Médecins sans Frontrières et Sea-Watch, ensemble pour reprendre les sauvetages en Méditerranée

Médecins sans Frontrières et Sea-Watch, ensemble pour reprendre les sauvetages en Méditerranée
AFP

Médecins sans Frontières et l’ONG allemande Sea-Watch s’associent pour le lancement imminent d’une mission commune de sauvetage de migrants en Méditerranée, où aucun navire humanitaire n’opère depuis début juillet alors que les embarcations fuyant la Libye et la Tunisie se multiplient.

Les deux organisations doivent embarquer à bord d’un nouveau navire, le Sea-Watch 4, actuellement amarré en Espagne dans le port de Borriana, où il est en plein préparatifs.

Une mission « essentielle »

«On espère pouvoir quitter l’Espagne autour du 10 ou à la mi-août», a expliqué à l’AFP Hassiba Hadj Sahraoui, chargée des questions humanitaires chez MSF, qui fournira une équipe médicale pour compléter l’équipage navigant mis sur pied par Sea-Watch. La mission est «essentielle», car «actuellement, il n’y a aucun navire d’ONG en mer», a-t-elle rappelé.

Dernier navire revenu de Méditerranée centrale, l’Ocean Viking affrété par SOS Méditerranée a débarqué en Sicile début juillet avec 180 migrants, avant d’être immobilisé par les autorités italiennes pour des «raisons techniques».

Avant cette dernière mission, MSF avait travaillé pendant quatre ans avec SOS Méditerranée, au cours desquels les deux ONG estiment avoir sauvé quelque 30.000 personnes fuyant la Libye.

Mais la crise sanitaire a acté leur divorce en avril. Mû par «l’impératif humanitaire», MSF souhaitait continuer les sauvetages malgré la fermeture des ports italiens et maltais aux migrants, tandis que SOS Méditerranée repoussait le départ de l’Ocean Viking car elle estimait à l’époque que les conditions de sécurité n’étaient pas réunies.

Nouveau partenaire de MSF, l’organisation allemande Sea-Watch est notamment connue pour le coup d’éclat de l’ancienne capitaine du Sea-Watch 3: en juin 2019, Carola Rackete avait accosté de force sur l’île de Lampedusa pour débarquer une quarantaine de migrants, en dépit de l’interdiction émise par les autorités italiennes.

Débarquement forcé «pas exclu»

Une telle décision «revient toujours au seul capitaine», mais un scénario similaire à bord du Sea-Watch 4 «n’est pas exclu», a confié Mme Hadj Sahraoui, alors que l’Ocean Viking a dû patienter 11 jours pour se voir attribuer un port de débarquement en juillet, ce qui a provoqué de vives tensions sur le navire. Pour MSF, «la sécurité des personnes à bord est la priorité».

« Nous n’arrêterons pas les opérations de secours »

Après l’arrêt des sauvetages provoqué en début d’année par la crise sanitaire, leur reprise en juin a occasionné de nouvelles tensions ente l’Italie et les ONG, qui dénoncent un «harcèlement». Outre l’Ocean Viking, le Sea-Watch 3 et l’Alan Kurdi, appartenant à l’organisation allemande Sea-Eye, sont actuellement immobilisés par les autorités. «Malgré tous leurs efforts pour nous en empêcher, nous n’arrêterons pas les opérations de secours», a déclaré Philipp Hahn, le chef de mission du Sea-Watch 4, dans un communiqué commun avec MSF.

Le nouveau navire, acheté grâce au soutien financier d’une alliance citoyenne, United 4 Rescue, fondée par l’Eglise protestante allemande, «est la réponse catégorique de la société civile à la politique raciste de l’UE, qui préfère laisser des personnes se noyer plutôt que d’atteindre les côtes européennes», a-t-il insisté.

L’année 2020 est marquée par une recrudescence d’embarcations en Méditerranée centrale, route migratoire la plus meurtrière du monde, selon les dernières données du Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR).

« Les départs ont explosé pendant la crise sanitaire »

Entre début janvier et fin juillet, les tentatives de traversée au départ de la Libye ont augmenté de 91%, comparé à la même période l’an dernier, représentant 14.481 personnes ayant pris la mer. Celles au départ de la Tunisie ont flambé, avec 10.174 personnes concernées, en augmentation de 462%. «Les départs ont explosé pendant la crise sanitaire, alors même qu’il n’y avait aucune ONG en Méditerranée centrale», observe auprès de l’AFP Vincent Cochetel, émissaire du HCR pour la Méditerranée centrale. «Donc on voit bien qu’il n’y a pas d’effet d’appel d’air», souvent invoqué pour s’opposer à l’action des ONG.

Pour faire face à la situation, ce responsable appelle à «pérenniser l’accord de Malte». Ebauché en septembre dernier par l’Allemagne, la France, l’Italie et Malte, il devait permettre de faciliter les débarquements en rendant automatique l’accueil des migrants par plusieurs pays européens volontaires. Mais avec la pandémie, ce mécanisme a été suspendu.

 
 
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