Paddock: «Entre Trump et Biden, je ne sais pas qui est le plus médiocre», confie l’ancien piolte Eric Bachelart

David Musial
David Musial

Au début des années ’90, Eric Bachelart faisait partie de la génération des jeunes Belges talentueux qui espéraient marcher dans les traces de Thierry Boutsen en Formule 1. Sans solides moyens financiers pour y parvenir, notre compatriote s’est tourné vers les épreuves du Procar tout en tentant sa chance en monoplace. D’abord en Formule 3 au Japon puis en Indy Light et ensuite en Indy aux États-Unis. Conquis par le pays de l’Oncle Sam, il s’est installé à Indianapolis avec Martine, son épouse, et leurs enfants en 1996 pour monter sa propre équipe. À quelques heures du verdict des élections, Eric nous a fait part de ses états d’âme.

Parlons sport d’abord. Comment se porte le championnat Indy Car qui était chancelant il y a peu ?

Il va beaucoup mieux grâce à une réduction de 50 % des coûts. Notamment parce que toutes les équipes disposent du même châssis. L’audience est différente d’il y a vingt ans. Aujourd’hui, ce sont surtout les réseaux sociaux qui parlent des courses. Le modèle économique a également changé. Désormais, les teams sont financés par des hommes d’affaires. Ils injectent de l’argent fiscalement déductible. Financièrement, c’est assez artificiel mais ça marche. L’Indy Car a repris des couleurs.

Et en Nascar ?

Par rapport à l’Indy Car, ce sont deux mondes différents. Les ‘race fans’ ne se mélangent pas. Disons que les supporters de la Nascar sont moins influents. L’Indy est plus haut de gamme. Mais il est indéniable que ce championnat fonctionne bien aussi.

Comment se porte Conquest Racing, votre team ?

Très bien, merci. Nous avons totalement changé notre mode de fonctionnement. À un moment, je me suis retrouvé sans partenaire financier pour soutenir le programme en Indy Car. Il a fallu trouver d’autres voies pour poursuivre l’activité. Aujourd’hui, nous nous concentrons essentiellement sur l’entretien de Ferrari 488 Challenge pour des gentlemen drivers. En principe, nous aurions dû participer à une épreuve en lever de rideau du GP du Canada et à la finale du challenge à Misano. Deux événements qui ont été annulés pour les raisons que vous imaginez. Le team compte aussi un proto de la catégorie LMP3 et une Mercedes GT4. Bref, on a de quoi s’occuper. Surtout que nous comptons augmenter nos activités l’an prochain. Nous devrions avoir cinq camions sur la route en 2021.

À quelques heures du verdict des élections (NDLR : l’interview fut réalisée lundi soir), quelle était l’atmosphère à Indianapolis ?

C’est assez surprenant de voir des commerces qui se protègent avec des grillages en prévision d’éventuelles manifestations. Ce qui signifie que le verdict de l’élection pourrait déboucher sur un fameux chaos.

Et vous, qui espérez-vous à la tête du pays ?

Franchement, j’hésite. Entre Trump et Biden, je ne sais pas qui est le plus médiocre. D’un côté, il faut reconnaître qu’avec Donald Trump, le pays a continué à tourner. C’est vrai qu’il néglige totalement l’environnement et sa politique face au coronavirus a été catastrophique mais il a choisi d’ignorer cette crise sanitaire. Avec des résultats indéniables. Aujourd’hui, avec le nombre de gens qui n’ont pas pu dépenser leur argent à l’extérieur, le prix de l’immobilier a explosé. Il est très difficile de trouver une voiture neuve. Des maisons sont achetées avant d’être mises en vente. Même le prix des bagnoles d’occasion a doublé. Où Biden conduira-t-il l’Amérique s’il est élu ? C’est un vieux monsieur. Beaucoup d’Américains craignent, qu’avec lui, le pays devienne socialiste.

Vu d’Europe, Donald Trump passe pour un type arrogant, un clown qui ne fait pas rire, un incompétent notoire…

C’est aussi l’image que lui donnent de nombreux médias américains. Mais dans la réalité, il n’y a pas que des gens simples qui le soutiennent. Des entrepreneurs apprécient sa politique. Les États-Unis, c’est un pays qui favorise les opportunités. Parmi les gentlemen drivers qui roulent dans les Ferrari dont mon équipe s’occupe, il y a des gens incroyables. Notamment un plombier qui a démarré sa petite affaire avec une camionnette voici vingt ans. Aujourd’hui, son entreprise compte 400 véhicules et il se déplace en jet. Un autre était littéralement à la rue il y a moins de dix ans. Aujourd’hui, il possède une collection de voitures incroyables. En même temps, il faut reconnaître que le pays accuse un déficit dingue.

Vous vous voyez passer vos vieux jours aux États-Unis ?

J’ai 59 ans et je ne sais pas combien de temps je vais encore travailler. Tant que les affaires marchent, pourquoi m’arrêter ? Mais je reconnais que vu des États-Unis, l’Europe possède aussi beaucoup de charme. Pour y passer des vacances, en tout cas.

 
 
À la Une du Soir.be
À découvrir sur Le Soir +
 

Vos réactions

Règles de bonne conduite / Un commentaire abusif? Alertez-nous