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Débat «Le Soir»- Carta Academica: «On a les moyens de nouvelles politiques»

Quelle relance ? Avec quels projets ? Quels moyens ? « Le Soir » et Carta Academica ont lancé le débat vendredi, en direct, en compagnie de quatre experts.

Chef du service Forum Temps de lecture: 5 min

Vendredi soir, alors que les membres du Comité de concertation annonçaient de nouvelles mesures pour infléchir la courbe des contaminations dues au coronavirus, Le Soir et Carta Academica (collectif d’académiques « engagés », dont on peut lire une chronique chaque samedi sur notre site) menaient, en direct de la rédaction, un débat autour de cette question abyssale : « Et maintenant, on fait quoi ? »

Autour de Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef du Soir, quatre experts : Christine Mahy, secrétaire générale du Réseau Wallon de Lutte contre la Pauvreté, Isabelle Ferreras, sociologue, professeur à l’UCLouvain, Nicolas Van Nuffel, directeur du plaidoyer au CNCD-11.11.11, et, Paul De Grauwe, professeur à la London School of Economics.

Une opportunité à saisir

Est-il bien pertinent de déjà parler de reconstruction alors que la maison brûle toujours ? Vu l’actualité, c’est la question préjudicielle qui a lancé les échanges.

« Oui, c’est le moment ! », répond Isabelle Ferreras. « La crise du Covid doit nous guider. Comme l’a fort bien expliqué Michel Serres, face à la maladie, le malade doit transformer son état s’il veut guérir. Nous devons transformer notre état, ne surtout pas rester dans le monde d’avant, car la crise que nous connaissons pourrait durer des mois, voire des années. »

Paul De Grauwe est plus circonspect sur le timing. Pour lui, 95 % des moyens et du temps de réflexion du monde politique vont être occupés par la crise sanitaire et ses conséquences socio-économiques. Car, pour reprendre l’image de l’incendie, le risque est tout simplement que bâtiment ne s’écroule…

« L’État doit faire en sorte que la crise n’entraîne pas une faillite économique généralisée », explique-t-il. « Mais en un sens, je suis optimiste. Cette pandémie, c’est quelque chose de temporaire, comme la grippe espagnole, qui a duré deux ans, puis a disparu. Après, la relance se fera automatiquement et sera même assez forte. En fait, tout va dépendre de la réaction des autorités publiques. Et jusqu’ici, elles ont réagi de la bonne façon, en augmentant la dette et le déficit budgétaire. Mais ne me comprenez pas mal : fondamentalement, je suis en faveur d’une politique “verte” et le défi écologique me semble même plus important que le défi économique. »

Nicolas Van Nuffel ne partage pas le relatif optimisme de Paul De Grauwe quant à la durée de la crise. Par ailleurs, il épingle que le risque d’écroulement du bâtiment ne date pas du mois de mars. « Cette crise est un symptôme des mauvais rapports que nous entretenons avec la nature et la biodiversité. Des mesures à très court terme doivent certes être prises, mais d’autres doivent venir aussitôt après et être pensées dès maintenant. Il faut regarder loin. »

Christine Mahy explique pour sa part que la crise sanitaire est arrivée sur un terreau d’inégalités, lesquelles ne font qu’augmenter. Elle fut, selon elle, un « révélateur de la crise sociale », un « effet loupe de la société, qui était désemparée avant mais faisait semblant d’être organisée ». « Le “curatif” doit être massif », poursuit-elle, « mais il faut aussi penser le long terme – et le monde associatif le fait depuis longtemps. Il y a des années qu’on aurait pu mettre en place des politiques sur le sans-abrisme ou l’aide alimentaire, par exemple. Il y a aujourd’hui une opportunité à saisir. »

Les vertus de l’endettement

Pour Nicolas Van Nuffel, il ne faut en tout cas pas ajouter à ce mal qu’est l’arrêt économique, un autre mal, qui serait l’ajournement de la transition écologique. Les pouvoirs publics ont un rôle crucial à jouer là-dedans, au niveau belge mais aussi européen – « et l’Europe avance sur ces questions-là ! », se réjouit-il.

« C’est ce que Roosevelt a fait en 1933 », illustre-t-il. « Il a investi massivement dans l’économie américaine et l’a transformée, en créant des emplois. Avec la transition écologique, on va créer plus d’emplois qu’on ne va en perdre. La Belgique a beaucoup à y gagner. Mais évidemment, il faut un mécanisme de transition juste, en renforçant notamment la sécurité sociale. Il faut avancer avec les secteurs économiques. Ne pas opposer l’environnement et l’économie. Ni commettre l’erreur de la Wallonie naguère, qui s’est accrochée à l’économie du charbon le plus longtemps possible et a créé un chancre économique. »

En tout cas, pour Paul De Grauwe, il y a un « momentum » à saisir pour les pouvoirs publics.

« Dans le passé la relation entre taux d’intérêt et taux de croissance était mauvaise », explique l’économiste libéral. « Après la crise financière, la consommation n’a pas repris mais l’épargne a augmenté, ce qui a fait diminuer les taux d’intérêt réels. Le taux de croissance est donc aujourd’hui plus important que les taux d’intérêt. Donc, nous ne sommes plus acculés à faire de l’austérité, et nous serons sans doute dans cette situation pour un certain nombre d’années. La croissance risque d’augmenter avec des taux d’intérêt faibles après la pandémie. Les autorités doivent en profiter : c’est-à-dire emprunter, pour organiser la relance et investir dans la transition. Les Banques centrales ont par ailleurs augmenté la masse monétaire et les liquidités, ce qui a eu comme effet de réduire la charge de la dette. Là aussi, il faut en profiter. Pas de soucis pour l’inflation à ce stade : la crise est déflationniste. On a donc les moyens de nouvelles politiques ! »

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2 Commentaires

  • Posté par Naeije Robert, vendredi 27 novembre 2020, 6:54

    " La crise du Covid doit nous guider". Cette affirmation bénigne ne l'est qu'en apparence. Elle évoque les poussées de ferveur religieuse et d'intolérance (les "Flagellants") des épidémies de peste au Moyen-Age.

  • Posté par Chalet Alain, jeudi 26 novembre 2020, 21:07

    Beaucoup de bla-bla.

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