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En mode local – Comment vous ravitailler en denrées produites à proximité

Se fournir en fruits, légumes, viande et autres aliments en circuits courts devient de plus en plus aisé car l’offre ne cesse de s’élargir. D’autant plus en cette période de crise sanitaire.

Journaliste au service Economie Temps de lecture: 10 min

Garantie d’une qualité supérieure, d’un prix juste aux producteurs et de pratiques plus respectueuses de l’environnement… Vous voilà convaincu(e) par les vertus de l’alimentation locale, surtout en cette période de crise sanitaire. Ce qui n’est pas donné à tout le monde… « Vouloir consommer local et avoir ainsi un impact positif au travers de sa consommation alimentaire, cela demande un effort intellectuel. Il faut s’intéresser à la façon dont sont produits et distribués les aliments, ce qui requiert de l’éducation et de la sensibilité à ces questions », prévient Stéphane Winandy, coordinateur de Diversiferme, structure d’accompagnement, subventionnée par la Wallonie, des producteurs qui souhaitent se convertir aux circuits courts.

« Il s’agit aussi de fournir un effort organisationnel », ajoute l’expert. « A savoir, mettre sur pied son approvisionnement d’une autre manière. Changer ses habitudes, c’est compliqué. Puis, tout dépend du lieu où l’on vit, de son pouvoir d’achat, de la taille de son foyer. » Mais que l’on ne bute pas sur ces deux freins, intellectuel et pratique. « L’offre en produits locaux est de plus en plus importante et il existe une multitude de moyens d’avoir accès à ces produits en circuits courts ». Où et comment, très concrètement ? Voici un aperçu des principaux canaux de distribution de l’alimentation locale, assorti de quelques exemples d’une offre vraiment large.

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Les ventes à la ferme

C’est un phénomène qui a pris de l’ampleur au fil des dernières années et qui connaît un regain tout particulier en cette période de crise sanitaire : pour mieux valoriser le fruit de leur travail, de plus en plus d’agriculteurs, des maraîchers aux éleveurs, cherchent, avec succès, à court-circuiter les canaux classiques de distribution en vendant leurs produits en direct aux consommateurs. Ils proposent leurs fruits, leurs légumes, leurs fromages et leur viande via des marchés dédiés aux produits locaux ou procèdent par colportage comme jadis. « Mais le moyen privilégié pour écouler sa production en direct, c’est de vendre sur place à la ferme », pointe Stéphane Winandy.

La Ferme de Reumont dispose, comme de plus en plus d’exploitations familiales, d’un magasin où est vendue la production locale, complétée par celles d’agriculteurs voisins.
La Ferme de Reumont dispose, comme de plus en plus d’exploitations familiales, d’un magasin où est vendue la production locale, complétée par celles d’agriculteurs voisins. - Roger Milutin

C’est la voie choisie notamment par Florine Marot, ses parents, ses frères et son mari qui accueillent les consommateurs dans leur magasin, tous les mercredis, vendredis et samedis, à la Ferme de Reumont à Malonne près de Namur. « Ici, nous cultivons entre autres des pommes de terre, des lentilles et du froment et nous élevons des poulets, des canards et des agneaux. Nous vendons tous ces produits que nous complétons par des denrées issues d’autres exploitations agricoles locales », explique-t-elle, en soulignant que cette volonté de diversification de l’assortiment s’est renforcée avec la conversion au bio de l’exploitation familiale. Ainsi trouve-t-on également, dans cet espace champêtre, des fruits, des légumes, du pain, du fromage, du yaourt ou encore de la bière et même… du papier WC ! « Tout est issu de producteurs, en grande majorité wallons, que nous connaissons et qui présentent un impact social et environnemental correct ».

Florine Marot de la Ferme de Reumont: «Ici, tout est issu de producteurs que nous connaissons et qui présentent un impact social et environnemental correct».
Florine Marot de la Ferme de Reumont: «Ici, tout est issu de producteurs que nous connaissons et qui présentent un impact social et environnemental correct». - Roger Milutin

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Les groupements d’achats

Et quand ce ne sont pas les consommateurs qui se rendent chez les agriculteurs, ce sont ces maraîchers et ces éleveurs qui se déplacent jusqu’aux mangeurs. A nouveau, sans intermédiaire et donc sans marge pour des grossistes et des distributeurs, toujours dans le but d’offrir la meilleure rémunération possible aux producteurs locaux. Tel est l’esprit des groupes d’achat solidaire de l’agriculture paysanne, mieux connus sous leur acronyme « gasap ». « En incitant des citoyens à se réunir pour des achats groupés à des producteurs, on soutient les petites fermes en voie de disparition », assure Laurence Lewalle, coordinatrice du Réseau des Gasap, actif uniquement à Bruxelles mais dans l’espoir de se déployer en Wallonie s’il venait à obtenir une subvention régionale. Actuellement, le Réseau compte 105 groupes pour 4.500 à 5.000 mangeurs ravitaillés chaque semaine par 37 producteurs.

Le principe d’un gasap ? C’est un groupe qui s’engage à commander en direct au producteur des quantités précises d’aliments (surtout des légumes de saison mais aussi des fruits et quelques produits transformés) pour une durée déterminée (généralement un an), payées à l’avance et sans négocier le prix. « Ainsi, le paysan a l’assurance de vendre tout ce qu’il plante, de percevoir une rémunération juste et de partager les risques climatiques avec les mangeurs », justifie Laurence Lewalle. Le producteur vient livrer ses denrées en vrac au groupe dont un membre, à tour de rôle, se charge de composer les paniers. Comme cela, le producteur gagne du temps… et donc de l’argent. Cette démarche, basée sur de l’engagement de la part des membres du groupe, revêt aussi une dimension relationnelle avec l’agriculteur. « On connaît son travail et ses difficultés. On est ainsi prêt à lui apporter un vrai soutien en cas de coup dur, comme en cas de perte de ventes sur les marchés en cette période de covid », illustre Laurence Lewalle.

Basée sur un principe similaire d’achats directs et groupés, La Ruche qui dit oui vise elle aussi à mettre en contact des producteurs et des consommateurs pour favoriser une agriculture plus durable et plus locale. « Nous comptons actuellement plus de 120 ruches dans les trois régions, 200.000 membres et plus de 1.400 producteurs », explique Louise Rose, coordinatrice pour Bruxelles et la Wallonie de cette initiative née en France. « Chaque ruche a ses propres producteurs qui leur livrent la marchandise une fois par semaine dans des lieux organisés sous forme de marchés. C’est l’opportunité de rencontrer les producteurs. » Mais il n’y a là aucune obligation, à part celle, morale, de venir retirer ses commandes passées via internet pour éviter les invendus. Bon à savoir aussi : le producteur, qui fixe ses prix, perçoit 80 % du chiffre d’affaires réalisé (soit nettement plus que dans la distribution traditionnelle ou spécialisée), le reste revenant au réseau (11,65 %) et au responsable de chaque ruche (8,35 %).

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Les coopératives

Toujours pour contourner la distribution traditionnelle, tout en s’épaulant les uns les autres, de nombreux producteurs ont décidé de se réunir en coopératives. C’est le cas des 105 agriculteurs membres de Paysans-Artisans, coopérative active en province de Namur. « Salariés de la coopérative, producteurs et consommateurs, c’est leur union qui fait leur force », assure Thérèse-Marie Bouchat, codirectrice avec Benoît Dave de Paysans-Artisans qui veut « changer le monde ici et ailleurs en respectant les paysans, sans sombrer dans le repli sur soi. » La coopérative qui assure l’autonomie des producteurs, loin des grands groupes industriels, assure la distribution de leur travail aux consommateurs via cinq magasins installés à Namur, Jambes, Salzinnes, Lustin et Saint-Gérard. Ces biens alimentaires sont aussi commandables par internet avec une livraison dans 18 points de dépôt (des « Points de R’Aliment ») dans 10 communes de Namur et de Floreffe. Par ailleurs, Paysans-Artisans joue les grossistes pour des restaurants, des collectivités locales et des magasins à la ferme, comme celui de la Ferme de Reumont.

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Les magasins spécialisés

Proposer un large assortiment presque exclusivement composé d’articles (2.000 références) issus de l’agriculture locale (210 producteurs), tel est le pari du magasin D’ici, inauguré en 2013 à Naninne (près de Namur) et complété en juin prochain par une succursale à Wépion. Pour y avoir travaillé longtemps, Frank Mestdagh, le cofondateur et gérant de ce supermarché de 420 m2 d’un genre nouveau, connaît bien le commerce organisé traditionnel et… ses dérives. « Moi, j’ai voulu que les consommateurs se réapproprient leur alimentation et renouent le lien avec les producteurs », explique-t-il avec fierté. Il faut dire que D’ici sort du lot et pas seulement pour son projet initial, prolongé depuis mars et le covid par un service de click & collect. « Je pensais que les gens seraient attirés par les spécificités sociétales, environnementales et de santé. Mais finalement, ils viennent pour le goût des aliments ».

La qualité organoleptique, c’est aussi l’un des chevaux de bataille des spécialistes du bio, dont les 14 magasins Färm et les 2 Brüt. Tout en s’ancrant, eux aussi, dans les valeurs du local. « L’an dernier, celui-ci représentait 40 % de nos ventes chez Färm. Chez Brüt, cela monte à 60 %. Et nous continuons à faire évoluer nos rayons en ce sens », explique Jean-David Couderc, directeur opérationnel des deux enseignes sœurs. « Nos produits ne sont pas juste bio. Ils répondent aussi à des critères de durabilité que rencontre le local. Färm, à l’origine, c’est cette volonté de retour à la simplicité, de liens avec le monde paysan ». Brüt pousse le concept plus loin en affichant, comme le magasin D’ici, les visages des producteurs au-dessous des denrées vendues en vrac. Tous ne sont pas belges, un choix assumé « même si nous essayons de nous fournir un maximum en Belgique », assure Jean-David Couderc.

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Les commandes en ligne

Muriel Bernard, fondatrice du site eFarmz: «Nous vendons du quinoa et de la mozzarella belges».
Muriel Bernard, fondatrice du site eFarmz: «Nous vendons du quinoa et de la mozzarella belges». - D.R.

Et si vous pouviez recevoir vos fruits, vos légumes et autres produits frais bio en provenance des champs tout proches… sans quitter votre salon ? C’est le service que souhaitent rendre des acteurs en ligne privés, dont le plus dynamique du moment se nomme eFarmz. Cette plateforme, qui livre à domicile ou dans des points de dépôt après commande sur internet, propose 800 références, dont 85 % sont d’origine belge. « Le reste, comme le riz et les agrumes, est européen », complète Muriel Bernard, aux commandes de l’entreprise en plein essor, singulièrement depuis l’épidémie de Covid-19. « Nous ne vendons par exemple pas de bananes et nous suivons la saisonnalité des produits. » De plus, eFarmz se décarcasse pour proposer en version nationale des denrées du quotidien a priori exotiques. « Nous vendons du quinoa et de la mozzarella belges », illustre Muriel Bernard.

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La grande distribution

Et les supermarchés traditionnels dans tout ça ? A voir et écouter leurs publicités mettant en scène des producteurs du cru, ils proposeraient des aliments locaux à tire-larigot. Mais gare à leur marketing et à leur définition du local… Ainsi, clame Delhaize, « 70 % de notre assortiment est belge », tout en distinguant « les produits belges disponibles dans nos supermarchés » et « un assortiment plus régional dans certains magasins, notamment chez nos affiliés. Nous proposons 4.692 produits en assortiment local. ». Les produits locaux, tels que ceux vendus par les autres canaux de distribution détaillés ici, ne constituent donc en réalité que la portion congrue de l’offre du Lion.

Le constat est sensiblement le même pour Carrefour qui ne ménage toutefois pas ses efforts afin de faire coller son offre à son discours. Le distributeur dit en effet « se positionner au niveau du marché belge comme le retailer qui propose la part la plus importante de produits locaux. Actuellement, nous travaillons avec plus de 700 producteurs locaux et nous proposons 10.000 produits locaux au travers de tous nos magasins en Belgique ». Avec ces producteurs, le groupe a établi une collaboration régie par une charte. Celle-ci prévoit un lien direct entre producteurs et supermarchés dans un périmètre de 40 kilomètres maximum. Ces fournisseurs locaux fixent leurs prix, n’ont aucune obligation de volumes à fournir et ne donnent pas d’exclusivité au distributeur. Mais, à nouveau, leurs produits, cantonnés à un rayon spécial, ne constituent qu’une part très modeste de l’assortiment global.

Colruyt Group agit aussi de la sorte pour ses magasins Bio Planet, tout en développant des initiatives pour rendre son offre sans cesse plus locale, « en vue de soutenir l’agriculture et l’entrepreneuriat locaux ». Par exemple, le numéro 1 de la distribution alimentaire en Belgique a acquis la ferme Zilverleen à Alveringem (Flandre-Orientale). Il y a installé un agriculteur indépendant pour exploiter les 25 hectares de terres biologiques. Citons aussi la création de nouvelles variétés de pommes « adaptées aux sols et climat belges », une collaboration avec 17 producteurs de pommes de terre « afin d’en améliorer la qualité et d’allonger la saison belge » ou encore le développement d’une filière de porc bio belge. On dira que tout cela va dans le bon sens mais ne répond encore que partiellement à l’appétit croissant des consommateurs pour les denrées produites localement.

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