Le Gaume Jazz: un samedi de poésie, de romantisme et d’énergie

Igor Gehenot (à gauche) et Amaury Faye, face à face et en miroir.
Igor Gehenot (à gauche) et Amaury Faye, face à face et en miroir. - Jean-Claude Vantroyen.

Le soleil était de plomb, mais les sourires étaient sur toutes les lèvres des fans de jazz rassemblés en minicomité de 200 spectateurs max, emportés par le bonheur d’assister à nouveau à un concert live. Et le programme, ce samedi, était de choix. Poésie, romantisme et énergie étaient au rendez-vous.

La poésie, c’est celle du trio L’Ame des poètes : Pierre Vaiana au sax soprano, Fabien Degryse à la guitare et Jean-Louis Rassinfosse à la contrebasse. Leur truc, depuis 27 ans, c’est d’interpréter des chansons françaises comme des standards américains. « Ce sont des chansons fortes, que l’on connaît que l’on fredonne », explique Jean-Louis. « Et qui nous touchent davantage que ces chansons américaines que l’on ne connaît pas toujours très bien de ce côté-ci de l’Atlantique. »

Leur dernier album se concentre sur les chansons de ces métèques, ces étrangers, qui ont aussi fait la France en chansons : Moustaki, Montand, Aznavour, Dalida, Beau Dommage, Joséphine Baker. Quelques notes de « L’âme des poètes » de Trénet au sax, pour bien situer où la musique se trouve, et c’est parti avec « Le Métèque » précisément. Puis « A bicyclette », « La complainte du phoque en Alaska », « J’ai deux amours », « La Mamma », « Bambino ». Un fameux bon moment avec ces trois artistes virtuoses qui nous offrent le plaisir incommensurable d’entendre ces « standards » de la chanson française aménagés avec respect et inventivité.

Jean-Louis Rassinfosse n’est pas seulement un as de la contrebasse, c’est aussi un cador du calembour. Le roi de la vanne un peu foireuse, mais bien amusante. « Nous sommes très heureux de nous retrouver au Gaume, en petit comité à cause de ce Covid qui nous vient de Moscou, vous connaissez les Moscovids ! » Tiens, encore des étrangers. D’ailleurs, poursuit le contrebassiste, « si je n’accepte pas la culture de l’autre, je perds ma culture. Et la permaculture, c’est la biodiversité. »

Plus sérieusement : « Je n’avais plus joué en public depuis le 12 mars. Et ça fait du bien de jouer », nous dit-il off stage. « Ce serait mieux avec plus de 200 personnes, mais on a senti que le public en voulait, il était très réceptif. »

Face à face ou en miroir

Le Belge Igor Gehenot et le Français Amaury Faye. Deux pianistes, deux amis. Alors, pourquoi ne pas jouer ensemble ? C’est ce qu’ils ont proposé ce samedi. Deux pianos face à face pour des jeux tout en miroir. On sent que les deux artistes s’éclatent. Les doigts virevoltent sur les claviers, entraînant le public dans une sarabande ou dans une rêverie romantique. Ils nous emmènent dans un voyage vers un ailleurs.

On voit bien qui commence à développer la mélodie d’un morceau, on entend Igor souvent plus haut sur le clavier et Amaury souvent plus bas, mais leurs lignes s’entretissent, leurs mélodies s’enlacent, on ne sait plus qui fait quoi et ça ne manque pas de charme d’entendre leurs notes s’opposer et se confondre dans un même mouvement. Un standard, « There is no greater love », une composition d’Amaury, un titre de Chico Buarque, « Au lac » d’Igor… De longues interprétations d’une subtilité et d’une richesse inouïes écoutées dans le plus profond silence du public conquis.

L’énergie de la harde

Avec The Wrong Object, on passe à tout à fait autre chose. Le groupe de Michel Delville baigne dans le jazz, le rock, le rock progressif à la Soft Machine, la riche diversité de Frank Zappa. Le groupe a 19 ans et quelques albums. Ils ont joué des extraits de la majorité de ces albums et surtout du dernier Into the herd. Une musique aux lignes souvent complexes mais aux richesses harmoniques, à la dynamique, à l’énergie folle. Le line-up du groupe venait de changer : Manu Hermia au saxophone et au bansuri et Pauline Leblond à la trompette ont presté leur premier concert avec ce drôle d’Objet, et ils se sont fondus remarquablement dans la puissance et l’éclectisme du groupe.

Le son est plein, puissant, tempétueux. « Another Thing », du dernier album, est comme un ouragan avec un solo de guitare en manière de cyclone de Michel Delville sur son Ibanez trafiquée. Cette musique sonne psychédélique, free, prog rock, jazz, fanfare. Elle se déchaîne comme elle s’installe dans les arabesques de la rêverie, comme dans le morceau de Zappa « Bless Relief » ou dans l’intro au bansuri de « Jungle Cow », et repart dans la course au cyclone comme une trombe qui dévaste tout sur son passage, laissant gens et choses hébétés. La Fender Bass de Damien Campion, la batterie de Laurent Delchambre, le piano électrique d’Antoine Guenet forment un écrin formidable d’où jaillissent comme des perles les impros de Delville, Hermia et Leblond. Un bien beau final en, feu d’artifice.

 
 
À la Une du Soir.be
À découvrir sur Le Soir +
 

Vos réactions

Règles de bonne conduite / Un commentaire abusif? Alertez-nous