Une piste cyclable aérienne pour le bois de la Cambre?

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L’option imaginée par Philippe Verdussen permettrait aux vélos et aux piétons de cohabiter avec les voitures.
L’option imaginée par Philippe Verdussen permettrait aux vélos et aux piétons de cohabiter avec les voitures. - Archi 2000.

Le bois de la Cambre est un lieu emblématique de Bruxelles. Situé au sud de la capitale, il allie deux fonctions : celle d’espace vert et celle de nœud de communication. Dans le premier cas, le site, classé depuis 1976, abrite pelouses, zones boisées, étangs, chemins, ainsi que quelques pavillons et constructions. Dans le second cas, il est traversé par un « huit » routier qui permet à la fois une circulation est-ouest (en gros, d’Ixelles vers Uccle et vice-versa) et nord-sud (en gros, de Bruxelles-ville vers Waterloo et vice-versa).

La conciliation entre ces deux fonctions est loin d’être évidente. Jusqu’au début de cette année, l’équilibre trouvé était de laisser les automobiles dominer durant la semaine et de fermer la moitié sud du bois au profit des promeneurs durant le week-end. Pendant la crise liée au coronavirus, le bois est resté tout le temps fermé à la circulation motorisée. Soit entre la mi-mars et la fin-mai.

Lors du déconfinement, une polémique a surgi. Séduits par une liberté retrouvée, les uns – cyclistes, piétons, amoureux de la nature – ont réclamé que l’endroit reste une zone de nature permanente. Ennuyés par le report de la circulation automobile sur les voiries adjacentes, les autres – riverains, commerçants, navetteurs – ont, au contraire, plaidé pour une réouverture complète aux voitures.

Gestionnaire de ce territoire, la ville de Bruxelles a bien tenté un compromis sous la forme d’un nouveau plan de circulation à partir du 14 septembre. Mais ce dernier a eu comme effet de complexifier encore la situation, car suscitant des recours en justice. Pour sortir de cet imbroglio et tenter de retrouver de la sérénité, un architecte-urbaniste bien connu à Bruxelles, Philippe Verdussen, a lancé au tout début octobre l’idée d’un aménagement au cœur de cet endroit. A la tête de l’atelier Archi 2000, celui-ci a contribué à de nombreux chantiers dans la ville, dont la transformation de Tour & Taxis ou encore la rénovation de la tour Madou. Ses bureaux sont précisément situés en bordure du bois de la Cambre.

Une passerelle à travers les arbres

Ce que propose Philippe Verdussen n’est pas un projet complètement abouti mais plutôt une épure qui serait à discuter et à préciser sur le plan technique. « Ma démarche se veut ouverte et positive », affirme-t-il. « L’objectif premier est d’encourager la mobilité douce, tout en n’excluant pas la voiture. Car un bannissement ne fait que créer une congestion automobile sur les pourtours du bois, dont la chaussée de Waterloo. Pour concrétiser cette cohabitation entre les déplacements, je lance l’idée d’aménager une piste cyclable et piétonne qui traverserait le site sur toute sa longueur, du nord au sud : la   “Bikesline”  ».

Afin de la rendre sûre, cette piste s’élèverait en hauteur au-dessus de tous les carrefours et voiries très fréquentés par les voitures. Elle se muerait alors en passerelle. Au total, six points de friction ont été identifiés qui nécessiteraient le recours à la hauteur.

Cette passerelle s’enfoncerait ensuite dans le bois, en louvoyant entre les arbres. On y accéderait en pédalant sur une montée douce en colimaçon autour d’un arbre. Un aménagement qualifié d’« observatoire ludique ». Au sol, la pression automobile serait seulement réduite. Par exemple, en supprimant une bande de circulation ou en instaurant une zone 30. Les espaces libérés seraient redonnés, ici aussi, aux piétons et cyclistes.

Les atouts mis en avant sont triples. D’abord, ce type d’aménagement en hauteur pour les vélos et les piétons a déjà été réalisé ailleurs (voir ci-dessous). Ensuite, il ne réclame pas des moyens très importants. A ce propos, Philippe Verdussen se fait fort de trouver des privés prêts à co-investir à côté des autorités. Enfin, toujours selon son initiateur, cette « Bikesline » pourrait donner à Bruxelles un cachet original et durable.

A suivre ?

Quelques exemples

Par Jean-Christophe de Wasseige

Bosland (Limbourg)

Au domaine naturel du Bosland, situé au nord d’Hasselt, dans le Limbourg, a été inaugurée en juin 2019 une piste cyclable sous la forme d’un double cercle au cœur d’une forêt de conifères. La hauteur peut atteindre les dix mètres, procurant une expérience touristique unique. La montée se fait via une pente progressive de 4 %. L’infrastructure, baptisée « Fietsen door de bomen » ou pédaler dans les arbres, a été conçue par l’atelier Burolandschap de Tongres, et a été distinguée aux USA.

Luxembourg

A Luxembourg-ville, une passerelle est en train d’être construite en hauteur à travers les arbres d’un des parcs locaux. Sa conception a été adjugée à deux bureaux d’architectes : l’un français, celui de Marc Mimram, et l’autre luxembourgeois, celui de Tatiana Fabeck. Cyclable et piétonne, cette piste va relier le quartier européen du Kirchberg au musée d’art moderne (Mudam), situé non loin. Les travaux sont prévus pour se terminer en 2021. Le budget est de 3,5 millions d’euros.

Copenhague

Le serpentin cyclable de Copenhague est une des passerelles les plus connues au monde. On l’appelle la « Bicycle Snake ». Conçue par le bureau d’architecture Dissing+Weitling et inaugurée en 2014, elle a raflé toute une série de prix. Cette piste au revêtement rouge distinctif se fraye un chemin au-dessus d’un quai et à travers les bâtiments d’un centre commercial (Fisketorvet). Elle constitue un des tronçons des autoroutes cyclables que la municipalité a multiplié à travers la ville, afin de faire du vélo une alternative crédible à la voiture.

 
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