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Verviers: une séance photos honteuse à la morgue

De l’alcool consommé pendant l’autopsie. Par des policiers ? Pour fêter la mort des deux djihadistes ? Les images se sont retrouvées sur l’intranet de la police fédérale.

Temps de lecture: 4 min

C’est un dérapage qui mobilise tous les étages de la justice, de la police et jusqu’au gouvernement. L’ annonce, mercredi par la DH, que des photos montrant des personnes non encore identifiées en train de consommer des boissons alcoolisées lors de l’autopsie des deux terroristes présumés abattus à Verviers le 15 janvier dernier circulaient sur le réseau intranet des forces antiterroristes de la police fédérale, a provoqué à Liège une conférence de presse qui rassemblaient le procureur général de Liège Christian de Valkeneer, le procureur du Roi de Liège Philippe Dulieu, le Directeur général de la Police judiciaire fédérale Claude Fontaine et le Directeur des relations extérieures de la Police fédérale Michaël Jonniaux. Dans le même temps, la Commissaire générale de la Police fédérale Catherine De Bolle et le ministre de l’Intérieur Jan Jambon s’exprimaient par voie de communiqué pour atténuer la portée des informations rapportées par la DH.

Pas question de « sabrer le champagne »

Cette mobilisation massive rend compte du malaise que suscite ce « dérapage ». Les deux photos litigieuses suggèrent que des personnes présentes lors de l’autopsie des deux djihadistes se seraient réjouies de leur décès en consommant de l’alcool dans cette salle de l’Institut-médico légal de liège où l’autopsie eut lieu au lendemain de l’assaut donné à l’appartement séditieux de Liège. «  Aucun membre de la police ne figure sur ces clichés  », soutiennent la Commissaire générale et le ministre de l’Intérieur, qui reconnaissent à ces images un caractère « répréhensible et inacceptable ». Le commissaire Jonniaux abonde dans le même sens en soulignant que le visage des personnes présentes est identifiable et qu’il ne fut pas question de « sabrer le champagne  ».

Pour le procureur général de Liège, Christian De Valkeneer, « il n’est nullement question, selon les informations en notre possession, d’avoir fait la fête, dansé et chanté au-dessus des cadavres, comme l’indiquait la DH ». Claude Fontaine, le patron de la PJ fédérale a tenu à rappeler « l’engagement et le professionnalisme des enquêteurs de la lutte contre le terrorisme  », soulignant que «  toute la clarté serait faite sur cette affaire  » et que «  le temps nécessaire sera pris ».

Le procureur général Christian De Valkeneer a indiqué que les personnes responsables de ce « comportement nullement acceptable  » devraient subir des sanctions disciplinaires ou déontologiques «  car l’infraction, si elle est avérée, ne tombe pas sous le coup de la loi pénale  », sauf si des faits qualifiables de violation du secret professionnel devaient être poursuivis.

Les médecins interrogés

Le personnel médical (deux médecins-légistes et deux stagiaires) a été entendu hier après par la police fédérale. Le jour des faits, se trouvaient également dans la salle d’autopsie, comme la procédure le prévoit, un agent du laboratoire technique et scientifique de la police (PTS), un expert en balistique et des policiers chargés de l’enquête. Le Dr Boxho, patron de l’institut de médecine légale de Liège, qualifie ce qui s’est passé « d’honteux » et « d’affolant », s’agissant du respect dû aux morts et de principes déontologiques. Il ne veut pas croire que son personnel se soit prêté à ces faits.

Les photos ne se sont retrouvées que sur l’intranet de la police. Elles y ont circulé plusieurs semaines avant l’ouverture, lundi, d’une enquête par l’Inspection générale. Ce fait implique que l’auteur des photos pourrait être un policier qui les a diffusées.

L’affaire est d’autant plus sensible que le procureur du Roi de Liège avait ouvert, au lendemain de la fusillade, une enquête sur les conditions de l’engagement en regard de la législation sur la légitime défense. Le survivant de la fusillade avait indiqué que les forces de l’ordre n’avaient pas lancé de sommation avant d’abattre les deux djihadistes en possession de Kalachnikov. L’un des deux était encore vivant lorsque les policiers des unités spéciales pénétrèrent dans l’appartement. La famille de Soufiane Amghar avait fait part au « Soir », quelques jours après la fusillade, de son étonnement face à la brutalité de l’assaut, mettant en doute l’intention de la police de se saisir vivants des deux suspects.

S’il devait s’avérer, au terme de l’enquête, qu’un drink célébrant la mort des deux djihadistes eut lieu dans la salle d’autopsie où se trouvaient leurs corps, cet événement alimenterait leur inquiétude, les fêtes, habituellement, ne saluant qu’un objectif atteint…

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