La saison 2020-2021 au Théâtre de Liège: les reprises étoilées à ne pas manquer

«
Miss Else
».
« Miss Else ».

Très attendu : Tiago Rodrigues

Ce n’est pas un, pas deux mais trois spectacles de ce metteur en scène phare du Portugal que propose cette saison le Théâtre de Liège. Dans By heart notamment, Tiago Rodrigues nous conte l’histoire de sa grand-mère qui, avant de devenir totalement aveugle, lui demanda de choisir un texte qu’elle pourrait apprendre par cœur. Mais que signifie au juste « apprendre un texte par cœur » ? En conviant chaque soir dix spectateurs volontaires pour accomplir ce geste, la pièce ne se contente pas de brouiller les frontières entre le théâtre, la fiction et la réalité. Elle invite des hommes et des femmes à éprouver une expérience collective particulière et poétique.

Toute la saison.

Nos critiques des reprises

Vous êtes uniques

Jusqu’au 10 octobre

Qualifié de spectacle kaléidoscopique, Vous êtres uniques répond à cette définition. On y croise des managers en réunion virtuelle pour virer des milliers d’employés, des YouTubeuses allumées proposant des tutos débiles, des adeptes de la terre plate alignant les énormités avec une bonne foi absolue, des fêtards aux tenues ultra-colorées, des objets et éléments de décor mouvants, presque vivants, une petite dame souriante traversant tout cela avec un air joyeux et étonné… Un vrai bric-à-brac entre théâtre, spectacle de clown, hip-hop, magie… De quoi permettre à chacun de trouver son bonheur.

Science-fictions

Du 27 au 31 octobre

Pendant deux heures, quatre comédiens absolument succulents (Olivier Bonnaud, Jessica Fanhan, Achille Ridolfi et Eline Schumacher) projettent, pour nous, un futur possible, beaucoup plus enviable que ce que l’imaginaire dystopique produit à foison dans la littérature. La douce ironie de ces passages se trouve malheureusement court-circuitée par d’incessantes ruptures de styles. Qui trop embrasse mal étreint et la mise en scène, sans doute trop dispersée, finit par nous égarer.

Pink boys and old ladies

Du 25 au 28 novembre

C’est l’histoire d’un petit garçon qui aime porter des robes et du rose : identité floue, contours ambigus. Et chacun autour de lui tente de comprendre, exprime son malaise, mais aussi son empathie : alors, on parle de tout et de rien, on danse. L’humour décalé domine ce sujet grave du genre. Servie par une distribution formidable, la pièce de Marie Henry joue la déconstruction, se démultiplie entre jeu et récit, en osmose rythmée avec la mise en scène/chorégraphie de Clément Thirion, fluide, poétique, et la musique de Thomas Turine.

Edmond

Du 15 au 27 décembre

Le metteur en scène français Emmanuel Meirieu adapte à la scène le livre de Patrick Declerck dans lequel ce dernier raconte les quinze années durant lesquelles il a suivi les clochards de Paris comme ethnographe puis comme psychanalyste. Un monologue magistralement interprété par François Cottrelle (qui a participé à l’adaptation) dans un décor évoquant autant le naufrage que l’espoir d’un ailleurs.

Ni oui ni non, bien au contraire

Le 27 décembre

Le Professeur Pompon répond aux questions des enfants grâce à un théâtre d’objet d’une inventivité folle. Est-ce que les grands sont toujours les plus forts ? Si demain, c’est demain, alors pourquoi c’est plus demain quand on est demain ? Est-il possible que ma maman ne m’aime pas ? Grave ou plus légère, chaque question provoque la manipulation d’objets-métaphore. Une nouvelle perle d’Arts et Couleurs. Dès 4 ans.

Chat en poche

Du 31 décembre au 7 janvier 2021

Le riche Pacarel veut dorer sa réputation en faisant jouer à l’Opéra une composition de sa fille. Pour ce faire, il décide d’engager un célèbre ténor bordelais mais va se méprendre sur l’identité du jeune homme qui se présente chez lui. Dialogue de sourds, malentendus à la chaîne, énormité des personnages : la pièce de Feydeau tourne ici à plein régime. D’autant que la mise en scène de Cécile Van Snick orchestre ce délire généralisé avec une sorte de folie qui frise la frénésie.

If only * *

Les 14 et 15 janvier

Montré pour la première fois aux Tanneurs la veille du confinement, ce spectacle de Thomas Hauert déroute le spectateur par sa lenteur, ses mouvements réduits à leur plus simple expression, ce travail sur le temps qui s’étire inexorablement. Les cordages imaginés par Anne Masson et Eric Chevalier sont au centre du spectacle, en devenant presque les protagonistes principaux. Très loin des envolées des spectacles précédents, on assiste ici à un brutal retour au réel où les corps semblent presque absents.

Bacchantes

Les 21 et 22 janvier

Venue du Portugal, la chorégraphe Marlene Monteiro Freitas s’est inspirée des Bacchantes d’Euripide, mais aussi de Nietzsche ou Pasolini, pour interroger l’apollinien et le dionysiaque, la raison et l’intuition, la forme et la distorsion. Pas besoin pourtant de maîtriser ces références intellectuelles pour traverser, en compagnie de ses douze danseurs et musiciens, l’odyssée impétueuse, délirante et d’une énergie monstrueusement contagieuse qu’enclenchent ces métamorphoses inquiétantes, troublantes.

Miss Else

Du 9 au 12 février

Comment se comporter lorsqu’on est une jeune fille de 15 ans, charmante, désireuse de profiter de la vie et poussée par sa mère à séduire un homme d’âge mûr pour lui soutirer un prêt qui sauvera son père de la prison ? Jeanne Dandoy reprend exactement la trame de la nouvelle de Schnitzler en adaptant le langage à notre époque, avec des allusions claires aux affaires Polanski, Matzneff et autres. Epona Guillaume et Alexandre Trocky sont impeccables dans ce face-à-face au cœur d’une mise en scène originale, efficace et très visuelle.

J’abandonne une partie de moi que j’adapte

Du 16 au 20 mars

Justine Lequette signe une première pièce admirable, poétique et politique. En partant de Chronique d’un été , film d’Edgar Morin et Jean Rouch en forme de cinéma-vérité, sorte de film ethnologique sur ce qui faisait la vie, le bonheur, le travail ou les utopies des Parisiens en 1960, quatre comédiens en transposent les thématiques en 2017. A la fois ludique et rigoureuse, la pièce questionne avec bonheur ce qui fait le… bonheur.

 
 
À la Une du Soir.be
À découvrir sur Le Soir +
 

Vos réactions

Règles de bonne conduite / Un commentaire abusif? Alertez-nous