Pères au foyer: les stéréotypes ont la vie dure, même chez les «millenials»

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Sylvain Piraux.

A 20 ou 30 ans, les hommes ne sont pas véritablement intéressés à devenir pères au foyer. Même si les mentalités ont quelque peu changé, même s’ils veulent être plus présents, dans les faits, les rôles traditionnels restent bien ancrés auprès des « millenials ». C’est là l’observation d’Isabella Lenarduzzi, fondatrice de JUMP, qui promeut l’égalité des genres au travail. Par contre, vingt ans plus tard, certains quadras et quinquas n’hésitent pas à sauter le pas…

« C’est normal », souligne l’entrepreneuse. « Plus ils sont loin dans leur carrière, moins cela leur pose problème de s’arrêter un peu ou complètement. Tandis que les femmes, à cinquante ans, ont vraiment envie d’utiliser leur potentiel d’un point de vue professionnel, parce qu’elles ont l’impression d’avoir toujours retenu la bride. Elles se disent que maintenant, c’est pour elles. »

Il y aurait donc à cet âge, où les enfants sont grands et les carrières bien entamées, un basculement. Les femmes veulent atteindre certains objectifs dans leur métier, voyager, « faire tout ce qu’elles n’ont pas fait ». « Et c’est là que leurs maris reviennent », remarque Isabella Lenarduzzi, autrice de l’enquête « Les pères pionniers : derrière chaque grande femme, se cache un grand homme ».

Un coup pour la virilité

De leur côté, les hommes ne sont plus complètement empêtrés dans la gestion au quotidien et désirent un autre type de vie, où ils profitent de la maison, des enfants, des petits plaisirs comme la cuisine ou le sport. Ils sont parfois aussi déçus de leur vie professionnelle, pas aussi épanouissante ou valorisante qu’espéré, et sont ravis de prendre une nouvelle place au sein de la famille.

De plus, leurs conjointes ne cessent de valoriser ce qu’ils font à la maison et de les remercier, parce que c’est grâce au nouveau statut de leur époux qu’elles peuvent s’épanouir professionnellement. « Or, un homme ne dira jamais que s’il réussit comme ça, c’est grâce à sa femme », lâche la directrice exécutive de JUMP. Pourtant, à l’extérieur, la position de père au foyer est souvent mal perçue, que ce soit par les hommes ou par les femmes de son entourage. « Ces choix-là sont rarement dévoilés par les hommes eux-mêmes parce que c’est difficile pour leur virilité », ajoute la spécialiste des genres.

Alors, beaucoup de ceux qui deviennent pères au foyer ne le font qu’à condition d’avoir la stabilité financière nécessaire. S’ils ont revendu leur boîte ou ont acquis suffisamment de patrimoine pour être indépendants financièrement. Sinon, ils opteront pour une réduction du temps de travail. « Ils se vulnérabilisent beaucoup moins que les femmes », constate Isabella Lenarduzzi. « Car ce n’est pas simple d’avoir une femme qui gagne plus que soi, mais si c’est le cas, il faut au moins une indépendance. C’est vraiment très rares les hommes dépendants. »

Des jeunes en construction

Les stéréotypes ont la vie dure ! Résultat : même les nouvelles générations sont touchées par les clichés du père qui subvient aux besoins de la famille et de la mère qui soigne, nourrit et est garante du bien-être au sein du foyer. « Les jeunes hommes sont en construction », précise l’experte. « Ils sentent une certaine pression à être à la hauteur d’une future famille, du démarrage d’une famille. Et ils se font vite rattraper par les stéréotypes. »

Pourtant, la volonté de faire autrement, d’être un père plus présent est bel et bien là… au départ. « Il y a quelque chose de déclaratif dans cette génération », analyse Isabella Lenarduzzi. « Tant qu’on est deux, on est relativement égaux. Mais quand les enfants arrivent, les vieux schémas se mettent en place. » Tout simplement parce qu’on a tendance à faire ce que l’on attend de nous. Et donc, à répondre aux stéréotypes. « Si un homme devient père de famille, on attend de lui qu’il devienne plus ambitieux, plus actif. Pour nourrir sa famille. Et quand il prend un congé parental, cela lui apporte une image dévalorisante par rapport à son rôle d’entrepreneur. Mais peu à peu, on voit que les hommes se libèrent globalement de ces schémas de virilité qui les emprisonnent. Ils se font la bise, ils prennent leur congé de paternité… » Mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir.

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