Malgré les «microbulles», Tihange2 peut continuer à tourner

Le tribunal de première instance néerlandophone de Bruxelles a décidé ce jeudi de ne pas contraindre Engie à fermer le réacteur nucléaire de Tihange 2. Plusieurs communes néerlandaises et luxembourgeoises, villes et États fédérés allemands, ainsi que différents groupes d’action, avaient demandé au tribunal d’annuler la décision prise en 2015 par l’Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN) de redémarrer le réacteur nucléaire Tihange 2, après la découverte trois ans plus tôt de micro-fissures (ou « microbulles ») dans la cuve du réacteur – un défaut qui affecte aussi Doel 3.

L’État belge, l’AFCN et Engie Electrabel, qui exploite le réacteur, contestaient cette demande, arguant du fait qu’une enquête de plus de trois ans a permis d’établir que la centrale nucléaire était suffisamment sûre. Le tribunal a donc rendu son jugement ce jeudi matin, en décidant que Tihange 2 pouvait continuer à fonctionner.

Déception pour les plaignants

Pour les plaignants, il s’agit bien évidemment d’une « déception », comme nous l’a expliqué Leo Tubbax, porte-parole de l’association Nucléaire Stop, pour qui le réacteur « n’en reste pas moins dangereux ». « Il l’est depuis des années », précise-t-il. « Nous avons des rapports d’experts internationaux qui le disent ». Pour le porte-parole, « le tribunal n’a pas étudié sérieusement notre plainte : il se contente de suivre point par point la défense de l’AFCN ». L’association s’inquiète par ailleurs du fait que le contrôle triennal des « microbulles » ait été reporté d’avril à décembre, mais émet également des doutes sur le contrôle d’étanchéité du bâtiment de confinement du réacteur, ainsi que sur la résistance du site à une éventuelle chute d’avion au départ de l’aéroport de Bierset.

Nucléaire Stop ne devrait toutefois pas interjeter appel du jugement intervenu ce jeudi. « Un appel prendrait au moins deux ans », constate Leo Tubbax. Or, dans le cadre de la loi de 2003 sur la sortie du nucléaire, il est prévu que Tihange 2 soit définitivement éteint le 1er juin 2023 et il y a donc peu de chance qu’une décision intervienne d’ici là.

500.000 signatures

« C’est grâce au mouvement antinucléaire dans son sens le plus large que Tihange 2 et Doel 3 (NDLR, qui fermera le 1er octobre 2022) ne se trouvent plus sur la liste des réacteurs qui pourraient encore être prolongés », souligne toutefois Leo Tubbax, qui rappelle que les plaignants « avaient réuni une chaîne humaine de plus de 50.000 personnes (NDLR, entre Tihange et Aix-la-Chappelle en 2017) et recueilli plus de 500.000 signatures pour la fermeture du réacteur ».

Du côté d’Engie Electrabel, « on prend acte avec satisfaction » de la décision du tribunal, nous indique Anne-Sophie Hugé, porte-parole de l’énergéticien qui exploite le parc nucléaire belge. « Ce que nous avons répété, c’est que nous avons reçu de l’AFCN l’autorisation de redémarrer en toute sûreté, ceci après un travail d’analyse et de calcul qui a été validé par l’agence, mais qui a également été soumis à de nombreux experts totalement indépendants, et qui a démontré que l’exploitation de l’unité ne présentait pas de risque en termes de sécurité nucléaire ».

L’AFCN s’est également réjouie de la teneur du jugement. « Le tribunal a confirmé que l’AFCN avait agi avec prudence », a indiqué l’agence dans un communiqué. « L’arrêt indique, entre autres, que l’on ne peut pas accuser l’AFCN d’avoir ignoré le problème vu que l’AFCN a immédiatement pris des mesures. L’AFCN a en effet exigé un arrêt provisoire du réacteur, a obligé Electrabel à présenter des dossiers de justification et a ensuite mené elle-même une étude approfondie sur cette problématique, avec l’aide de nombreux experts internationaux. Le juge a également déclaré que l’AFCN avait suffisamment informé le public ».

Sur la question des « microbulles », l’AFCN rappelle que « les investigations ont montré que les microbulles d’hydrogène étaient déjà présentes lors du forgeage des cuves de réacteur. Cependant, les microbulles d’hydrogène n’ont pas d’impact significatif sur les structures en acier et n’évoluent pas dans le temps. L’intégrité structurelle des cuves de réacteur et donc la sûreté des réacteurs restent garanties en toutes circonstances. L’AFCN continue bien sûr à suivre la situation de près afin de garantir la sécurité de la population et de l’environnement ».

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