Paddock: Guy Colsoul, une vie bien remplie

Paddock: Guy Colsoul, une vie bien remplie
D.R.

C’est vrai qu’il a pris quelques kilos. Pour le reste, on jurerait l’avoir rencontré la veille. Le cheveu épais, l’œil vif et cette façon bien à lui de balancer des vacheries emballées dans un sourire (sans les dents en or désormais) de représentant de commerce.

« Je peux te dresser une liste de pilotes qui avaient un morceau de gruyère à la place du cerveau », lance-t-il. « Mais à mon âge, je ne vais pas me fâcher avec une belle brochette de rallymen. »

Au fait, Guy Colsoul fut-il vraiment laitier à une période de sa vie ? « Et comment ! Mon père possédait un cheptel d’une centaine de vaches. À neuf ans, je faisais le tour de Landen à vélo avec mes cruches. J’allais déposer le lait tout chaud sur le pas de la porte des clients. Le mari de ma sœur exerce toujours cette activité. »

« Pas un pilote naturellement doué »

Mais comment un gamin nourrit aux principes sains du Limbourg bucolique et laborieux s’est-il découvert une vocation de rallyman ? « En accompagnant mon père dans ses tournées, j’ai pris goût à la conduite rapide. Il n’a jamais disputé la moindre compétition mais qu’est-ce qu’il enfonçait bien l’accélérateur de sa camionnette. Le déclic, c’est en allant regarder un rallye du côté de Huy que je l’ai eu. En voyant ces types lancer leur voiture dans de généreux travers, j’ai voulu les imiter. »

De la Coccinelle d’occasion achetée 15.000 francs (375 €, NDLR) très vite équipée d’un moteur Porsche, l’homme s’est retrouvé sur une Opel Kadett GTE proche de la série. « Je ne me suis jamais considéré comme un pilote naturellement doué », assume notre interlocuteur. « Il a fallu que je roule, encore et encore, que je me force à attaquer pour tenter de battre Jean-Louis Dumont à la régulière. C’était fâcheux quand je défendais officiellement les couleurs d’Opel Belgique alors qu’il était amateur. »

À la fin des années ’70, le rallye belge est en pleine explosion. Les importateurs automobiles et les filiales ne rechignent pas à dépenser des budgets, bientôt suivis par les cigarettiers. Guy Colsoul se trouve entre deux générations. Celle représentée par un Gilbert Staepelaere en fin de carrière et le trio infernal des mousquetaires (Duez, Droogmans, Snijers). « J’ai proposé à Staepelaere de le remplacer. Il a préféré miser sur des jeunes talentueux. C’était le bon choix ! »

« Des autographes le dimanche »

Il n’empêche… Pendant que Marc, Robert et Patrick aiguisaient leurs dents de jeunes loups sur le bitume, Guy cultivait sa cote de popularité à coups de dérapages généreux et de déclarations démagos à l’égard des organisateurs, du public, du parcours. Et ça marchait !

« Au bal annuel des supporters, on comptait 1500 entrées à minuit. Deux cars venaient de Flandre, un autre déboulait d’Arlon. Le club, à son apogée, recensait 2500 membres payants. Bien sûr, ma vie privée en pâtissait. Ainsi, un couple avec sept enfants a débarqué chez nous un dimanche après-midi pour nous demander des photos, des autographes. »

Ce qui est incroyable, avec cet homme-là, c’est qu’il a été l’un des premiers pilotes reconnus (avec Jacky Ickx, bien sûr) à sauter à pieds joints sur ce Dakar qui dérangeait (déjà) beaucoup.

« C’est par un coup de chance énorme que j’ai disputé l’épreuve », raconte Colsoul. « Un cigarettier m’a proposé de remplacer un pilote de Formule 1 (Didier Pironi, NDLR) interdit de dunes par son assureur. Avec une Mercedes 4x4 pratiquement de série, on a découvert, Alain Lopes et moi, une épreuve hors du commun. »

« Beaucoup de chance »

Les deux complices ont aussi goûté à la gloire éphémère en prenant la tête de l’épreuve avec une propulsion. Leur Opel Manta, typée Safary, n’avait pourtant rien de commun avec les Buggys actuels.

Ensuite ? « J’ai toujours eu beaucoup de chance dans ma carrière », poursuit l’ancien laitier. « Gaston Rahier, au sommet de sa gloire en rallye-raid, m’a présenté à un responsable japonais de Mitsubishi en échange de trimbaler une roue de rechange de sa moto dans mon 4x4. »

De là, une ère japonaise a remplacé la période allemande (Opel). Et du pilote confirmé qu’il était, Guy Colsoul est devenu le plus performant loueur de voitures de courses (des Mitsubishi, bien sûr) du pays. Peut-être même du monde.

Une activité qu’il a cessée récemment pour cause de Covid 19. « Je n’ai pas le droit d’avoir des regrets. Ma carrière a été jalonnée de coups de chance incroyables. Aujourd’hui encore, on m’en parle. C’est magique. »

« Ce que réussit mon fils est incroyable »

Aujourd’hui, Guy Colsoul gère le car-wash familial. Il jette aussi un regard attentif aux performances des cracks du WRC. « Je ne connais pas suffisamment Thierry Neuville pour juger ses performances », lance-t-il. « Je suis cependant très impressionné par ce que réussissent les meilleurs pilotes. Ils sont en permanence à l’extrême limite. Ils n’ont pratiquement pas de marge de sécurité. Rien de commun avec mon époque où on pensait d’abord à amuser la galerie, à plaire au public par de grands travers. »

Guy est aussi le premier supporter de Tom devenu une référence en rallye-raid. « Je suis très fier de ce que mon fils réalise. À 7 ans, je l’obligeais à me lire la carte pour aller d’un point d’assistance à l’autre. C’est un incroyable bosseur, il a hérité de l’intelligence de sa mère, trop tôt disparue. Ce n’est pas un hasard s’il est devenu l’un des copilotes les mieux cotés du Dakar. »

L’adrénaline de la compétition manque-t-elle à Colsoul Senior ? « Pas le moins du monde ! Vous ne me verrez jamais disputer une course type Legend Boucles sur une vieille voiture. Les autos sont comme les pilotes : quand elles ont fait leur temps, il faut les laisser vieillir en paix. » Ce qui ne l’empêche pas de posséder quelques bolides d’exception (dont une Ford Escort MKII ex Hannu Mikkola, une Porsche 911, une Mini Cooper S, une Cortina Lotus…)

 
 
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