Son site traque les pénuries dans les pharmacies… et fait le plein de visiteurs !

Son site traque les pénuries dans les pharmacies… et fait le plein de visiteurs !

C’est entre deux coups de fil que Martin Renchon trouve quelques minutes pour répondre à nos questions. Il faut dire que ces dernières semaines, ce trentenaire a du mal à trouver du temps libre. « Je passe mes journées au téléphone. Ça n’arrête pas, j’ai des pharmacies mais aussi des patients qui m’appellent ».

Derrière ce rythme soutenu, un site, pharmastock.info, qu’il a lancé avec ses deux associés à la mi-mars, au début du confinement. A ce moment-là, ce co-fondateur d’une entreprise de services web voit son nombre de clients chuter et son activité ralentir. Tout le contraire pour son épouse, pharmacienne, qui rentre tous les soirs à la maison épuisée. « Elle était lessivée. Quand on a vraiment commencé à parler du coronavirus, les pharmacies ont été prises d’assaut », se souvient Martin. Dans la foulée, le mot « pénurie » s’affiche quotidiennement à la une de l’actualité.

Une situation qui lui donne une idée : lancer un outil digital qui permette aux pharmacies, submergées de demandes, de mieux communiquer sur leurs stocks et aux consommateurs de trouver plus facilement les produits désirés, en évitant les déplacements inutiles. « On a lancé le site sur un coup de tête, en 24 heures, sans vraiment savoir s’il y avait une demande. On était juste persuadés que ça pouvait aider ». L’intuition était bonne. Rapidement, Martin trouve une, puis plusieurs officines qui acceptent de rejoindre l’aventure. « Ça n’a pas été facile car c’est un secteur qui est loin d’être branché sur la modernité. Ils ont plutôt peur du web. Mais un premier pharmacien a trouvé l’idée géniale, il en a parlé à son groupement, et ainsi de suite ».

Focus sur une trentaine de produits

En quelques clics, le site permet aux clients de consulter la disponibilité de certains produits dans leur pharmacie (si celle-ci participe au projet) ou dans les officines voisines, via une recherche par code postal. L’outil se focalise sur une trentaine de références, principalement en lien avec la crise du Covid-19. « Ce sont les mêmes références pour toutes les officines. On a déterminé ces produits avec ce qu’on voyait dans les médias. On a suivi les nouvelles réglementations créées pour certains d’entre eux et l’Association pharmaceutique belge, l’APB, nous a également demandé d’en rajouter ».

Sans surprise, on retrouve sur le site les incontournables masques, les gants, différents types de thermomètres ou le gel hydroalcoolique, mais aussi des médicaments plus classiques comme le Dafalgan, le paracétamol ou la fameuse chloroquine. « Les pharmacies créent leur page de façon automatisée et reçoivent un accès internet. En un clic, elles peuvent indiquer si le produit est disponible ou pas ». Une simple information donc, pas de prix affichés sur le site, ni de stock réel. « Elles ne doivent pas indiquer s’il leur reste 100 unités, ou 50. Ça devait être facile car elles étaient débordées et voulaient gagner du temps, pas en perdre ».

Depuis, tout est adapté selon l’actualité. « Le but, c’est d’offrir une information en amont à la population. On suit donc tout ce qui est législation, pour que le site soit à jour. Pour les masques FFP 2 par exemple, on indique automatiquement « délivrance limitée ». Pour la chloroquine, on précise que c’est réservé aux hôpitaux et les pharmaciens ne peuvent pas indiquer « disponible » ».

35.000 visiteurs par jour

Aujourd’hui, plus de 830 pharmacies - principalement côté francophones - ont rejoint la plateforme. Un chiffre qui grimpe sans cesse. Côté consommateurs, le site affiche une moyenne de 35.000 visiteurs par jour. Un succès qui pousse ce Bruxellois à réfléchir sérieusement à l’avenir de son outil entièrement gratuit, qu’il anime aujourd’hui bénévolement. « On ne connaissait pas bien le monde de la pharmacie et on constate qu’il y a plein de choses à faire. Il y a une vraie demande des professionnels du secteur, il y a aussi énormément de médicaments « manquants », dont les pénuries ne sont pas liées au Covid-19. Donc on va donc adapter petit à petit le site pour qu’il ait un intérêt sur le long terme ». De nouveaux médicaments, sans lien direct avec la pandémie, viennent d’ailleurs d’être rajoutés. Mais Martin l’assure : « L’idée est de poursuivre l’initiative citoyenne et de conserver la gratuité ».

Sur le même sujet
Médicaments
 
À la Une du Soir.be
À découvrir sur Le Soir +
 

Vos réactions

Règles de bonne conduite / Un commentaire abusif? Alertez-nous

Le choix de la rédaction
  1. Outre la lutte contre les virus, l’intégrine-beta1 pourrait mener la guerre contre le cancer en tant que vecteurs de gènes.

    Une découverte ouvre des perspectives dans la lutte contre le cancer et le covid

  2. Ce 10 avril, le président iranien Rohani s’était félicité de l’avancement du programme d’enrichissement des centrifugeuses à Natanz. C’était quelques heures avant l’explosion sur la base nucléaire...

    Proche-Orient: un attentat sur la base de Natanz en Iran relance les tensions avec Israël

  3. d-20201215-GKCXJ8 2020-12-15 15_13_09

    Carte blanche: «La taxe kilométrique à Bruxelles tient la route»

La chronique
  • La chronique «Alternatives»: La nuance, cette provocation

    Le titre du livre est provocateur dans sa modération : Le courage de la nuance.

    A une époque où toutes les radicalités font prime, où même les murmures doivent être de rage et les soupirs d’exaspération, on ne saurait être plus à contre-pied. C’est-à-dire, au fond, plus subversif.

    Quand il devient banal d’envoyer des grenades, c’est l’appel à la nuance qui explose comme une bombe. L’auteur, Jean Birnbaum (le patron, accessoirement, du supplément « Livres » du quotidien Le Monde) ose donc la seule provocation qui soit susceptible, aujourd’hui, de faire scandale : l’appel à s’émanciper des binarismes de plomb qui transforment notre espace intello-médiatique en une arène de guerre civile.

    Hurler, non ! Nuancer. Se libérer des carcans. Interpeller ses propres certitudes. Renvoyer dos à dos Eric Zemmour et Edwy Plenel. Etre capable d’ouvrir des fenêtres qui permettent de sortir de l’auto-enfermement.

    Birnbaum nous offre trois modèles...

    Lire la suite

  • Covid: regarder la réalité en face, arrêter la course aux illusions

    C’est un texte important que nous publions ce lundi, par son contenu et ses signataires. Nathan Clumeck, Marius Gilbert et Leila Belkhir sont trois scientifiques respectés dans cette crise. Depuis le début de la pandémie, ils se sont singularisés par leur volonté de dire aux citoyens ce qui était, sans hurler au loup, sans charlatanisme et en veillant à ne servir aucun discours ou enjeu politique.

    Le texte qu’ils se sont décidé à écrire et à signer ce week-end a été mûrement réfléchi. Ils savent que...

    Lire la suite