Paddock: Thierry Boutsen attend un successeur en Formule 1 depuis 30 ans (vidéo)

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Thierry Boutsen a attendu un long moment avant de triompher en F1. C’est à son 95e Grand Prix (il en disputera 163) qu’il triomphera enfin. Le Belge récidivera deux fois encore et chacune de ses victoires possède une saveur particulière. Tant au Canada en juin 1989, qu’en Australie en novembre de la même année, il lui a fallu une adresse diabolique pour maintenir le cap d’une monoplace qui surfait sous la drache. Et pour son 3e triomphe, Boutsen a eu le chic d’intégrer le cercle restreint des pilotes (ils sont 60 à ce jour) qui ont mené la course du premier au dernier mètre d’un Grand Prix. C’était le 12 août 1990 dans la banlieue verdoyante de Budapest. Là, il lui a fallu des nerfs d’acier pour résister aux attaques d’un certain Ayrton Senna qui klaxonnait derrière.

« Il m’est impossible de vous dire de quelle victoire je suis le plus fier », nous avait-il confié il y a quelques semaines. « La première m’a forcément beaucoup marqué mais c’est plutôt de l’ensemble de ma carrière que je retire la plus grande satisfaction. J’ai disputé 11 saisons dans la catégorie-reine et même si je n’ai pas souvent eu l’occasion de m’exprimer sur des voitures très performantes, une telle longévité dans ce sport où l’on ne se fait pas de cadeau mérite qu’on s’y attarde. »

« Ayrton Senna agacé »

À propos de cadeau, on a souvent dit qu’Ayrton Senna, l’ami de Thierry Boutsen, n’avait pas forcé le passage à Budapest. Moins, en tout cas, que s’il s’était retrouvé derrière… Alain Prost, par exemple.

« Balivernes ! », rétorque notre compatriote. « Nous étions amis, c’est vrai. Ayrton était d’ailleurs le parrain de mon fil aîné. Il existait un grand respect entre nous. Par contre, je peux vous assurer que c’est mal connaître Ayrton que d’imaginer un instant qu’il m’ait offert cette victoire sur un plateau. C’était un compétiteur dans l’âme. Rien n’était plus beau que la première place pour lui. Tout simplement, il est très difficile de dépasser sur le Hungaroring par la faute d’une piste relativement étroite et des courbes étriquées. J’avais signé la pole le samedi, j’ai réussi un très bon départ puis je me suis employé à ne pas commettre la moindre faute et j’ai fermé toutes les portes que j’ai pu. Une concentration extrême pendant 1h50. D’ailleurs, Ayrton était passablement agacé à l’arrivée. Il tirait la tête des mauvais jours, irrité qu’il était de n’avoir pas remporté ce Grand Prix de Hongrie. »

Pour Thierry Boutsen, l’euphorie de cette 3e victoire sera éphémère. Sur le podium, le champagne prend l’allure d’une douche froide. En fait, le mariage avec Williams a du plomb dans l’aile. Ni Frank, le propriétaire-patron, ni Patrick Head, son bras droit, ne prennent la peine de féliciter le Belge et quittent le circuit sans le saluer. Cette victoire les embête ; ils n’ont d’yeux que pour Nigel Mansell qui prendra le siège du Bruxellois quelques mois plus tard.

Thierry Boutsen ne retrouvera plus jamais une voiture compétitive. Après deux saisons passées dans la moribonde écurie Ligier, il terminera sa carrière au soir du Grand Prix de Belgique sur une Jordan de fond de grille dont la boîte de vitesses lâchera après quelques tours.

24 Belges à ce jour

Depuis la création du championnat du monde de Formule 1 en 1950, 24 de nos compatriotes – en incluant la poignée de pilotes, comme Bas Leinders par exemple, qui ont disputé une partie des essais sans prendre le départ d’un Grand Prix – ont goûté à l’ivresse de la catégorie-reine.

À ce jour, Thierry Boutsen demeure le plus assidu avec 163 départs mais Jacky Ickx (114) est de loin le plus performant avec 8 triomphes et deux titres de vice-champion du monde.

Il n’est pas nécessaire d’être Madame Irma pour prédire que ces statistiques tiendront le coup très longtemps encore.

Après Boutsen, on a quelque peu frémi pour Eric van de Poele (5 départs) et Philippe Adams (2) avant d’espérer que Jérôme D’Ambrosio (20) puisse décrocher un bon volant. En vain.

Jusqu’à l’arrivée de Stoffel Vandoorne au sein de la légendaire écurie McLaren. Précédé d’une flatteuse réputation – il avait triomphé dans toutes les catégories inférieures – intelligent et travailleur, le monde du sport automobile belge était persuadé qu’on détenait enfin un successeur à Jacky Ickx.

Hélas, il a fallu déchanter. Complètement écrasé par Fernando Alonso, le Courtraisien n’a pas pu tirer grand-chose d’une monoplace particulièrement poussive. Même s’il garde le statut de pilote de réserve chez Mercedes, il faudrait un miracle (ou un malheur) pour que le compteur de Stoffel Vandoorne engrange un 42e départ en Grand Prix.

Et demain ? L’avenir n’est pas plus serein d’un point de vue belge.

« L’explosion des coûts dans les catégories inférieures ne permet plus de soutenir un jeune pilote prometteur comme ce fut le cas avec Stoffel », analyse Marc Duez. « Pour qu’un Belge puisse aller en Formule 1, il lui faudrait être extraordinairement doué et soutenu par un mécène immensément riche. Je ne vois pas d’autre possibilité. »

L’analyse est implacable et… réaliste.

 
 
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