Le président du PSG et l’ancien numéro 2 de la FIFA jugés dans une affaire de droits TV

Jérôme Valcke et Nasser Al-Khelaïfi
Jérôme Valcke et Nasser Al-Khelaïfi - AFP

Accompagnés de leurs avocats, les deux dirigeants sont arrivés en début de matinée au Tribunal fédéral de Bellinzone, qui a ouvert à 07H00 GMT l’une des premières audiences destinées à trancher cinq ans de scandales autour de la Fifa.

Très attendu, leur procès s’ouvre sous une double menace: la crise sanitaire, qui a déjà fait capoter au printemps un dossier de corruption autour du Mondial-2006, et l’enquête pour collusion du parquet suisse avec la Fifa, qui sape depuis sa crédibilité.

Principal prévenu, le Français Jérôme Valcke, bras droit jusqu’en 2015 du président déchu de la Fifa Sepp Blatter, doit s’expliquer dans deux dossiers distincts de droits télévisés et encourt cinq ans de prison.

La justice lui reproche d’avoir favorisé la cession au géant qatari beIN Media des droits au Moyen-Orient et en Afrique du Nord des Coupes du monde 2026 et 2030, en échange de «l’usage exclusif» d’une villa en Sardaigne, payée 5 millions d’euros par Nasser Al-Khelaïfi.

Pirouette judiciaire

Longtemps menée pour «corruption privée», l’enquête a dû abandonner ce chef d’accusation en raison d’un «accord amiable» en janvier entre la Fifa et M. Al-Khelaïfi, qui a conduit l’instance à retirer sa plainte.

Le parquet a donc opté pour le terrain de la «gestion déloyale»: il reproche désormais à M. Valcke d’avoir «conservé pour lui» des avantages qui auraient dû revenir à la Fifa — quand bien même il s’agirait de pots-de-vin -, et à M. Al-Khelaïfi de l’y avoir «incité».

Les deux hommes contestent ces charges, selon leur défense. En outre, les avocats de Nasser Al-Khelaïfi estiment que «la majeure partie du dossier ne concerne pas (leur) client».

«L’accusation secondaire, très récemment conçue par l’accusation pour tenter de sauver son dossier, est manifestement artificielle», estiment Mes Grégoire Mangeat, Marc Bonnant et Fanny Margairaz, jugeant le procédé «à la limite de la déloyauté».

Dans le deuxième dossier, Jérôme Valcke devra répondre de «corruption passive répétée», «gestion déloyale aggravée» et «faux dans les titres», aux côtés de l’homme d’affaires grec Dinos Deris, 63 ans. Ce dernier pourrait être absent pour raison médicale, d’après le journal Le Temps.

M. Valcke aurait cette fois perçu 1,25 million d’euros, en trois versements depuis le Liechtenstein à sa société Sportunited, pour favoriser l’obtention des droits médias de plusieurs Coupes du monde en Grèce et en Italie.

Parquet fragilisé

Partie plaignante dans ces deux dossiers, la Fifa réclame «entre 1,4 et 2,3 millions d’euros» à Jérôme Valcke pour avoir profité pendant 18 mois de la «Villa Bianca», luxueuse bâtisse de la Côte d’Emeraude sarde. Elle demande par ailleurs 1,25 million d’euros à son ex-secrétaire général et à Dinos Deris.

Mais l’accusation est fragilisée par les soupçons de collusion nés de trois rencontres secrètes en 2016 et 2017 entre le patron de la Fifa, Gianni Infantino, et l’ex-chef du parquet suisse, Michael Lauber, contraint à la démission en juillet.

Les deux hommes sont visés depuis cet été par une enquête pour «entrave à l’action pénale», même si la Fifa martèle que ces rencontres, certes omises de la procédure, étaient destinées à montrer son intention de «collaborer avec la justice suisse».

Si l’audience va à son terme, il s’agira du premier jugement prononcé en Suisse, siège de la plupart des organisations sportives internationales, sur la vingtaine d’enquêtes ouvertes depuis cinq ans autour de la Fifa.

En avril dernier, le Tribunal pénal fédéral avait été contraint de clore un procès entamé en mars sur des soupçons de corruption dans l’attribution du Mondial-2006 à l’Allemagne: d’abord repoussé en raison du Covid-19, ce dossier impliquant l’ancien «Kaiser» du foot Frank Beckenbauer a été rattrapé par la prescription.

 
 
À la Une du Soir.be
À découvrir sur Le Soir +
 

Vos réactions

Règles de bonne conduite / Un commentaire abusif? Alertez-nous