Affaire Ablyasov: l’opposant kazakh inculpé en France pour «blanchiment aggravé»

Mukhtar Ablyasov, entouré de ses avocats à sa sortie de prison en 2016.
Mukhtar Ablyasov, entouré de ses avocats à sa sortie de prison en 2016. - AFP.

Semaine intense pour l’opposant et milliardaire kazakh Mukhtar Ablyasov. En exil en France et tout juste reconnu réfugié politique, il a été mis en examen (inculpé) mercredi à Paris pour un soupçon de détournement de 6,4 milliards d’euros dont l’accuse le Kazakhstan.

Selon un de ses avocats, Gérard Tcholakian, cité par l’Agence France-Presse (AFP), M. Ablyasov a été mis en examen pour « abus de confiance aggravé » et « blanchiment aggravé ». Il a été libéré sous contrôle judiciaire à l’issue de deux jours de garde à vue.

« Le parquet de Paris a repris une plainte du Kazakhstan qu’il aurait pu refuser de prendre en compte et a bêtement saisi un juge d’instruction français », a-t-il déploré. « Le Kazakhstan ne me lâchera jamais jusqu’à ma mort. Il m’a donné un coup, mais ça me donne envie d’aller plus vite pour attaquer le régime », a réagi auprès de l’AFP Mukhtar Ablyasov, 57 ans.

Asile politique

Cette double mise en examen fait suite à une décision toute récente d’une Cour française, qui lui a accordé l’asile politique. Dans son arrêt du 29 septembre, la Cour nationale du droit d’asile a estimé que les soupçons de délits financiers, s’ils étaient avérés, n’étaient pas « susceptibles d’être qualifiés de crimes graves de droit commun » de nature à lui refuser la protection de la France. Le tribunal a souligné les motivations politiques soutenant les accusations kazakhes, au regard de l’animosité que lui porte le clan Nazarbaïev, l’ex-président kazakh.

Le gouvernement kazakh avait déposé plainte à Paris en 2017 à l’encontre de l’ancien homme d’affaires, l’accusant d’avoir détourné plus de 6,4 milliards d’euros au préjudice de la banque kazakhe BTA, dont il était le CEO avant sa nationalisation forcée en 2009. Il aurait aussi accordé des prêts sans garantie à des sociétés écrans dont il était le bénéficiaire. En 2016, le Conseil d’Etat avait refusé son extradition, estimant qu’elle avait été réclamée « dans un but politique ». Après trois ans passés en détention.

Enquête belge

A Bruxelles, une enquête a été ouverte dès 2016 pour des soupçons de blanchiment à l’encontre d’une ancienne associée de M. Ablyasov à la banque BTA, Botagoz Jardemalie. Cette dernière est réfugiée politique depuis 2013 en Belgique. Plus récemment, une demande d’entraide judiciaire avec le Kazakhstan a été validée par l’Etat belge pour les mêmes accusations de blanchiment. L’intéressée a été perquisitionnée en présence d’officiers kazakhs en octobre 2019, créant un vif émoi politique. Comme l’a révélé Le Soir, Mme Jardemalie est soupçonnée d’avoir perçu des avoirs que le milliardaire kazakh aurait soustraits illégalement à des mesures de gel ordonnées par les juges britanniques, un pays où M. Ablyasov est également poursuivi (et condamné). Toutes les parties contestent ces accusations. Christophe Marchand, avocat de Botagoz Jardemalie, n’était pas joignable jeudi.

 
 
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