«Une grande dame de la politique»: les réactions suite au décès d’Antoinette Spaak

«Une grande dame de la politique»: les réactions suite au décès d’Antoinette Spaak

Olivier Maingain (ex-président du FDF, bourgmestre de Woluwe-St-Lambert – DéFI).

« Antoinette Spaak a émergé à une époque de forte instabilité politique et elle a tout de suite marqué l’opinion publique par sa maîtrise et sa tranquille assurance, qui tranchaient avec les “querelles de mâles” qui caractérisaient les fortes personnalités politiques de l’époque. Au FDF, elle a apporté une force d’analyse et un sens politique assez rares. Elle avait certainement hérité de son père, dont elle était particulièrement proche, cette acuité pour savoir ce qu’il fallait faire au bon moment, en sachant quels étaient ses moyens, ses armes, et ce qu’elle devait obtenir. Avec une élégance exceptionnelle, elle savait comment mettre l’adversaire politique en difficulté s’il n’était pas à la hauteur du débat.

Humainement, elle avait une simplicité dans les relations avec chacun, mais aussi cette solidité dans ses convictions qui faisait qu’elle était inébranlable. À chaque fois que j’ai vécu un moment difficile dans ma vie politique et que je m’adressais à elle, elle me disait : “Tenez le cap de vos convictions, Olivier. N’abandonnez pas ce que vous croyez être nécessaire. C’est ça qui est le plus important ; le reste, ça s’oublie.” Elle a toujours gardé son cap, sereinement, tranquillement, élégamment. »

Bernard Clerfayt (ministre bruxellois et bourgmestre empêché de Schaerbeek – DéFI).

« Dignité, combativité, courage, rigueur : ce sont les mots qui me viennent à l’esprit. Elle avait aussi une capacité à s’exprimer clairement, à se faire comprendre de tout le monde. Elle m’avait un jour dit que lorsqu’elle se préparait pour les émissions de télévision, elle en parlait avec sa concierge. Et quand elle avait les mots pour lui expliquer, elle avait les mots pour en parler à tout le monde. Il était très important, pour elle, que chacun comprenne le message politique. Elle a par ailleurs imposé l’image de la femme dans le milieu politique très macho de l’époque et démontré qu’elle était aussi, sinon plus, pertinente que celle des hommes. »

Didier Gosuin (ex-ministre bruxellois, bourgmestre d’Auderghem – DéFI).

« C’était une grande dame et je n’ai jamais pu l’appeler autrement que “Madame Spaak”. Elle avait un don naturel pour expliquer les choses compliquées de manière simple, avec fermeté mais sans agressivité à l’égard de qui que ce soit. Malheureusement, ce style ne s’est pas imposé…

C’était aussi quelqu’un qui a vraiment porté la nouvelle génération ; ce n’est pas quelqu’un qui a voulu occuper le pouvoir pour occuper le pouvoir.

Politiquement, elle a porté un combat qui, hélas !, n’a pas abouti. Elle avait noué une grande amitié avec quelques leaders flamands – comme Hugo Schiltz – qui, comme elle, militaient pour une Belgique fédérale. Malheureusement, progressivement, on est allé vers le confédéralisme. Mais malgré ça, jusqu’au bout, elle est restée optimiste et accrochée à ses idées. »

Louis Michel (ex-ministre des Affaires étrangères et commissaire européen – MR).

« Antoinette Spaak était une femme d’une grande élégance intellectuelle, éthique et morale. Dans les débats, quand nous étions présidents de partis, c’était quelqu’un d’assez redoutable car elle était à la fois calme et extrêmement combative. Elle était animée par la ferveur de ses convictions mais très respectueuse de l’avis des autres. C’était quelqu’un de rigoureux sans être rigoriste ; elle était féministe sans ostentation ni opportunisme ; laïque sans être irrespectueuse des autres. Quelqu’un d’intelligent, de charmant, et qui ne manquait pas d’humour.

Elle fut, avec Jean Gol, à la base de la Fédération PRL-FDF, dans laquelle elle voyait un vrai levier pour défendre les francophones. Elle a joué un rôle extrêmement important dans l’histoire de notre pays mais aussi dans la cause de l’Europe. C’était une voix écoutée au Parlement européen. Elle a repris à son compte les engagements de son père, mais en se taillant son prénom elle-même.

Personnellement, j’ai toujours bénéficié d’une certaine forme d’affection de sa part. C’était une belle personne. »

Charles Picqué (ex-ministre-président bruxellois, bourgmestre de Saint-Gilles – PS)

« À une époque, le FDF était perçu par certains comme un groupe au message certes intéressant, mais aussi comme des “excités linguistiques et communautaires” qui s’opposaient à d’autres… Antoinette Spaak, par sa personnalité, son sens de la modération, sa capacité à négocier, aussi, a changé cette image et a crédibilisé le combat des francophones. C’était une personne de grande maturité, une figure modérée et positive, qui a donné une image rassurante dans certains milieux. Elle a aussi beaucoup œuvré à unifier les ambitions d’un certain nombre de personnes au sein de son parti. Elle aimait parler de “ses poussins”… Et quand on était amenés à vivre une petite tension avec l’un ou l’autre jeunes du FDF, elle participait à l’apaisement. »

Mark Eyskens (ex-Premier ministre – CD&V)

« Mon père (Gaston Eyskens) a siégé au gouvernement avec Paul-Henri Spaak à plusieurs reprises, et nos deux familles étaient liées d’amitié. Les Spaak venaient à la maison et j’ai donc rencontré Antoinette très jeune. Au fil des ans, j’ai continué à la fréquenter. Nonobstant certaines dissensions politiques, nos rapports ont toujours été extrêmement amicaux. Elle était très gentille, toujours à l’écoute, raisonnable ; elle argumentait avec beaucoup de talent. Nous étions tous les deux des Européens convaincus et on voulait quand même aussi sauver la Belgique… »

Herman De Croo (ex-ministre et président de la Chambre – Open VLD).

« Elle avait un nom terriblement lourd à porter mais elle a conquis sa place dans les assemblées par son style, son self-control, mais aussi sa pugnacité. C’était une grande dame. Même si, politiquement, je n’étais pas toujours d’accord avec elle, sa défense de Bruxelles et de la francophonie était sincère et propre à sa personnalité. Ce combat lui permettait, en outre, d’être beaucoup plus indépendante dans l’idéologie générale. Était-elle socialiste comme son père, libérale, croyante ou non ?… Je ne pourrais le dire. J’avais du respect pour sa finesse, sa distinction, sa manière d’être, à la fois populaire et distante – sans populisme. »

 
 
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