez été directeur sportif de clubs européens, désormais vous être le directeur sportif d’un club nord-américain. Il doit très certainement y avoir des différences notables entre les deux ?

La MLS, c’est un monde complètement à part. Il y a des drafts, les échanges entre les équipes, les deux conférences. C’est un autre sport et il faut dès lors mettre en place une autre gestion. Et c’est aussi ça qui m’a attiré. Découvrir quelque chose d’autre. Pour moi, c’est une belle expérience supplémentaire dans ma carrière.

Vous avez parlé à plusieurs reprises du Standard, un club que vous avez quitté il y a un an. Dans quel était d’esprit étiez-vous lorsque vous êtes partis ?

Je l’avais déclaré à l’époque, c’était quelque chose d’inévitable. J’ai senti au cours de la saison que le travail qui avait été effectué n’était plus forcément écouté. Et je n’ai pas de problème avec ça, ce n’est même pas une critique par rapport au président Bruno Venanzi ou à Michel Preud’homme. Ils ont préféré tourner à gauche, moi à droite, et je n’ai aucun problème avec ça. Le football, le sport en général, c’est comme ça. Il y a des décisions qui tombent, tu as des atomes crochus avec certaines personnes et beaucoup moins avec d’autres. Je n’avais plus la même vision qu’eux. Les choses qui me semblent un peu bizarres, ce sont les joueurs qui sont proposés pendant un an, pour lesquels je n’ai jamais eu un retour, mais qui sont quand même achetés un an plus tard pour des montants supérieurs. Les joueurs que tu as proposés il y a un an, le coach les apprécie tout compte fait puisqu’il les recrute douze mois plus tard. Et ce n’était pas une question de budget à ce moment-là, on aurait pu les prendre pour nettement moins cher. C’était assez drôle de voir ça. Ça me réconforte dans le fait d’être parti à ce moment-là.

La réussite actuelle de certains joueurs, on pense notamment à Konstantinos Laifis, ça doit vous faire plaisir aujourd’hui ?

Les réussites qui me font le plus plaisir à l’heure actuelle, c’est par exemple un Arnaud Bodart titulaire dans les cages tout au long de la saison. Ça a été une construction qui a été faite à la base par Philippe Vande Walle et moi-même alors qu’il y avait beaucoup de gens sceptiques à son égard. Le premier qui m’a parlé d’Arnaud, c’était Philippe. Il est sorti du staff professionnel, mais Arnaud a très bien progressé avec Ricardo Pereira et je sais qu’il y avait encore de nombreux doutes le concernant. Samuel Bastien, que je voulais recruter depuis plusieurs années et que j’ai recruté, Gojko Cimirot, Konstantinos Laifis, Razvan Marin, Moussa Djenepo, Ishak Belfodil, Christian Luyindama, Orlando Sa, tout le monde se posait des questions sur eux quand ils sont arrivés. Ce sont des joueurs à qui il fallait accorder sa confiance, et je l’ai fait. Tous les joueurs qui étaient présents dans le vestiaire lors de la saison 2017-2018, je comptais sur eux. Et on termine à la deuxième place du championnat à l’issue des Playoffs 1, on gagne la Coupe de Belgique avec des joueurs qui avaient été critiqués et un staff qui avait été critiqué. Et depuis ce moment-là d’ailleurs, ce n’est plus rose pour autant. Par contre, au niveau des dépenses, il y a eu énormément d’argent dépensé, ce qui n’était pas le cas avant. Ce n’est pas une critique, c’est comme ça. J’ai toujours fonctionné avec des achats entre 0 et 2 millions et demi d’euros maximum. Désormais, ils sont passés à d’autres styles d’investissements. Je crois que, s’ils peuvent se permettre de faire ça maintenant, c’est grâce aux ventes des Marin, Djenepo, Orlando Sa, Belfodil. Au niveau de la plus-value des transferts, la direction du Standard a été largement contente des deux saisons précédentes.

Avez-vous encore un œil attentif sur l’actualité du football belge ? Que pensez-vous, par exemple, de l’excellente santé sportive et financière de Bruges, mais aussi du retour de Vincent Kompany à Anderlecht dans un rôle de joueur-manager ?

Je regarde tous les championnats de toute façon, ça fait partie de mon travail de regarder beaucoup de matches. Bruges est l’équipe la plus stable de Belgique, Gand est club très sérieux et assez stable. Il ne faut pas oublier Genk aussi qui est très bon quand il s’agit d’aller chercher des jeunes. Par rapport à Bruges, quand tu parviens à être champion deux ou trois fois en quatre ans, ça te donne une certaine aisance financière grâce à la qualification en Ligue des champions. Et concernant Vincent Kompany, il se rend compte que ce n’est pas parce que tu es un grand nom dans le monde du football que tu vas directement réussir dans le coaching. Et ce n’est pas du tout une critique. L’identité footballistique qu’il est en train de mettre en place à Anderlecht, ce n’est pas évident et il était en train de réussir. Je ne sais pas s’il va se qualifier pour les Playoffs 1, mais il est en train de remonter petit à petit au classement alors que c’était très mal embarqué il y a quelques semaines. Il prend ses responsabilités dans la difficulté et il réalise quelque chose d’assez remarquable. C’est vrai qu’un club comme Anderlecht ne devrait jamais être à cette position, mais je ne crois pas que c’est la faute de Vincent Kompany. Il est train de reconstruire une identité dans ce club, ça ne se fait pas en deux mois. Ce ne sont pas des éloges gratuits, le challenge qui est le sien actuellement, c’est quelque chose de vraiment pas évident.

Dernière question, vous voyez-vous revenir dans le championnat belge dans les années à venir ?

L’important pour moi, c’est de me plaire où je suis. J’ai vraiment aimé mon expérience à Malines, je suis parti pour des raisons bien spécifiques. J’ai eu de très bons moments au Standard, beaucoup plus de bons que de mauvais moments. Loin de moi l’idée de vouloir critiquer le club, je ne le ferai pas parce que je n’ai pas envie. J’ai eu aussi de bons moments à Anvers avant qu’un projet très attirant ne fasse son apparition. Le plus important à mes yeux, c’est l’aspect familial. Tant que ma famille se plaît au Canada, je suis prêt à rester quelques années. Je dois dire que l’accueil des gens ici est particulièrement chaleureux, je n’ai pas encore regretté une seule minute mon choix de rejoindre l’Impact.

 
 
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