La saison 2020-2021 au Mars.Mons: les reprises étoilées à ne pas manquer

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Tchaïka
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« Tchaïka ».

Très attendu : Focus No Tech

Mars.Mons a l’art de mettre sur pied des festivals aux thématiques pile poil dans l’air du temps. A côté des focus « Demain » ou « Guerrières », l’institution propose un nouveau rendez-vous intitulé « No Tech ». Depuis plus de vingt ans, théâtre et technologies se croisent et s’observent pour le meilleur et pour le pire. No Tech est donc l’occasion d’interroger des artistes qui ont gardé les fulgurances du numérique tout en se passant de la technologie. Un focus un peu schizo, à la fois hommage et pied de nez à ces nouveaux outils censés transformer nos scènes… et nos vies.

Nos critiques des reprises

La classe des mammouths * * *

Les 4 et 5 octobre

Alors qu’on a retrouvé une défense de mammouth dans leur cour de récré, les enfants vont se plonger dans la préhistoire, en même temps qu’ils vont commencer à s’interroger sur les clichés sexistes. Quel rôle assigne-t-on aux garçons et aux filles à l’école, et dans la société. Avec humour, les marionnettes du Théâtre des 4 Mains prennent la question à bras-le-corps. Dès 7 ans.

Tchaïka * * * *

Les 14 et 15 octobre

Auréolée de prix au Chili, cette troublante adaptation de la Mouette de Tchékhov se crée en français. La pièce de Natacha Belova et Tita Iacobelli tisse une mise en abîme infinie : une vieille actrice, au crépuscule de sa carrière, reprend du service sous la forme d’une marionnette, à taille humaine, qui n’est autre que le double vieilli de la comédienne qui la manipule. Une pièce démente sur les gouffres vertigineux de la vieillesse mais aussi du théâtre.

Pueblo * * * *

Les 20 et 21 octobre

Pueblo creuse dans la misère humaine comme on charcute une hernie, mais avec d’heureux palliatifs pour faire passer la douleur. L’écriture bondissante d’Ascanio Celestini, le jeu haletant et désarmant de David Murgia, les digressions humoristiques, les personnages truculents, l’accompagnement musical endiablé : tout cela nous aimante dans un spectacle sur lequel il pleut, certes, mais de ces pluies qui vous lavent un bon coup.

Jimmy n’est plus là * * *

Les 20 et 21 octobre

La compagnie Trou de Ver tisse une fable narrativement et visuellement vertigineuse sur le quotidien d’une bande de jeunes comme empêtrés d’eux-mêmes. Découpée en épisodes, comme une série américaine, la pièce se déroule grâce à un dispositif vidéo virevoltant : les quatre comédiens jouent en permanence avec des écrans sur lesquels apparaissent une foule de personnages – parents, profs, élèves, concierge, etc. C’est techniquement époustouflant ! Dès 12 ans.

Desperado * * *

Les 24 et 25 novembre

Dans cette pièce des Hollandais Ton Kas et Willem de Wolf, quatre cow-boys désabusés scrutent le mâle avec humour. Adapté en français par les compagnies Tristero et Enervé, Desperado résonne avec l’actualité tant ces quatre mecs blancs et frustrés endossent un accent trumpien. Déçus, incompris, seuls dans leur petite vie étriquée, ils s’accrochent encore à une sorte d’honneur viril, une façade de mâle robuste et indestructible. L’ensemble aurait pu être désespérant mais s’avère d’une tendre drôlerie.

Le petit chaperon rouge * * *

Les 6 et 7 décembre

Chez Dérivation, on continue de passer les grands classiques à la moulinette d’une mise en scène déjantée, avec musique à la James Bond, bruitages de cinéma et airs de western. On y inverse joyeusement les rôles aussi puisque le loup, ici, n’est pas aussi grand que dans les histoires, a sacrément peur du noir et aucune confiance en lui. Potache, explosif, décadent. Un pur plaisir régressif. Dès 3,5 ans.

Grou ! * * *

Les 13 et 14 décembre

Dans une cuisine banale, Baptiste Toulemonde et Arthur Oudar voyagent dans le temps et l’espace pour nous emmener aussi bien sur la Lune qu’au temps des chevaliers ou sous les bombes de la Seconde Guerre mondiale. Avec un esprit d’aventure à la Indiana Jones, une scéno rock’n’roll et une imagination débridée, ils revisitent en accéléré l’histoire de l’humanité, pour se rassurer sur notre espèce, capable du pire et du meilleur. Dès 6 ans.

Playback d’histoires d’amour * * *

Le 17 décembre

Comment élever le ringard au rang d’art ? Réponse dans ce spectacle de Delphine Bibet où l’on chante l’amour en play-back au milieu d’extraits des Fragments d’un discours amoureux de Roland Barthes. Qu’est-ce que le play-back sinon un prétexte pour jouer à être quelqu’un d’autre ? Avec Dalida, Joe Dassin ou Edith Piaf, les comédiens se glissent dans la peau de personnages tendrement pathétiques, follement dramatiques, absurdement attachants.

Glitch * * *

Le 21 janvier 2021

Le « glitch », en langage informatique, désigne, « une défaillance, une interruption de courte durée dans le flux opérationnel d’un système ». Florencia Demetri et Samuel Lefeuvre s’emparent de ce dérapage technique pour en faire un spectacle où la maîtrise des corps et la répétition du mouvement entraînent le spectateur dans un voyage aux frontières du réel. Magistral de maîtrise, un petit bijou inclassable dévoilant dans ses dernières minutes comme une seconde peau sous les costumes, et des vagues d’argent sous la plage. Magique.

Forces * * * *

Le 29 avril

Leslie Mannès, Tomas Turine et Vincent Lemaître présentent un spectacle hypnotique sous tension permanente. Sortant du noir total, quatre formes blanchâtres apparaissent, flottant dans l’espace. Puis deviennent silhouettes, animées d’une pulsation régulière. Sorte de fantômes futuristes, Leslie Mannès, Mercedes Dassy et Daniel Barkan, portées par une bande-son époustouflante de Thomas Turine, deviennent enfin guerrières sous tension pour un final où les corps échappent à la force centrifuge qui paraît les unir pour se débattre en torsions, en mouvements tout à coup presque langoureux, avant de replonger dans une succession de gestes tranchants, secs, durs, comme générés par une série d’électrochocs. Puissant, dévastateur et envoûtant.

Zazie ! * * *

Les 4 et 5 mai

La compagnie Debout sur la Chaise adapte le roman de Queneau pour en faire un terrain de jeu renversant. La Tour Eiffel s’envole sur un rétroprojecteur ; Mado P’tits Pieds file, insaisissable, sur ses chaussures à roulettes ; le récit bifurque dans des chorégraphies pop ; la fin rembobine tout en accéléré et tout glisse ainsi, comme mille anguilles, avec une fougue décoiffante. Et l’on ressort avec la conviction que rien n’est figé. Homo, hétéro, trans : libre à chacun de s’inventer. Dès 12 ans.

 
 
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