«L’électro est une continuité, pas une révolution»

Max Richter, on vous définit parfois comme « un architecte de la révolution électronique post-minimalisme ». Ça vous parle ?

(Rire) Je ne sais pas… C’est drôle comme la musique électronique est vue comme quelque chose de révolutionnaire, ou comme un bouleversement dans la musique classique alors que depuis des centaines d’années, les compositeurs utilisent toutes sortes de nouvelles technologies. Le clavier du piano qui s’est rallongé au fil du temps, c’est de la technologie ! C’est une chose que les compositeurs souhaitent pour avoir plus de couleurs dans leur palette. Nous voulons pouvoir raconter des histoires plus riches, de manières plus diverses. L’électronique entre juste dans cette démarche. Je vois totalement cela dans la continuité des instruments traditionnels. Nous vivons au XXIe siècle, donc… (sourire)

Vous avez porté un projet autour de Vivaldi, compositeur baroque. Votre album « Sleep » est lui plus minimal. Pour vous, il n’y a donc pas de frontière ? Comment ça se passe quand vous composez ?

Je me laisse juste guider par la direction que le matériel veut prendre. Ce qui m’intéresse, c’est la dynamique de la musique. Découvrir la manière la plus claire de dire ce que j’ai en tête. Parfois, je le fais grâce à des instruments traditionnels, parfois grâce à la musique électronique. Souvent, je mixe les deux.

Qu’est-ce qui a construit cette conception ? Vous citez souvent Luciano Berio comme l’une de vos principales influences.

Berio a été très important pour moi. J’ai étudié avec lui à Florence après avoir quitté la Royal Academy. À l’époque, j’écrivais une musique moderniste hyper compliquée. Impossible à jouer, impossible à écouter (rires). Dans un style qu’on pourrait rapprocher de l’école Boulez. Je lui ai montré ma musique hyper complexe et il m’a posé des questions très fondamentales sur ce que j’essayais de faire en tant qu’artiste et encore plus en tant que personne. Je lui ai expliqué que j’essayais de communiquer à travers ma musique. Il m’a suggéré de le faire d’une manière compréhensible. À l’époque, les minimalistes américains devenaient célèbres, une nouvelle musique tonale apparaissait dans les pays baltes, avec Arvo Pärt. C’était un moment de réévaluation de ce que l’art de la musique pouvait être. J’ai eu le sentiment que je pouvais trouver un langage capable de transmettre les histoires que je voulais raconter. Ce langage, je le voyais atonal et très réduit. Une sorte de principe d’économie, avec une qualité d’écriture pure et simple. Quelque chose de très direct. C’est ça que Berio m’a apporté.

Vous avez donc aussi été influencé par Pärt ?

Bien sûr, et par les autres compositeurs de cette veine. Aussi par les minimalistes américains, les minimalistes allemands, et par la « New simplicity » au Royaume-Uni. Toutes ces choses se sont en quelque sorte unies.

Quelle a été l’influence de votre éducation classique ? Ce n’est sans doute pas la même manière de composer…

De manière assez drôle en fait ça l’est ! À l’Université, j’ai étudié la musique de la renaissance. Nous devions imiter Bach, Schubert… La chose dans laquelle je puise le plus est la musique ancienne que j’ai appris à l’époque : la musique des Tudors, les polyphonies de la Renaissance… Parce que c’est en fait de la musique très technique. Je pense que j’ai absorbé cela comme une manière de m’identifier à la composition. J’adore ce répertoire, il est fantastique.

 
 
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