Génocide au Rwanda: Félicien Kabuga «veut être jugé en France», le procureur désire qu’il le soit en Tanzanie

Génocide au Rwanda: Félicien Kabuga «veut être jugé en France», le procureur désire qu’il le soit en Tanzanie

Le financier présumé du génocide rwandais Félicien Kabuga a comparu mercredi pour la première fois publiquement devant la justice depuis son arrestation samedi après 25 ans de cavale, faisant savoir par la voix d’un de ses avocats qu’il voulait « être jugé en France ».

Quatre jours après son arrestation en banlieue parisienne, M. Kabuga, détenu à la prison de la Santé, a été amené en chaise roulante à la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris.

Celle-ci doit examiner la validité du mandat d’arrêt émis par le Mécanisme des tribunaux pénaux internationaux (MTPI) – la structure chargée d’achever les travaux de l’ex-Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) siégeant à Arusha, dans le nord de la Tanzanie – puis émettre un avis, favorable ou non, sur sa remise.

Lors de l’audience, au cours de laquelle Félicien Kabuga a indiqué, en kyniarwanda, être âgé de 87 ans et non 84 ans comme cela était mentionné dans le mandat d’arrêt, ses avocats ont demandé un délai de huit jours pour pouvoir préparer sa défense, ce qui a été accepté. Il devra donc de nouveau comparaître le 27 mai.

« Félicien Kabuga bénéficie de la présomption d’innocence et a droit à un procès équitable », a plaidé Me Laurent Bayon, l’un de ses avocats. « Il veut être jugé en France, c’est ce qu’il m’a demandé de défendre ».

« La justice a attendu Félicien Kabuga 25 ans, pourquoi une telle précipitation ? » pour le présenter devant la chambre de l’instruction, a-t-il lancé, affirmant que le parquet général voulait « se débarrasser » de lui et « le voir juger ailleurs, surtout pas en France ».

La Tanzanie

L’avocate générale a rétorqué avoir agi afin « de contraindre au maximum les délais de détention » pour l’octogénaire.

Elle a par ailleurs souligné que la question de son transfèrement à Arusha, en Tanzanie, se posait compte-tenu de la « crise sanitaire », et qu’il pourrait être transféré à La Haye.

Le procureur du MTPI, Serge Brammertz, a indiqué de son côté mercredi à l’AFP que M. Kabuga devrait être jugé à Arusha, mais que « compte tenu de la pandémie mondiale du Covid-19, avec des soucis évidents et des difficultés dans les voyages internationaux, on ne peut pas exclure que M. Kabuga soit d’abord transféré à La Haye, le temps de préparer son transfert » vers la Tanzanie.

Selon une source proche du dossier, Félicien Kabuga aurait été opéré en 2007 d’un cancer de la gorge et aurait subi l’an dernier une ablation du côlon. Il résidait à Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine) sous une fausse identité quand il a été arrêté.

M. Kabuga est mis en accusation par le MTPI pour, notamment, « génocide », « incitation directe et publique à commettre le génocide » et « crimes contre l’humanité (persécutions et extermination) ».

Il est notamment accusé d’avoir créé les milices Interahamwe, principaux bras armés du génocide de 1994 qui fit 800.000 morts selon l’ONU.

En 1994, il appartenait au cercle restreint du président rwandais Juvénal Habyarimana dont l’assassinat, le 6 avril 1994, allait déclencher le génocide.

Il présidait la tristement célèbre Radio télévision libre des Mille collines (RTLM), qui diffusa des appels aux meurtres des Tutsi et le Fonds de défense nationale (FDN) qui collectait « des fonds » destinés à financer la logistique et les armes des miliciens hutu Interahamwe, selon l’acte d’accusation du TPIR.

 
 
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