Les policiers sont victimes de près de 13.000 actes violents chaque année

Ces attaques à l’intégrité physique et morale du corps policier ne sont pas sans conséquences.
Ces attaques à l’intégrité physique et morale du corps policier ne sont pas sans conséquences. - Archive Reuters / Yves Herman.

Là, le Monsieur avance droit devant lui avec sa tronçonneuse. Et la personne en face de lui, c’est moi. » Ce témoignage est livré par l’une des policières qui a accepté de répondre à la grande étude publiée ce lundi par le syndicat SLFP, consacré à la violence envers les forces de l’ordre.

Le syndicat libéral a remis au goût du jour un sondage déjà réalisé en 2013. Le moment était opportun, alors que le gouvernement De Croo entend exiger des policiers l’exemplarité, en même temps qu’il promet la « tolérance zéro » pour ceux qui les agresseraient. Ses résultats, portant sur 4.100 policiers soit plus de 8 % du secteur, sont particulièrement interpellants. 38,8 % des répondants déclarent avoir été victimes dans les douze derniers mois de violences physiques dans l’exercice de leur travail. Mais pour seulement une agression sur deux (54,1 %), le policier a rédigé un procès-verbal initial. Ce chiffre grimpe à 67 % lorsque le policier a été victime d’une agression verbale ou de menaces.

En extrapolant les réponses des policiers sondés, le SLFP en déduit que, chaque année, les hommes et femmes en uniforme essuient entre 10.000 et 13.000 agressions de toutes sortes. Le chiffre 2019 de la banque de donnée (Misi) des atteintes envers la police, initiée sous le ministère de Joëlle Milquet mais qui livre seulement ses premiers résultats, vient conforter cette estimation, avec 11.979 faits (dont 8.417 ont fait l’objet d’un P-V).

« Nombre insupportable »

« Si l’on tient compte de la carence en personnel aux alentours de 4.000 équivalents temps plein pour le cadre opérationnel, il reste donc 38.000 policiers et policières pour se répartir ce nombre insupportable de bien plus de 10.000 faits annuels de violence par tiers, signifiant que presque un collègue sur trois est en droit de se demander, à chaque prise de service pendant un an, s’il/elle reverra les siens et en quel état », s’alarment les syndicalistes Vincent Gilles et Vincent Houssin.

Ces attaques à l’intégrité physique et morale du corps policier ne sont pas sans conséquences. En termes d’organisation et coût, d’une part : « Si l’on ne tient compte que des congés de maladie issus de faits de violence physique nous arrivons à un résultat effarant de 93.668 jours d’absence pour raison médicale », analyse le SLFP. « Ce qui représente 61 policiers et policières qui restent à la maison toute l’année, ce qui est un surcoût budgétaire de 2,745 millions d’euros essentiellement à charge des zones de police et du service intervention. Mais selon notre estimation, nous parlons de 13.000 faits annuels, ces coûts doivent donc être multipliés presque par deux. »

Conséquences psychologiques, aussi. 15 % des sondés évitent d’avoir des contacts avec certains publics pour ne pas se mettre en situation périlleuse ; 15,2 % de sentent stressés au travail ; 7 % se déclarent victimes d’un syndrome de stress post-traumatique.

Vidéos de personnalités

Face au phénomène des violences contre la police, le SLFP s’interroge en particulier sur le suivi judiciaire. Il relève que 33 % des plaintes des policiers sont classées sans suite par les parquets, contre seulement 13 % des plaintes pour coups et blessures entre citoyens « civils ».

Pour sensibiliser l’opinion publique, le syndicat libéral lance dès ce lundi une campagne sur les réseaux sociaux. Avec les témoignages en vidéo de quelques policiers et policières victimes d’agressions, mais aussi les messages de soutien de personnalités du monde culturel et sportif belge (le Diable rouge Toby Alderweireld, le comédien et humoriste Kody…).

 
 
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