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Brusseleir, une nouvelle identité qui grandit en «stoem»

Dans l’imaginaire collectif, un Bruxellois c’est un « peï » qui boit sa « pils » en racontant des « carabistouilles » à un « dikkenek ». A l’ombre des caricatures, Bruxelles s’est construit une nouvelle identité. Plus riche ? Non, peut-être !

Temps de lecture: 5 min

Que reste-t-il du brusseleir ? Quelques mots transmis par les grands-parents, un vocabulaire que se réapproprient les « kets » de la capitale, des expressions reprises sur les façades de commerces. « Il reste surtout la zwanze ! », relève Joske Maelbeek. « C’est un esprit de dérision typiquement bruxellois, qui est également un état d’esprit belge. »

Joske Maelbeek, Dominique Dognié pour les intimes, parle encore ce dialecte. En « tof Bruxellois », il est très attaché à son patrimoine local. Sa maison reflète d’ailleurs son « boentje » pour la ville et son histoire. Ancienne demeure de George Garnir, le cofondateur du magazine Pourquoi Pas ?, son entrée renferme une réplique du Manneken-Pis. Il traduit également des romans et écrit des fables en « bruxellois français ».

La langue de mon peï

A Bruxelles, il existe quatre dialectes différents, dont deux sont encore parlés. A cela, chaque commune ajoute ses couleurs de langage. Le dialecte le plus courant est le « beulemans », décrit comme le français tel qu’il est parlé à Bruxelles, ou que les Français appellent, à tort, « le belge ». Un autre dialecte connu est le « brussels vloms », ou bruxellois flamand, que l’on entend encore aujourd’hui à Anderlecht.

Des mots survivent comme brol, drache, ou encore kot. « Le jour où zwanze est accepté au dictionnaire, sur un mot compte triple, ça va faire des dégâts au Scrabble ! », plaisante Dominique Dognié. De nombreuses initiatives existent pour faire survivre le bruxellois. Le parlement flamand organise des dictées en brussels vloms, le Brussels Volkstejoeter met en scène des pièces de théâtre contemporaines en dialectes, le théâtre de Toone fait des spectacles de marionnettes en beulemans. Les passionnés le pratiquent donc encore, comme Alain Van Brussel, qui a opté pour la musique afin de faire vivre le brussels vloms.

« Ça ne peut pas rester durer »

Aujourd’hui, en dehors du folklore, ces dialectes s’entendent de moins en moins dans les rues de la capitale. Des cours de bruxellois sont tout de même donnés à La Fleur en papier doré, un estaminet typiquement bruxellois. Ils attirent quelques jeunes curieux, mais le public est principalement constitué de personnes plus âgées, venant là par nostalgie. De son côté, le cercle estudiantin Woltje continue de faire vivre le brusseleir, en organisant notamment des cantus lors desquels les étudiants se retrouvent pour guindailler et entonner des chants en bruxellois.

Malgré tout l’attachement des Bruxellois pour leurs dialectes, « il n’y a pas de réelle volonté politique pour les maintenir ». Selon Laurence Rosier, professeure de linguistique, d’analyse du discours et de didactique à l’ULB, « on va donc les voir disparaître ». « Le jour où plus personne ne pourra les transmettre, le beulemans et le brussels vloms entreront dans les livres d’histoire. »

Un brol d’identité

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Désormais, les langues, anciennes et contemporaines, d’ici et d’ailleurs, se mêlent dans un brassage moderne et multiculturel. Dans les rues de Molenbeek, les jeunes Walid, Jawed et Mohamed emploient toujours « fieu » (« mon vieux »), sans même réaliser qu’il s’agit du dialecte bruxellois, ou du néerlandais comme « buiten » (« sors »), auxquels ils ajoutent « fayen » (« tranquille »), issu des idiomes arabes. On parle alors de « maroxellois » qui, comme le brusseleir, s’apprend dans les rues. Ce dernier survit à travers ces mutations et ce métissage. « On mélange nos cultures et les dialectes belges et marocains, on jongle entre les deux », précise Walid. « Ici, on cohabite avec les gens de toutes les origines, de toutes les couleurs. C’est ce mélange culturel qui fait qu’on se sent Bruxellois. »

Le multilinguisme de cette ville-monde ne serait donc pas un obstacle à la construction d’une identité collective.

De la zwanze dans la Tour de Babel

« L’identité de la ville a évolué ces deux derniers siècles. Au début du XXe siècle, la population bruxelloise était surtout composée de Flamands plus ou moins francisés. Le brusseleir reflétait alors l’identité bruxelloise », explique Philippe Van Parijs, philosophe et professeur à l’UCLouvain, qui se penche régulièrement sur la question des langues.

Dans le bureau de Philippe Van Parijs, on retrouve la Tower of Brussels, basée sur le mythe de la Tour de Babel, à l’image d’une Bruxelles multilingue.
Dans le bureau de Philippe Van Parijs, on retrouve la Tower of Brussels, basée sur le mythe de la Tour de Babel, à l’image d’une Bruxelles multilingue. - Apostoli Loukakis.

« Une identité collective, c’est la possibilité de dire “nous”, de ressentir de la fierté ou de la honte par rapport à des événements qui nous concernent de près ou de loin », éclaire le philosophe. Est-il possible de dire « nous » quand il y a plus de 100 langues à Bruxelles ? Certains événements veulent le démontrer. La Zinneke Parade, par exemple, est une parade multiculturelle qui se déroule dans les rues de la capitale. « C’est un événement qui fait participer tous les quartiers avec des personnes d’origines diverses. Ça permet aux gens de se rencontrer à travers toutes les barrières culturelles et linguistiques », conclut Philippe Van Parijs.

Sans être le socle de l’identité bruxelloise, « le multilinguisme est l’une des briques qui forme cette identité », soutient Laura Calabrese, professeure de sociolinguistique à l’ULB. « Ce qui est spécifique à cette identité, c’est qu’il ne faut pas forcément parler le français ou le néerlandais pour se sentir Bruxellois. Etre Bruxellois, c’est une identité territoriale et pas historique. On n’a pas forcément les mêmes origines, mais on a une destinée commune. »

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1 Commentaire

  • Posté par Wachtelaer Claude, mardi 30 juin 2020, 17:27

    Croire que la langue crée une identité qui permet de dire 'nous' est une vision un peu simple des choses. Les protagonistes de Bossemans et Coppenolle construisent plutôt leur identité collective autour de leur club. Le chant des Molenbeekois 'ouale zain van Meulebeek' est dirigé contre les Marolliens. N'oublions jamais, contre l'a montré Amin Maalouf que les identités ne se portent jamais mieux que quand elles peuvent servir à exclure.

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