Le retour au cinéma, sans cohue ni avalanche de pop-corn

En France, la règle des deux sièges libres entre les «
bulles
» s’applique depuis la réouverture des cinémas ce lundi. © AFP
En France, la règle des deux sièges libres entre les « bulles » s’applique depuis la réouverture des cinémas ce lundi. © AFP

Sauf retournement de situation décidé par le Conseil national de sécurité (CNS), ce mercredi, les cinémas devraient bel et bien rouvrir leurs portes ce 1er juillet. Une relance un peu particulière cependant, dans la mesure où il faudra attendre quelque peu pour retrouver l’ambiance des salles obscures façon pré-coronavirus…

« Nous avons en effet défini tout un protocole afin de répondre aux impératifs de sécurité sanitaire », confirme-t-on chez Kinepolis, le leader du marché en Belgique qui exploite chez nous quelque 11 complexes (111 à l’échelle internationale).

« Avant tout, il faudra réserver et payer à l’avance, via notre site web. » Autrement dit : pas de caisses ni de terminaux pour acheter un billet, ni même de possibilité d’acheter des chips, pop-corn ou autres boissons – eux aussi devront être commandés à l’avance, afin d’être délivrés sur place. Quant aux entractes ? Supprimés, « afin d’éviter que les gens se baladent inutilement. »

Objectif prioritaire ? Fluidifier les flux, éviter les concentrations. « C’est la raison pour laquelle nous avons modifié, en les étalant sur de plus grandes plages horaires, les séances », poursuit la porte-parole de Kinepolis, Anneleen Van Troos. « Les films seront projetés avec une demi-heure d’écart, de sorte que les spectateurs ne se croisent pas. Nous leur recommandons d’ailleurs de ne pas se présenter plus d’une demi-heure avant le début de la séance qu’ils ont réservée. »

Dans les salles, où le nombre maximal de spectateurs sera limité à 200 personnes mais où le port du masque ne sera pas obligatoire, les règles de distanciation s’imposeront comme partout ailleurs. Les spectateurs d’une même bulle pourront s’asseoir côte à côte, étant séparés des membres d’une autre bulle par deux fauteuils – les membres d’une bulle (famille, amis…) sont donc invités à commander leurs billets ensemble, afin d’être considérés comme tels.

Retrouver l’expérience partagée

Autant de contraintes susceptibles de refroidir les ardeurs ? Thierry Laermans, secrétaire général de la fédération des cinémas de Belgique (FCB) ne le pense pas. « Dans les pays voisins qui ont déjà rouvert leurs salles, le goût du cinéma n’a pas disparu », assure-t-il. « Les gens qui ont regardé des séries sur Netflix ou d’autres plates-formes ont envie de retrouver l’expérience du grand écran, partagée en famille ou avec des amis. »

Du reste, tous les cinémas n’appliqueront les mêmes procédures que celles mises en place par le leader du marché. « Des règles générales seront d’application, comme la distanciation sociale, l’étalement des séances, le nettoyage approfondi des salles, la mise à disposition de gel désinfectant, entre autres », poursuit Thierry Laermans. « Mais il est tout aussi clair que tous les exploitants ne sont pas équipés pour vendre des places par Internet ni même pour proposer le paiement sans contact à la caisse… »

Le propos est confirmé par Valérie Jacquart qui, avec son compagnon, a repris il y a deux ans l’exploitation du cinéma « Plaza » à Hotton, en province de Luxembourg. « Un petit cinéma qui existe depuis près de 70 ans », précise-t-elle, « et qui vit sa vie, avec environ 12.000 entrées par an. Mon compagnon et moi exerçons cette activité par passion, avec un statut d’indépendant à titre complémentaire. »

Inutile de dire que, pour une telle infrastructure, il n’est pas envisageable de financer un système de billetterie à distance, avec paiement ad hoc. « Nous allons privilégier des méthodes plus conviviales, comme une réservation par téléphone, par texto ou par mail. Mais nous n’allons pas pour autant refuser l’entrée à une personne qui se présenterait sans réservation. Et si elle veut payer en cash, nous l’accepterons. »

L’exploitante, du reste, ne s’attend pas à vivre la cohue dès le 1er juillet. « Je pense que le retour dans les salles sera progressif. En partie en raison de l’absence de véritables blockbusters : il faudra attendre la fin juillet pour les voir débarquer sur le marché. Pour le reste, nous vivons une situation objectivement très compliquée : peu de soutien des autorités, une communication tout de même perfectible, à charge comme toujours pour les petits indépendants de s’adapter… »

Nos interlocuteurs s’accordent en tout cas sur un point : il faut qu’un vrai retour à la normale se dessine au plus vite. « Les courbes sanitaires sont bonnes, et nous espérons dès lors un assouplissement progressif des règles, si possible très prochainement », lance Thierry Laermans, à l’adresse du gouvernement.

70 millions

Comme tant d’autres secteurs, celui du cinéma continue de sentir souffler le vent du boulet. Selon la Fédération des cinémas de Belgique (FCB), le manque à gagner pour la totalité des 500 salles du pays, fermées depuis le 14 mars, s’élève à 70 millions d’euros. « Il y aura des faillites », prévient son secrétaire général, Tierry Laermans. « Les charges ont continué à courir pendant le confinement et les conditions de la reprise, dont nous comprenons les raisons, ne sont pas optimales. Il faudra du temps avant que nous retrouvions nos 20 millions de personnes par an. »

 
 
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