Erika Vlieghe à la commission Covid: «Les Régions ont refusé un comité interfédéral sur les maisons de repos»

Erika Vlieghe
Erika Vlieghe - Matthieu Golinvaux

La commission spéciale du parlement wallon consacrée à la gestion de la crise sanitaire était en grande partie consacrée ce vendredi à l’audition des experts. Celle de l’infectiologue et présidente du GEES, Erika Vlieghe était particulièrement attendue notamment en ce qui concerne la gestion du Covid au sein des maisons de repos. Ces derniers temps, la scientifique a été au centre de la polémique, accusée d’avoir été à la base de la rédaction de la recommandation de la société belge de médecine intensive sur la prise en charge des personnes âgées dans les hôpitaux.

Visiblement touchée par les attaques très dures à son encontre, elle a insisté sur la nécessaire recontextualisation de celle-ci et la mauvaise interprétation qui en a été faite. « Début mars, nous avions les images des hôpitaux italiens complètement débordés par la crise et nous voulions mettre tout en œuvre pour éviter d’arriver à la même situation en Belgique, explique-t-elle. Le comité interfédéral interhospitalier – Hospital and transport surge capacity (HTSC) – au sein duquel je siège, estimait que dans le cas où les urgentistes devaient procéder à un tri des patients en soins intensifs, il fallait à tout prix éviter la situation italienne où seul l’âge était pris en compte. L’idée était plutôt de considérer l’état fonctionnel de la personne pour éviter de remplir les lits de soins intensifs avec des gens qui soit n’allaient pas y survivre ou soit avaient fait le choix d’un non-acharnement thérapeutique. »

« Le débat sur les soins intensifs doit avoir lieu »

Pour l’infectiologue, la recommandation de la société de médecine intensive était destinée aux médecins généralistes et médecins-coordinateurs des maisons de repos pour leur rappeler qu’il était important d’établir un projet thérapeutique avec leurs patients, particulièrement en cette période de crise aiguë où les décisions de soins intensifs devaient être prises rapidement. « Cette recommandation concernait uniquement les soins intensifs et pas du tout l’entrée des patients à l’hôpital, se défend-elle. Même âgés, les gens ont droit à recevoir des soins de base qui ne peuvent pas être donnés dans les maisons de repos. » Erika Vlieghe ne nie pas que cette recommandation ait pu être mal interprétée par les hôpitaux et que des prises en charge aient pu être refusées. « Mais encore une fois, il faut replacer cela dans le contexte : c’était le chaos ! » Mais loin d’elle l’idée de botter en touche : « le débat sur le choix des patients ayant la plus haute probabilité de survivre aux soins intensifs doit avoir lieu. »

Une coordination interfédérale nécessaire ?

Pour Erika Vlieghe, l’attaque est d’autant plus violente qu’elle explique avoir été une des premières à alerter sur la situation difficile des maisons de repos. « Au sein du RMG, je revenais sans cesse avec mes questions car mes collègues de terrain m’expliquaient ce qu’il se passait là-bas, dit-elle. Mais la réalité est qu’on a manqué cruellement de données et pendant longtemps. Les premiers monitorings – notamment mis en place par l’Aviq – n’ont pas débuté avant la mi-mars et il a fallu attendre avril pour avoir des données vraiment exploitables qui présentaient la situation réelle. Toutefois, au sein du HTSC, nous étions conscients du problème. C’est pourquoi, nous avons planché sur la création du même type de comité interfédéral mais pour les maisons de repos. Nous avons présenté notre travail lors du RMG du 25/03. Les représentants des instances régionales présents nous ont alors dit clairement que la compétence des maisons de repos était régionale et qu’il ne fallait pas créer un énième comité interfédéral sur ce sujet au risque de doublonner le travail. »

Devant les députés wallons médusés face à cette révélation, Erika Vlieghe s’est livré sans détours : pour elle, cette décision a eu un impact sur l’efficacité de la coordination de l’aide aux maisons de repos…

Vendredi soir, le cabinet de la ministre wallonne de la Santé, Christie Morreale a tenu à réagir aux propos de la virologue et présidente du GEES. Les régions n’ont pas refusé de coordination interfédérale pour la gestion de la crise dans les maisons de repos « parce qu’il n’y a jamais eu de proposition en ce sens ». « En mars, il y a eu différentes réunions au SPF Santé publique entre le fédéral et les entités fédérées pour préparer la rencontre du RMG, le Risk Management Group, le 27 mars. Des recommandations conjointes y ont été formulées, à charge pour les Régions, qui sont compétentes pour le secteur, de les mettre en œuvre. Il n’y a jamais eu de proposition de créer un comité interfédéral », a assuré le cabinet de la ministre Morreale.

 
 
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