Mathias Dewatripont : «Il faudrait une cotisation solidarité sur les revenus 2020»

Mathias Dewatripont : «Il faudrait une cotisation solidarité sur les revenus 2020»

Si l’heure est au soulagement pour les commerçants qui pourront rouvrir dès le 1er décembre, des milliers d’indépendants de Belgique, notamment dans le secteur de l’HoReCa, étouffent toujours. L’épidémie a mis le pays à l’arrêt et les dégâts économiques sont gigantesques. L’Etat aura-t-il les reins assez solides pour supporter toutes les aides promises et les conséquences financières de 2020 ? Mathias Dewatripont propose une solution : « Cette crise crée beaucoup d’inégalités, de pauvreté, de solitudes. On entend beaucoup, et c’est normal, des gens qui demandent des aides. Mais on n’entend pas assez ceux qui disent « Moi, ça va, et je vais aider ». Des gens comme moi qui ont gardé leur salaire, qui peuvent travailler tranquillement à la maison… je trouverais normal qu’il y ait une solidarité sur les revenus 2020, pour aider à ce que l’Etat ne doive pas trop augmenter son déficit. Il y a déjà eu des cotisations de solidarité dans les années 80-90. » L’économiste précise qu’il parle d’une cotisation de solidarité qui serait ici ciblée sur ceux qui n’ont pas perdu de revenus, à l’exception des travailleurs qui sont en première ligne de la crise sanitaire ou encore, par exemple, des pensionnés qui se sont occupé des enfants qu’il fallait garder.

Entre la science et la bourse

Si les décisions fédérales annoncées ce vendredi soir peuvent paraître strictes ou extrêmement prudentes pour certains, force est de constater que c’est bien un compromis entre les urgences économiques et les appels, les conseils des scientifiques qui martèlent qu’il est encore trop tôt pour rouvrir les commerces « non-essentiels ». Mathias Dewatripont salue plutôt la prise de position politique. « Clairement, quand on regarde les chiffres, le confinement fonctionne ! Au niveau européen, la Belgique ne fait plus partie des pays les plus touchés. La décision de ce vendredi est bonne d’un point de vue sanitaire global. Dans le déconfinement du printemps, les magasins avaient rouvert en phase 1B, ici on a entendu plus longtemps, on a en plus l’obligation du port du masque qu’on n’avait pas au mois de mai. Et à l’époque les mesures avaient fonctionné. »

Frank Vandenbroucke : arbitraire ?

Il y a trois mois, on attendait le fameux baromètre comme le Messie, pour compter sur une vision claire de la situation au jour le jour, avec des étapes, des seuils. Mathias Dewatripont était en faveur du concept, mais aujourd’hui Frank Vandenbroucke abandonne l’idée. Ce qui pose la question : est-ce que le concept d’échanges avec un comité scientifique qui est installé aux côtés des politiques joue toujours son rôle ? Ou est-ce que le ministre fédéral de la Santé s’est mis à prendre des décisions de manière arbitraire ? « Je crois qu’il serait bon d’avoir des comités d’experts officiels qui seraient choisis selon une procédure officielle, mise en place par les gouvernements. Je crois que, de manière générale dans les démocraties, on veut d’un côté suivre les avis scientifiques, de l’autre, quand la science est politiquement inacceptable, on veut pouvoir faire ce qu’on veut. Le problème aujourd’hui, c’est qu’il y a un comité officiel dont on ne suit pas les avis. Si on se met en plus à ne même plus en parler, ça pose en effet un problème. »

 
 
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