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Coronavirus: inquiétudes autour du «monopole de Sciensano» pour les Académies royales

Les deux Académies estiment qu’il est temps de repenser « la stratégie d’élaboration du plan médical » en Belgique.

Temps de lecture: 3 min

L’Académie royale de médecine (ARMB) et l’Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts (ARB) s’inquiétaient mardi du monopole de l’Institut scientifique de santé publique, Sciensano, dans la gestion de la crise sanitaire provoquée par le coronavirus. Elles dénoncent, dans un communiqué, des « décisions arbitraires et opaques » et demandent à ce que leurs avis soient pris en compte.

Alors que tous les indicateurs sur l’évolution de l’épidémie de Covid-19 affichent une tendance à la baisse, il est temps de « repenser la stratégie d’élaboration du plan médical belge », estiment les deux Académies.

Le Sars-Cov-2 a provoqué la panique en Belgique, qui a pris des décisions dans l’urgence et la précipitation, poursuivent-elles. Aucun plan de crise n’était prêt bien que le coronavirus n'ait pointé le bout de son nez en Chine en décembre déjà.

L’heure n’est toutefois plus aux regrets mais à l’action. Pour les Académies royales, il faut apprendre de ses erreurs. Or, l’ARMB et l’ARB se montrent inquiètes pour l’avenir, si la Belgique devait faire face à une deuxième vague de contaminations ou à une autre pandémie.

Décisions « arbitraires et opaques »

La gestion du confinement et du déconfinement a fait l’objet de « décisions arbitraires et opaques prises par Sciensano », et en conséquence soutenues par les autorités publiques de la santé, dénoncent les Académies. Elles « demandent que soient clarifiées et revues une série de décisions qui mettent notre pays en danger, en marge de ce que préconisent les autorités sanitaires internationales ».

L’ARMB et l’ARB pointent du doigt la « négation de l’intérêt des masques pour la population afin d’occulter une pénurie et un manque de prévoyance » ainsi que les « restrictions à l’utilisation de tests diagnostiques » pour les asymptomatiques ou présymptomatiques ayant été en contact avec une personne contaminée. Or, ces personnes ne présentant pas ou pas encore de symptômes représentent une « source importante de transmission », soulignent les Académies dans leur avis.

Les tests sérologiques, qui détectent la présence d’anticorps, font également l’objet « d’incohérences », selon les Académies royales, l’utilisation et le remboursement des tests rapides restant interdits. Un million de ce type de tests a pourtant été commandé. Elles déplorent aussi que les études séro-épidémiologiques, « essentielles pour suivre le taux de pénétration du virus » dans le pays, ne puissent être fiables car elles se limitent à des initiatives locales et ne sont pas coordonnées.

Respect de la vie privée

Les Académies royales sont également préoccupées par le tracing, « qui n’échappe pas au besoin de précision et d’amélioration ». Didier Viviers, secrétaire perpétuel de l’ARB, s’interroge sur la protection et la confidentialité de la base de données « compte tenu de la quantité d’informations sensibles et non anonymes qu’elle contient, compte tenu également du nombre de personnes qui y ont accès ». Le respect de la vie privée « reste une priorité démocratique, même en période de pandémie », relève le professeur.

Les deux Académies prient dès lors Sciensano de collaborer avec elles afin d’assurer la transparence, l’indépendance et la cohérence des décisions. Elles mettent en exergue qu’elles sont composées « d’experts reconnus internationalement dans de nombreuses disciplines concernées par la problématique ».

Pour l’ARMB et l’ARB, la population présente une certaine défiance à l’encontre de la gestion de la crise sanitaire. « Il est urgent de rétablir une confiance et une crédibilité entre les instances décisionnelles et la société civile », concluent-elles.

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16 Commentaires

  • Posté par LAMBERT André, mardi 26 mai 2020, 20:02

    Les constatations de poids que donnent ces deux Académies (de Médecine et de Sciences) mettent effectivement en lumière ce que, une bonne part de la population pensent aussi. En effet, il y a eu un manque total de proactivité, une improvisation et une approximation dans la gestion de cette crise, tant de la part de certains scientifiques et que de la classe politique. Il ne faut surtout pas oublier toutes les promesses faites sur le nombre de tests, le manque de matériel médical disponible, la saga des masques.... (4 ministres pour s'y atteler...et, pour beaucoup d'entre-nous, les convoyeurs attendent...Faut-il en rire ou en pleurer ???). Et chose primordiale qu'il ne faudra JAMAIS oublier, c'est l'hécatombe INADMISSIBLE qui s'est produite dans les maisons de repos, malgré les nombreuses alertes données par des dirigeants desdites institutions

  • Posté par Biot Philippe, mardi 26 mai 2020, 18:08

    Il y a longtemps qu'on sait que pour faire baisser la fièvre il faut s'en prendre au thermomètre. Mon épouse réfléchit pareil: elle a déjà disqualifié deux pèse-personnes.

  • Posté par Det Ben, mardi 26 mai 2020, 17:20

    rien n'est parfait. ceci dit je me suis dès le début interroger sur l'écoute des médecins spécialistes hospitaliers. Des chercheurs, très bien! J'apprécie bcp Marius Gilbert et ses nuances. Mais il faut reconnaître que c'est seulement des semaines plus tard qu'on a entendu des gens comme JL Gala ( utilité et nécessité du masque) et d'autres qui relayaient des paramètres majeurs qui n'étaient manifestement pas pris en compte correctement. Ainsi que des erreurs de langage, de style, de sémantique. Ceci dit, si il "suffit " d'injecter dans "Sciensano" ce qui a manqué, c'est un moindre mal. Si d'aventure les griefs nécessitent plus d'aménagements, je crains et sur la durée et sur le résultat. Mais Sciensano n'a pas été "mauvais" et comparaison n'est pas raison, mais comparaison faite, on a eu du meilleur que d'autres. Aux spécialistes de faire de l'arbitrage.

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