Vinciane Despret, philosophe des Sciences: «Il faut retrouver de la curiosité à l’égard des autres formes de vie»

Vinciane Despret, philosophe des Sciences: «Il faut retrouver de la curiosité à l’égard des autres formes de vie»

Dans son dernier ouvrage « Habiter en Oiseau », Vinciane Despret utilise des termes comme « dialogue », « personne » pour parler des oiseaux, alors que c’est un vocabulaire qu’on réserve traditionnellement à l’humain. Dans quelle mesure la démarche risque-t-elle de diminuer ce qu’est l’humanité ? « Si ça la diminue, c’est dommage. Ça voudrait dire que l’Humanité n’attribue sa grandeur qu’à la condition de se différencier des animaux, ce qui est quand même une stratégie assez pauvre. Je ne parlerai jamais des humains en général. On est majoritaires parce qu’on est écrasants et dominateurs et parce que notre impérialisme nous a fait bénéficier de forces inouïes pour imposer notre façon de vivre et de penser. Avec pour résultat que ce qu’on appelle la « civilisation » – bien qu’on soit extrêmement barbares –, a mené à une séparation telle que seuls les scientifiques sont capables aujourd’hui de nous rendre des intérêts et des passions pour les animaux, de nous rendre à nouveau curieux à l’égard d’autres formes de vie. Et les gens sont de plus en plus curieux, attentifs, ils ont envie de savoir. »

Ceux qui doutent de l’écologie sont des vieux cons

« Il y a quelque chose qui est encourageant aujourd’hui : s’il y a 20 ans, on se retrouvait face à un climato-sceptique, un type qui disait que ça finirait bien par s’arranger, ou qui vous faisait des propositions comme aller sur Mars pour sauver le monde… Eh bien à l’époque, vous n’aviez pas la certitude d’avoir des alliés pour vous soutenir. Aujourd’hui, ça a basculé, et on sait en plus que ce monsieur est un vieux con, ou alors c’est quelqu’un d’extrêmement intéressé, avec des avantages personnels ou coopératistes. »

On n’éradiquera pas le coronavirus, il faut apprendre à vivre avec

A l’heure où le monde entier a les yeux rivés sur les laboratoires qui développent de potentiels futurs vaccins contre le nouveau coronavirus, la question se pose à cette philosophe de Sciences : est-ce un Graal pour nous débarrasser du virus ? « Je ne suis pas sûre que ce soit une véritable agression à l’égard du virus. Ce qu’on va faire, c’est l’empêcher de mener son petit train-train routinier. Mais, au moins, on sort enfin de la pensée de l’éradication, pour choisir de s’en protéger. L’idée de l’éradication me semblait être le gros problème dans les discours que j’entendais, comme celui du président Macron qui annonçait une guerre contre le virus. C’est une rhétorique de mobilisation qui oblige à faire taire tous ceux qui ne seraient pas d’accord. Et puis c’est une façon de faire qui m’épuise, qui est de présupposer que la seule réponse qu’on trouve face à ce problème, c’est son éradication. Alors qu’il y a quantité d’autres réponses possibles. Nous sommes appelés à des exercices de diplomatie avec le virus. Des exercices de composition : il va falloir faire avec. Il a sa propre puissance, il a sa propre force et on n’arrivera pas à l’éradiquer, ce n’est pas la peine d’essayer. C’est une méthode qui n’a aucune garantie. Alors qu’essayer de vivre avec ce virus, c’est trouver une réponse qui permettra à des gens de se protéger. »

 
 
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