Andrea Adamo, patron de Hyundai: «On n’est plus à l’époque des dinosaures»

Thierry Neuville, Nicolas Gilsoul, Andrea Adamo, Carlos Del Barrio et Dani Sordo sur le podium du Rallye de Sardaigne, en octobre dernier. @News
Thierry Neuville, Nicolas Gilsoul, Andrea Adamo, Carlos Del Barrio et Dani Sordo sur le podium du Rallye de Sardaigne, en octobre dernier. @News

Drôle d’époque. C’est sur un circuit mythique, le temple de la vitesse, que va se jouer la dernière manche du WRC. Pendant que les équipes s’affairent à régler les derniers détails, l’homme à la tête de Hyundai Motorsport dresse un tableau fort provisoire.

Andrea, vous êtes optimiste pour ce 7e et dernier round ?

Je ne suis ni optimiste ni pessimiste. Je suis réaliste. Les techniciens du team ont bien travaillé pour améliorer les performances de la voiture mais je suis persuadé que nos rivaux en ont fait autant. Ce sera un rallye compliqué ; ce qui en fera le charme. Les spéciales tracées près du circuit me rappellent les étapes ‘Mickey Mouse’ de la première journée du RAC Rally il y a 30 ans. Il va falloir trouver des réglages particuliers pour s’adapter au mieux à ce mélange asphalte et terre.

Où se jouera le rallye selon vous ?

À mon avis, l’étape décisive c’est samedi qu’elle aura lieu. Les spéciales tracées dans la montagne près du lac de Côme sont très techniques. Parfois les routes sont larges, parfois étroites. On peut être content que cette épreuve ait lieu. Elle emploie un format intéressant dont pourraient s’inspirer les organisateurs à l’avenir. C’est très bien de centraliser le public près de la zone d’assistance. Le jour où la pandémie est derrière nous, on pourra accueillir de nombreux invités.

Dans le contexte sanitaire actuel, est-ce bien raisonnable d’organiser un rallye qui mobilise autant de personnel médical ?

Franchement, je ne connais pas très bien la situation dans cette zone. J’espère que les organisateurs comprennent très bien la situation et que les risques ne sont pas plus grands là-bas qu’ailleurs.

Neuville aborde l’épreuve avec 24 points de retard sur Evans. Il faudrait des circonstances incroyables pour qu’il soit champion. S’il ne l’est pas, qui sera responsable : le pilote ou le team ?

Si Thierry n’est pas champion, c’est tout simplement parce qu’il aura marqué moins de points que les gars devant lui.

Oui mais pourquoi ?

C’est une saison très particulière avec seulement sept rallyes. Les abandons ou les pépins ont constitué un gros handicap. Thierry a rencontré des soucis mécaniques au Mexique, ça marchait bien pour lui en Turquie jusqu’au moment où il a crevé. D’un autre côté, je peux vous dresser une longue liste de courses en F1, WRC ou MotoGP où on pensait que le titre n’échapperait pas au leader du championnat et c’est pourtant un outsider qui l’a raflé. C’est justement ce qui fait l’attrait des sports mécaniques.

Hyundai n’a toujours pas annoncé officiellement son programme pour 2022. Pourquoi ?

Moi, je donne la réponse à la FIA, pas aux journalistes. Désolé. Moi, je communique sur cette année et l’année prochaine. Après, c’est à la FIA de le faire.

Alors, je pose la question autrement… Neuville et Gilsoul doivent-ils chercher du travail pour 2022 ?

C’est le problème de Thierry et Nicolas s’ils veulent chercher du boulot.

Cet été, vous n’étiez pas content de devoir vous soumettre à la réglementation des moteurs hybrides à partir de 2022. Votre position n’a pas changé ?

Mon opinion n’a pas d’importance. C’est celle du directoire de Hyundai qui compte. Ce sont les responsables de la marque en Corée qui décideront s’il est opportun de mettre de l’argent dans un tel type de motorisation.

Chez Hyundai, il existe un réel intérêt pour les moteurs à hydrogène. Par ailleurs, ce type de motorisation est le bienvenu aux 24 Heures du Mans. Votre employeur pourrait-il s’engager dans cette course ?

Disputer des courses avec un moteur à hydrogène, ça n’arrivera pas demain matin. Il faut du temps pour élaborer un engin performant avec ce type de moteur. Mais il est évident que mon travail consiste à me tenir au courant de toutes les possibilités qui existent en sport automobile. Il est important de réaliser qu’on n’est plus dans les années ’80. Le monde a changé. Les Groupe B, les Groupe A, c’est révolu. Dans la société, les gens qui résistent ne sont pas les plus forts. Ce sont ceux qui s’adaptent qui survivent. Sinon, on serait encore géré par les dinosaures.

Que pensez-vous de Grégoire Munster ?

Je ne pense pas. Par contre, on agit. Par notre implication à l’égard de votre compatriote au rallye de Monza (NDLR : Munster disputera l’épreuve sur une Hyundai i20 en WRC3), nous démontrons suffisamment ce que nous pensons de lui. Dans le monde, il y a des tas de fédérations qui ne font rien pour les jeunes. En revanche, les fédérations belge, française, néerlandaise et anglaise agissent et aident les espoirs. Je suis ravi de m’associer à de telles fédérations. Il faut aider les jeunes, c’est l’avenir du sport auto. Nous, en qualité de constructeur, on a besoin de jeunes gens représentatifs. Il ne suffit pas de réaliser de bons chronos. Il faut aussi bien parler devant les caméras. Les pilotes qui sont rapides et qui maîtrisent bien les réseaux sociaux sont plus intéressants que ceux qui sont seulement rapides.

A-t-il l’étoffe pour aller un jour en WRC ?

Dans la vie, la meilleure chose c’est de faire un pas après l’autre. Si un jeune est ambitieux, c’est parce qu’il veut aller un jour en mondial. Pas pour gagner une coupe en tournant autour de l’église. À Monza, on veut voir comment Munster marche sous la pression.

 
 
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