Le Grand Oral de Céline Nieuwenhuis: «Une partie de la population sait à peine qu’il y a un virus»

Céline Nieuwenhuis
Céline Nieuwenhuis - Capture d’écran RTBF

La deuxième vague redoutée depuis des mois est bien là, malgré les mesures et les consignes de sécurité, notamment parce qu’une partie de la population ne les a pas respectées, d’après plusieurs experts, qui déplorent ne pas avoir réussi à convaincre de la gravité de la situation. « Je pense qu’une grande partie des Belges ne suit pas l’actualité, ne suit pas les discours des autorités, n’entend pas ce qu’il y a à faire, et a donc des difficultés à être informée. On a encore entendu l’UZ Brussel parler d’un bon nombre de personnes qui viennent à l’hôpital et qui n’ont aucune idée de ce qu’est le Covid et de ce qu’il faut faire », témoigne Céline Nieuwenhuis. Des personnes qui savent à peine qu’il y a un problème de virus, qu’il est important de se laver les mains, de garder des distances avec les gens. Alors l’hôpital bruxellois a réagi : « Très vite, il a rassemblé des jeunes du quartier dans l’hôpital pour voir avec eux comment il faut communiquer directement avec les gens, en allant les chercher chez eux. C’est une pratique qu’on aurait dû faire dès le début ! On sait qu’il y a toute une série d’associations de quartier qui savent mieux comment parler à toute cette part de la population qui est passée à côté des informations essentielles. »

Gouvernement VS experts ?

Céline Nieuwenhuis faisait partie de la première mouture du GEES. Une expérience qu’elle ne regrette pas mais qui ne s’est pas donné les moyens de fonctionner, explique-t -elle. « On n’a pas eu un mandat clair, on ne savait ce qu’on attendait de nous, ni jusqu’à quand. C’est sympa de courir un marathon, mais quand on sait où est la ligne d’arrivée, ça permet d’y voir plus clair. Et puis certains experts sont sortis dans la presse parce que des éléments qui étaient dans le rapport du GEES n’étaient pas pris en compte. En ce qui concerne le social dont je m’occupais, rien de ce qui était dans les revendications n’a été mis en œuvre par les autorités, à part le soutien aux CPAS au mois de juillet et 50€ par mois pendant 6 mois pour les ménages précaires… Mais le reste n’a pas été pris en compte. Ça m’a permis de voir de près comment se passent les choses et c’était important de le dire publiquement. »

Et Céline Nieuwenhuis pointe deux étonnements : « En ce qui concerne les matières sociales, j’ai constaté que le fédéral est bien plus déconnecté des réalités de terrain que les régions, c’est comme si le fédéral découvrait la crise sociale. Et puis ce qui m’a aussi étonnée, c’est la place que prenaient les lobbys dans les discussions. On remet un rapport à l’ensemble du politique, après ils peuvent poser une série de questions – s’ils l’ont lu. Pendant 6 semaines, pas un seul des politiques n’a sorti du rapport des éléments qui concernaient la question sociale et la santé mentale de la population. Il me semble qu’ils avaient probablement à servir de manière plus urgente d’autres acteurs que ceux de la lutte contre la pauvreté… C’est important de relancer l’économie, mais Pairi Daiza et les courses de chevaux… J’ai un doute. »

« Ça coûte plus cher de rattraper les gens quand ils sont tombés que d’éviter qu’ils ne tombent »

Au fond, la présidente de Fédération des services sociaux déplore que l’ensemble de la population ne soit pas prise en considération de la même manière, dans la gestion de la crise. « J’ai l’impression qu’on a pris des décisions qui correspondaient à une espèce de classe moyenne supérieure. Il y a des gens qui appellent parce qu’ils n’ont plus les moyens d’acheter à manger, parce que les revenus ont diminué, mais que les frais fixes n’ont pas changé. Il est temps de comprendre qu’il faut donner directement de l’argent aux ménages, quitte à creuser la dette, c’est urgent ! Parce que si on ne fait rien, ça coûtera encore plus cher après ! »

Des réalités que Céline Nieuwenhuis répète, mais qui ne semblent toujours pas entendues par le nouveau gouvernement. « Ce gouvernement, ce n’est pas le retour du cœur : on se réjouit que la sécurité sociale existe encore, mais avec ma vision, en temps de crise, ce qu’on voit dans l’accord du gouvernement c’est le minimum minimorum. L’accord du gouvernement précédent était plus ambitieux et on n’a quand même rien obtenu. »

 
 
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