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Nouvelles mesures à Bruxelles: les musées pris par surprise

Si certains s’attendaient à la fermeture des lieux de spectacles, le fait que la mesure soit étendue à tous les lieux de culture, dont les musées, suscite l’incompréhension du secteur.

Chef adjoint au service Culture Temps de lecture: 4 min

Depuis plusieurs jours, le secteur des arts de la scène se savait en danger. Du côté des musées, par contre, personne n’était vraiment inquiet. La décision de ce samedi est donc un choc encore plus grand dans ce secteur. Carine Fol, directrice de la Centrale for Contemporary Art, ne sait plus à quel saint se vouer : « Je trouve ça dramatique. Je trouve qu’on devrait être solidaire avec tous les lieux et se fédérer pour réagir par rapport à une décision pareille. Il y a eu une communication fédérale qui fixe une série de règles le vendredi matin et le lendemain, on change tout. Est-ce la fin de la Belgique ? Ce que je trouve scandaleux c’est que dans les transports en commun, par exemple, on est les uns sur les autres sans aucune mesure. Dans les musées et lieux d’exposition, on a tout fait pour respecter les mesures. On a même souvent été plus loin encore que ce qui nous était demandé. Et tout cela est balayé d’un coup. C’est un arrêt de mort pour tout un secteur. Et pour tous ceux et celles qui y travaillent, souvent avec des contrats précaires. Et bien sûr pour les artistes. C’est fou. C’est grave, c’est très grave. En plus on ne sait rien prévoir pour l’avenir. Jusqu’à quand tout cela va-t-il durer ? Cette décision, c’est dramatique et c’est extrême. La première fois, on était tous dans le même bateau mais ici, ça devient fou. On ne peut pas se laisser faire. »

« Une décision inappropriée et insuffisante »

Aux Musées royaux des Beaux-Arts, Michel Draguet livre deux analyses. « D’une part, je suis directeur d’une institution publique et à ce titre, je ne peux pas faire autre chose que faire preuve de solidarité dans ce moment dramatique où, manifestement, les spécialistes estiment que la situation est très grave. Mais par ailleurs, je ne peux m’empêcher de m’interroger : est-ce vraiment les bonnes mesures à prendre. À ma connaissance, aucun musée n’a été identifié comme lieu de contamination. Alors que, comme tout Bruxellois se promenant en ville, je vois bien que les mesures de base ne sont pas respectées partout de la même manière. »

Plus que la mesure elle-même, c’est la manière qui dérange le directeur des Musées royaux des Beaux-Arts : « On ne s’y attendait pas du tout. On a entendu les décisions fédérales vendredi et les musées n’étaient nullement mis en cause. J’ai eu des discussions avec plusieurs bourgmestres bruxellois ces derniers jours et aucun ne me parlait de problèmes dans notre secteur. Et tout à coup, on décide la fermeture totale. Et cette décision vient d’un niveau de pouvoir qui n’a aucune compétence culturelle. »

Michel Draguet met aussi en évidence les efforts entrepris par la totalité du secteur culturel : « Depuis la rentrée, je suis allé dans d’autres lieux d’exposition, j’ai assisté à des concerts à Bozar et à Flagey. Partout, l’organisation était remarquable, les mesures parfaitement respectées. Rien à voir avec les conditions dans les transports en commun ou dans les supermarchés. Et là, pourtant, il n’y a aucune décision concrète. Donc, j’ai le sentiment que cette décision est à la fois inappropriée et insuffisante. On peut s’attendre à ce que d’autres mesures suivent et que la fermeture de notre secteur ne soit qu’une manière de préparer le public à un nouveau lockdown complet. Je suis surtout triste par rapport à tous les membres du personnel qui ont fait d’énormes efforts ces derniers mois pour tout adapter dans tous les secteurs. Et, alors que tout se passe parfaitement bien, on doit subir une telle décision. Je comprends l’argument de la gravité de la situation mais alors, j’aurais mieux compris un confinement généralisé plutôt que de taper sur un secteur ou l’autre. D’autant plus qu’une telle décision ne va pas faire baisser les chiffres puisque nous n’étions pas des lieux de contamination. »

Bruxelles: un coup de massue pour la culture

Au lendemain de mesures mitigées du Fédéral, Rudi Vervoort a annoncé des mesures draconiennes concernant la culture : fermeture totale de tous les espaces. Certains comprennent, d’autres sont furieux.

Chef adjoint au service Culture Temps de lecture: 2 min

On s’attendait à des mesures fortes mais pas à ce point. C’est la totalité du secteur culturel qui est à nouveau à l’arrêt jusqu’au 19 novembre. Dans les minutes qui suivaient, les réactions étaient pour le moins contrastées. « Je suis furieux, lâche d’emblée Peter de Caluwe, directeur du Théâtre royal de la Monnaie. Ce qui vient d’être décidé, c’est simplement scandaleux et totalement incompétent. De quel droit ce gouvernement prend-il des décisions, sans aucune concertation, pour des institutions qui ne dépendent nullement de ses compétences et dont il ne connaît rien ? C’est tout simplement une manière de surréagir car ils n’ont rien fait durant tous ces derniers mois. Ils ont été totalement amateurs et maintenant ils veulent compenser d’un seul coup. Nous, nous avons pris nos responsabilités : annulation, report, aménagement des salles, mesures de sécurité, réduction du nombre de spectateurs, protocoles mis en place avec les avis de toutes les autorités concernées. Et là, ils démolissent tout d’un seul coup. Pour moi, ça remet carrément en question le niveau de compétence de la Région bruxelloise et la manière dont elle a géré cela. »

Le mérite de la clarté

Au Théâtre National, Fabrice Murgia se veut plus mesuré : « Au moins c’est clair. Ce qui ne l’est pas, c’est si on peut répéter ou pas. Et ça, c’est important pour nous. Annuler ou reporter, c’est évidemment un problème. Mais si on ne peut même pas préparer la suite, cela devient beaucoup plus compliqué. »

Pour autant, le directeur du National ne veut blâmer personne. « C’est absolument dommageable pour nous mais comme pour tous les pans de la société qui sont touchés. On se retrouve dans la situation du mois de mars. À l’époque, je me suis énervé pour qu’on rouvre le théâtre parce que nous avions le sentiment que le secteur culturel était totalement oublié. Aujourd’hui, je pense qu’on sait que nous sommes là. Et je pense que ce n’est pas le moment de gueuler mais plutôt d’écraser. Parce que la situation est catastrophique. Cette fermeture d’un mois me semble une décision plus claire que les demi-mesures de 200 personnes. Et on espère qu’on va aplatir la courbe avec tout le reste de la société. »

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3 Commentaires

  • Posté par Lobet Françoise, lundi 26 octobre 2020, 0:06

    Amie de différents musées, j'aimerais en prendre la défense en confirmant que bien des mesures ont été prises pour en assurer la sécurité sanitaire . Il faut néanmoins admettre que, quelque parfaites que soient celles-ci, cela reste toujours un lieu de rencontre et de contact ; certes, le vaste hall des MRBA est plus sécurisant que le hall-couloir étroit de la maison Magritte à Jette par exemple, mais comment autoriser l'ouverture de tel musée plutôt que tel autre ? IL est donc moins discriminatoire de les fermer tous plutôt que de le faire sur la seule base de dimensions des salles ou des accès . On peut donc comprendre cette mesure, mais comprendre aussi que tous les responsables qui ont investi temps, énergie et argent pour respecter tous les protocoles se sentent injustement punis . Qu'ils gardent précieusement leurs investissements de déconfinement pour une réouverture que nous souhaitons tous la plus rapide possible ....et définitive cette fois !

  • Posté par Esquenet Alexandre, dimanche 25 octobre 2020, 7:11

    "l’incompréhension du secteur", les gens ne comprennent donc pas que ce virus est une belle merde?

  • Posté par Persenaire André, samedi 24 octobre 2020, 23:27

    Soyons sérieux : il y a théâtre et théâtre. A vue de nez, dans la grande salle de la Monnaie, le plafond est 8 mètres au dessus des fauteuils, Mais à Saint-Josse-ten-Noode, je connais une cave où le plafond est à moins d'un mètre de votre nez quand vous êtes assis. Dans le premier cas, les aérosols peuvent, dans une certaine mesure, se diffuser et ainsi devenir moins dangereux mais dans la cave ??? La Monnaie, les Beaux-Arts (Bozar) et les autres salles à l'ancienne paient pour les salles bricolées. Et il en est de même pour les cinémas : il y a 50 ans, un cinéma, c'était en général une grande salle avec un balcon et elle était conçue pour 500 personnes ou plus. Mis à part Le Stockel, ils ont disparu et sont remplacés par de petites salles, moquette et plafond bas.

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