Décret Paysage: imposer la réussite du 1er bac en deux ans crée le malaise du côté des socialistes et des écologistes

Décret Paysage: imposer la réussite du 1er bac en deux ans crée le malaise du côté des socialistes et des écologistes
Hatim Kaghat

Lundi, dans Le Soir, entre autres, la ministre Glatigny faisait sa rentrée politique en détaillant les premiers contours de la réforme du décret paysage qu’elle compte soumettre au gouvernement le mois prochain déjà.

L’une des nouvelles dispositions prévoit que l’étudiant aura à l’avenir l’obligation de réussir sa première année en deux ans maximum, sous peine de voir se fermer les portes de la formation entamée (ce qui ne l’empêchera pas d’en entamer une autre).

« Il n’y a pas de texte, il n’y a pas eu de concertation avec les acteurs, il n’y a pas de décision, et donc pas d’accord a fortiori », grinçait-on mardi dans l’arc-en-ciel. « C’est un peu surprenant comme sortie. C’est une drôle de méthode en tout cas… »

Absence de concertation

« Le texte n’a en effet pas été présenté en gouvernement », confirmait une seconde source. « Il y a donc une absence de concertation. La DPC (déclaration de politique communautaire, l’accord de majorité, ndlr) parle d’évaluation préalable du décret Paysage, mais celle-ci n’existe pas encore. En plus, le sort des étudiants précarisés n’apparaît pas du tout dans les annonces de la ministre. Or, cela doit être pris en compte », insistait-on.

La Fédération des étudiants francophones (FEF) avait immédiatement dénoncé une mesure qui allait « renforcer les inégalités », les jeunes issus de milieux défavorisés ayant plus de difficultés à réussir dans l’enseignement supérieur.

« C’est clairement une sortie en solo »

Dans les rangs socialistes et écologistes, cette annonce de la ministre a pris tout le monde au dépourvu. « Nous avons pris connaissance de la proposition de la ministre dans la presse. C’est assez surprenant », disait mardi une source dans la majorité. « C’est clairement une sortie en solo (de la ministre Glatigny). »

« Les constats (sur les effets du décret paysage, ndlr) sont partagés, c’est clair. Mais sur les solutions, il faut encore discuter. On verra avec attention quand on aura le texte. On l’examinera dans sa globalité, notamment sur les mesures d’accompagnement et d’aide à la réussite ».

D’aucuns pointent aussi le calendrier peu réaliste, selon eux, de la ministre qui voudrait voir les changements annoncés entrer en vigueur dès la rentrée académique prochaine, en septembre 2021.

« Le décret n’est pas encore adopté, ce qui va prendre encore du temps vu la nécessaire concertation avec les acteurs, notamment les étudiants. Ce qui est clair, c’est que ces changements représenteront une charge administrative pour les hautes écoles et les universités qui auront un délai très court pour s’adapter. Or, avec le Covid, celles-ci ont déjà une actualité très chargée… »

Sur Twitter, le député Manu Disabato (Ecolo) a aussi laissé transparaître -publiquement- son malaise face à l’annonce de Valérie Glatigny.

« Cette sortie ne permet pas de prendre en compte d’autres volets importants de la réforme dont l’aide à la réussite. Permettre à tous les étudiants -dont les plus défavorisés- de mieux réussir leurs études doit être l’objectif final de la réforme », insiste-t-il.

Des consultations formelles et informelles

Dans un communiqué mardi soir, Mme Glatigny assure avoir bel et bien mené ces derniers mois une série de consultations formelles et informelles, tant avec l’Académie de recherche et de l’enseignement supérieur (ARES) que la Fédération des étudiants francophones.

En raison de la situation sanitaire, l’ARES a toutefois rapidement fait savoir qu’il ne lui serait pas possible de procéder à une évaluation par des experts internationaux, comme prévu par la DPC.

Le conseil d’administration de l’ARES, composé de différents acteurs de l’enseignement supérieur en FWB, a toutefois remis un avis complet sur le sujet en date du 30 juin 2020.  Parmi les idées soumises par l’ARES, citons entre autres la proposition d’avancer la date limite d’inscription aux alentours du 30 septembre, d’insister sur le fait que la réussite du premier bloc du premier cycle est une nécessité pour des balises saines, et de remettre l’acquisition des 60 premiers crédits du bachelier au centre des priorités des étudiants.

Sur base de ces avis recueillis, Mme Glatigny conteste qu’il n’y aurait eu « aucune consultation » sur les questions visées. Elle assure dans la foulée que les « pistes pour la réforme du décret » sur lesquelles elle a communiqué « seront bien entendu discutées en gouvernement avec les partenaires de majorité dans le courant du mois d’octobre lors du dépôt du texte ».

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