Leïla Belkir: «Pour la chloroquine, il y a une course malsaine à la publication scientifique» (vidéo)

Leïla Belkir: «Pour la chloroquine, il y a une course malsaine à la publication scientifique» (vidéo)

L eïla Belkhir, infectiologue à l’hôpital universitaire Saint-Luc, était l’invitée du Grand Oral RTBF/Le Soir ce samedi 30 mai sur La Première. Elle discute de la gestion de la crise sanitaire du point de vue des hôpitaux mais aussi le débat autour de l’hydroxychloroquine.

L’hydroxychloroquine crée, depuis plusieurs semaines, un fameux débat entre scientifiques. Alors que le produit était considéré par beaucoup de médecins comme un traitement intéressant du Covid-19, une étude de la revue scientifique The Lancet a tout remis en question, au point que l’OMS a décidé de suspendre les essais. Une décision précipitée selon Leïla Belkhir, à l’image de beaucoup d’autres mesures prises lors de cette crise.

Croire ou ne pas croire en Raoult ?

Une fois encore, on a accéléré les choses. L’article The Lancet remet en question les théories brandies notamment par le désormais célèbre Didier Raoult et ça fait débat. « Au départ, on savait que ce médicament était actif sur les cellules. L’idée de la publication de monsieur Raoult était bonne, mais il s’est peut-être précipité et il a beaucoup joué avec les médias. Il y a eu un emballement et c’est devenu un débat pour ou contre Didier Raoult. Les politiques s’en sont aussi mêlés et c’est devenu un débat idéologique et non plus scientifique. » Du côté de Leïla Belkhir, l’article du Lancet a également quelque chose de surprenant dans un contexte où on ne sait toujours que très peu de choses. « Le problème dans l’étude du Lancet, c’est qu’ils disent non seulement que l’hydroxychlorquine n’apporte rien, mais aussi que ça tue probablement plus. Alors que, sur le débat, je pense que tout le monde est d’accord : pour l’instant on ne sait pas. Et il faut avoir l’humilité de le dire. » Leïla Belkhir s’étonne d’ailleurs du taux de toxicité exprimé par l’étude de The Lancet, alors que ses équipes ont prescrit la fameuse choloroquine à plusieurs patients de manière raisonnable, sans jamais constater un taux de surmortalité. En somme, elle souligne un certain emballement, tant chez monsieur Raoult que du côté de la revue The Lancet, et elle appelle à l’apaisement.

Retour à l’école : un manque de communication

Tous les syndicats demandent aujourd’hui un report de la rentrée des maternelles au 8 juin. La CGSP a même déposé un préavis de grève, considérant que la décision du retour à l’école avait été prise dans la précipitation et sans concertation avec les enseignants. Du côté des pédiatres, c’est dans l’absolu un retour en classe qui se justifie, mais la maladresse serait dans la manière, selon Leïla Belkhir, qui rappelle que les premières mesures ont été prises sans entendre l’avis des pédiatres. « J’ai l’impression qu’on veut maintenant opposer la vision médicale avec celle des enseignants, alors qu’au final tout le monde cherche la même chose, c’est-à-dire le bien-être de l’enfant tout en garantissant la sécurité des enseignants. Et je crois qu’on aurait dû mettre les différents acteurs de terrain autour de la table, qu’il y a un consensus qui pourrait satisfaire tout le monde. » Un manquement qui serait d’ailleurs révélateur de l’ensemble de la crise. « Il y a souvent des décisions qui sont tombées sans demander l’avis des gens de terrain, et sans chercher des solutions qui mettent tout le monde en sécurité et tout le monde en confiance. »

 
 
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