Philippe Montanier, l’entraîneur du Standard, se dévoile: «Pour mon premier contrat, j’étais payé au… spectateur»

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Nous sommes en plein cœur de la préparation pour les joueurs de Philippe Montanier. Nullement pressé, le mentor liégeois s’avance et se dévoile, à travers un parcours rempli de joies, de surprises et de victoires. Des premiers succès glanés dans la peau d’un gardien de but dès le plus jeune âge. « Je n’ai rien inventé, j’ai juste suivi les traces de mon père et de mon frère. Je courais vite donc je trichais parfois en étant ailier droit dans une autre catégorie d’âge (rire). Le poste de dernier rempart chez les gamins, ce n’est pas toujours marrant. Soit t’es dans une super-équipe et tu fais rien, soit t’es dans une formation de bras cassés et tu prends des crêpes chaque semaine. Mais comme j’adorais regarder des gardiens à la télé, j’ai continué ».

Au point de décrocher un contrat pro. « Je le signe à 23 ans, trois ans après avoir intégré le noyau A de Caen. Je venais d’un club amateur et je n’avais jamais connu de centre de formation. Au début, j’étais payé au spectateur, tout en poursuivant mes études. En toute franchise, je ne me suis jamais vu dans la peau d’un pro ou d’un titulaire. Tout s’est toutefois enchaîné très rapidement quand on m’a fait confiance alors que Caen n’allait pas bien. Le foot est une question de moments et de rencontres. Je jouais pour la performance et non en fonction du salaire. Cela m’a bien réussi et j’ai pu vivre de grands moments en tant que joueur ». Le tout à un poste aussi spécifique qu’atypique. « Il n’y a rien de plus individuel sur un terrain. Cela étant, nous sommes souvent les plus fédérateurs dans un noyau. Et puis, nous dirigeons la défense, ce qui laisse penser que nous avons une longueur d’avance sur les autres quand nous désirons devenir coach. Mais je vois rarement des gardiens réussir un grand parcours d’entraîneur. C’est assez paradoxal finalement… »

« Le hasard m’a permis d’être entraîneur »

Le nouveau coach des Rouches affiche 36 printemps quand il décide de raccrocher les gants. Très rapidement, il reçoit l’appel d’une vieille connaissance. « Robert Nouzaret, l’homme qui m’a lancé dans les cages, cherchait un adjoint qui serait entraîneur spécifique des gardiens. L’estime a toujours rythmé nos aventures donc j’ai dit oui sans hésiter. Un peu comme pour mon arrivée dans le monde pro, je devenais coach malgré moi, par hasard. Au fil du temps, j’ai endossé de plus en plus de casquettes, notamment celle d’analyste vidéo. J’étoffais donc ma palette auprès d’un homme intelligent, ce qui est forcément un plus. Je ne cherchais pas la lumière ou la reconnaissance et je profitais de chaque instant. En clair, je n’ai jamais fait de plan de carrière. Je marche au feeling ». Avec le volet humain en guise de critère indispensable. « Quand je signe quelque part, c’est forcément pour un projet, imaginé par des personnes bien précises. Si j’adhère à ce rêve, c’est parce que j’ai une connexion cérébrale avec ceux qui veulent concrétiser les choses. Ma carrière est partie de rien, mais elle s’est avérée fructueuse, très certainement parce que j’ai pris le temps de poser mes choix. J’ai refusé des offres, parfois prestigieuses, car je ne sentais pas le truc, tant émotionnellement qu’au niveau purement humain. Se lancer dans une mission qui ne vous attire pas, c’est un peu la définition d’un échec annoncé non ? »

« La beauté du foot amateur se situe dans son authenticité »

Les aventures du tacticien lui ont permis de vivre des moments atypiques mais déterminants. « On me demande souvent si j’ai bien fait de dire oui à Boulogne et je réponds toujours par l’affirmative. Je venais de vivre 20 années dans le monde pro et je débarquais dans une équipe d’amateurs, pour qui le foot n’était pas la priorité. Je comprenais tout à fait ce sentiment, qui plus est quand on bosse pour nourrir sa famille. J’ai toutefois pris le contre-pied en leur disant que je les considérais comme des pros et que j’avais besoin d’eux pour confirmer cette idée. Ce fut le déclic car les joueurs des niveaux inférieurs adorent ce genre de traitement. Pendant 5 ans, j’ai eu la chance de me tester au sein d’un immense laboratoire ». Un lieu pour former une alchimie digne des plus beaux contes de fées. « Nous avons commencé par une centaine de spectateurs, pour ne pas dire les proches et les amis des gars. Puis, au fil du temps, nous étions devant 8.000 personnes avec un bruit pas croyable autour de nous. Chaque joueur était un héros dans la ville et il fallait que je canalise les choses. J’enfermais presque le groupe après un grand succès, sinon il aurait retourné le centre à grands coups de boissons. Comment aurais-je pu blâmer des gars qui avaient tant donné pour adhérer à mes idées ? J’ai dédoublé certaines séances d’entraînement, j’en ai repoussé d’autres jusque 21h, juste pour avoir un max de présents et correspondre aux divers horaires de travail. Le foot amateur est beau car il est vrai et sans artifice. On ne triche avec personne mais encore moins avec ceux qui se sacrifient. Une approche qui nous aura permis de passer de CFA en Ligue 1 via diverses montées ».

La suite est à lire dans Standard Magazine et dans notre édition papier de jeudi.

 
 
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