Revue de presse: «Attention aux promesses sans lendemain», les éditorialistes mettent en garde la Vivaldi

Revue de presse: «Attention aux promesses sans lendemain», les éditorialistes mettent en garde la Vivaldi

Après plus de 500 jours d’impasse politique, la Belgique a (enfin) un gouvernement. La Vivaldi sera conduite par Alexander De Croo (Open VLD) au poste de Premier Ministre.

« Nous obtenons le gouvernement fédéral qu’Elio Di Rupo et Bart De Wever, l’un rempli d’espoir, l’autre avec horreur, ont vu venir au soir des élections », explique dans son édito De Standaard. « Des mois de théâtre politique, avec un impact désastreux sur étaient apparemment nécessaires pour rendre l’inévitable possible ». Et le quotidien flamand d’enchaîner. « Les résultats des élections ont rendu inévitable un virage vers la gauche (…) De Croo a la chance que le manque d’argent qui pénalisait tous les gouvernements précédents soit désormais sans importance. D’abord relancer l’économie et ensuite on verra, c’est désormais la devise. De cette manière, les contradictions latentes de cette combinaison à sept sont comblées pour le moment. Mais tôt ou tard, la facture arrivera », conclut Bart Haeck.

De Tijd enchaîne sur la même problématique, « le nouveau gouvernement se concentre sur le coronavirus, le pouvoir d’achat. Mais la grande question reste de savoir comment et quand nous paierons tous pour cela ». « La grande faiblesse de l’accord de coalition est l’argent. Le gouvernement prévoit de dépenser beaucoup pour la sécurité sociale et pour la police et la justice, sans que l’on sache d’où vient l’argent. (…) Le talon d’Achille résidera dans les économies ou les impôts que nous ne connaissons pas encore. »

Het Laatste Nieuws souhaite tout d’abord souhaiter bonne chance à la nouvelle équipe en place. Le journal souligne que qu’il n’a pas de majorité côté flamand et compare l’accord conclu à « un buffet d’hôtel, un peu de ceci, un peu de cela ». Tout en restant critique, le quotidien flamand indique toutefois qu’il y a des signes pour être optimistes.

« Pendant seize mois, la rue de la Loi a tourné sur son propre axe, pris entre les calculs électoraux, les intérêts des petits partis, les plans de carrière personnels et un manque de vision et d’inspiration. La formation est devenue un feuilleton sans spectateurs, un théâtre complètement vide bien avant que le coronavirus ne frappe. Un accord et un sourire sur les marches du palais n’effaceront pas cela d’un seul coup. Les débris doivent être nettoyés », analyse Het Nieuwsblad. « Un scepticisme sain envers cette équipe a du sens », explique Liesbeth Van Impe. « Beaucoup de choses restent très vagues dans l’accord. Il reste encore beaucoup à examiner, à régler, à étudier et à discuter ».

« Au boulot », « Place aux actes »

« Au boulot », « Place aux actes », somment les éditorialistes francophones au lendemain de la mise sur pied d’un gouvernement fédéral. Si « l’exploit de sceller un accord de gouvernement » est accueilli avec soulagement tant du côté flamand que francophone, après près de 500 jours de crise politique, ce n’est pas pour autant un « jour de fête » aux yeux de ces observateurs. Les éditorialistes font en effet part d’« optimisme très modéré » face au « catalogue de bonnes intentions » des sept partis « Vivaldi » qui seront menés par le chef d’orchestre Alexander De Croo (Open VLD).

« Ils ont donc réussi l’exploit de sceller un accord de gouvernement », mais pour autant « la Belgique est-elle tirée d’affaire ? « . « Pas si vite ! », tempère Francis Van de Woestyne dans La Libre Belgique. Il pointe entre autres comme danger un programme de gouvernement qui ne soit que « l’addition des « fétiches » de chacun : un peu de vert, de bleu, de rouge et d’orange ».

« Il faudra trouver un sens à la politique de cette coalition. Si les quatre saisons de Vivaldi sont si belles, c’est parce qu’il y a de l’harmonie entre tous les instruments. Il suffirait qu’un des musiciens joue une partition un peu différente pour que la cacophonie s’installe », met en garde l’éditorialiste.

Jean-Christophe Herminaire, dans L’Avenir, évoque aussi un « équilibre risqué » pour les sept partis de la coalition Vivaldi (Ecolo, Groen, PS, SP.A, MR, Open VLD et CD&V). « Derrière le casting et le catalogue des promesses, l’assise reste à construire. L’équilibre ne garantit pas toujours la stabilité », siffle-t-il.

« Attention aux promesses sans lendemain », met aussi en garde Paul Gérard dans L’Echo, car « l’accord n’est encore sur bien des domaines qu’un catalogue de bonnes intentions ». « Au-delà du soulagement que représente l’aboutissement des négociations fédérales (enfin !), le nouvel exécutif affiche un tas d’ambitions dans un tas de domaines », relève-t-il. « À ce stade, Alexander De Croo et consorts ont essentiellement fixé un cadre. Il leur appartient à présent de remplir le vide avec du plein. Faute de quoi, les belles phrases volontaires de cet accord ne feront qu’ajouter à la méfiance déjà grande des Belges envers le monde politique ». Alors, « Au boulot ! « leur somme l’éditorialiste du quotidien financier.

« Il est permis de se sentir soulagé quelques minutes », admet Adrien de Marneffe dans La Dernière Heure. Mais « on aurait pourtant bien tort de sombrer dans l’optimisme forcené ». La lecture du rapport des co-formateurs au Roi ne laisse en effet place « qu’à un optimisme très modéré » alors que « le texte se veut volontairement vague », regrette M. de Marneffe. « Assez de positionnements. Place aux actes », exhorte à son tour l’éditorialiste.

« Beaucoup de beaux projets », relève aussi Didier Swinen dans les titres Sudpresse « mais il en faudra une exécution sans faille et un minimum de chamailleries pour regagner la confiance perdue des citoyens ». Il entrevoit « un travail de longue haleine. Ce ne sera pas le plus simple, surtout à sept », anticipe-t-il.

« Cela devrait être un jour de fête », souligne dans les mêmes termes Bernard Demonty dans Le Soir, « mais au-delà des congratulations réciproques des artisans de ce gouvernement, au-delà de leurs rires ou de leurs larmes de bonheur, ne nous voilons pas la face, cette fête est aussi joyeuse qu’une célébration de mariage en plein Covid », ironise-t-il.

Le nouveau gouvernement « ne part pas gagnant mais porte en même temps une responsabilité historique », avise-t-il. « Celle de conduire le pays vers la sortie de crises sanitaire, économique et démocratique sans précédent. De convaincre en trois ans et demi seulement les citoyens de Belgique, et surtout les dizaines de milliers qui ne sont pas représentés, que les penchants séparatistes, totalitaires, radicaux ou complotistes, si dangereusement populaires, ne résoudront rien ».

 
 
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